4 JUILLET 1994 : ABDOULAYE WADE RETROUVE LA LIBERTÉ APRÈS PRÈS DE CINQ MOIS DE DÉTENTION

Dans une lettre datée du 8 juillet 1994, adressée à Cheikh Mbacké Samb, établi à New York, Abdoulaye Wade, alors Secrétaire général national du Parti démocratique sénégalais (PDS), revient sur sa libération intervenue le 4 juillet, après près de cinq mois de détention. L'ancien ministre d'État y dénonce le caractère arbitraire de son incarcération, rend hommage à la mobilisation des démocrates sénégalais, africains et internationaux et exprime particulièrement sa reconnaissance aux militants et sympathisants de New York pour leur engagement en faveur de sa libération.
La lettre constitue un témoignage sur une séquence politique et judiciaire importante de l'histoire du Sénégal, marquée par l'arrestation de plusieurs responsables politiques et figures publiques, ainsi que par une mobilisation internationale autour de la question des droits de l'homme et des libertés démocratiques.
Dans cette correspondance portant l'en-tête du Parti démocratique sénégalais, avec sa devise « Dignité, Justice, Fraternité », Abdoulaye Wade annonce avoir retrouvé sa liberté le 4 juillet 1994, à 13 heures, en compagnie de plusieurs personnalités qui avaient été emprisonnées avec lui depuis près de cinq mois.
Parmi ses compagnons de détention figuraient notamment Landing Savané, Secrétaire général d'And-Jëf/Parti africain pour la démocratie et le socialisme (AJ/PADS), Papa Malick Sy, président d'honneur des « Moustarchidine wal Moustarchidaty », Pape Oumar Kane, député du PDS, Cheikh Tidiane Sy, universitaire, et Habib Sy, membre du Parti démocratique sénégalais.
Dans son récit, Abdoulaye Wade met particulièrement l'accent sur les motivations judiciaires ayant conduit à sa remise en liberté. Il explique que, dans son ordonnance, le juge d'instruction avait estimé que leur maintien en détention n'était plus nécessaire à la manifestation de la vérité. Une décision qu'il considère comme justifiée, au regard du déroulement de la procédure.
L'ancien Secrétaire général national du PDS souligne en effet qu'après leur arrestation, survenue le 18 février 1994, les personnes détenues n'avaient été entendues qu'une seule fois. Pour lui, cette situation constituait une preuve du caractère arbitraire et abusif de leur incarcération. Il considère ainsi que leur détention prolongée ne reposait plus sur des nécessités judiciaires clairement établies.
La grève de la faim comme moyen de protestation
Face à ce qu'il qualifie d'arbitraire, Abdoulaye Wade rappelle que les détenus avaient décidé d'engager une grève de la faim illimitée à compter du jeudi 30 juin 1994. Cette décision constituait, selon sa lettre, une forme de protestation contre leur maintien en prison et une manière de réclamer le respect de leurs droits et de leurs libertés.
La libération intervenue quelques jours plus tard est présentée par Wade comme le résultat d'une mobilisation qui avait largement dépassé les frontières sénégalaises. Il attribue notamment cette issue à l'engagement des démocrates d'Afrique et du reste du monde, qui s'étaient mobilisés pour amener le gouvernement sénégalais à respecter les droits de l'homme et à rétablir leur liberté.
New York au cœur de la mobilisation internationale
Dans sa lettre, Abdoulaye Wade réserve une place particulière aux militants et sympathisants sénégalais et démocrates établis à New York. Il leur reconnaît un rôle de premier plan dans la mobilisation menée en faveur de leur libération.
« Les militants et sympathisants de New York ont été à la tête de cette lutte résolue pour notre libération », écrit-il, avant d'adresser ses remerciements à l'ensemble des militants, sympathisants et démocrates des États-Unis.
Cette reconnaissance est exprimée à plusieurs titres : en son nom personnel, au nom du Parti démocratique sénégalais et au nom de ses compagnons de détention. Abdoulaye Wade tient ainsi à saluer leur soutien constant et leur engagement à leurs côtés pour le triomphe du droit, de la justice et de la démocratie.
Au-delà des remerciements, l'ancien ministre d'État donne à cette mobilisation une portée qui dépasse les circonstances particulières de sa propre libération. Il estime que cet engagement doit constituer un exemple pour l'avenir et servir de référence à tous les démocrates, partout où les droits de l'homme et les libertés sont bafoués, aussi bien en Afrique que dans le reste du monde.
Un appel à la solidarité démocratique au-delà des frontières
La correspondance du 8 juillet 1994 ne se limite donc pas à l'annonce d'une libération et à l'expression de gratitude envers ceux qui y ont contribué. Elle traduit également une conception de la solidarité politique fondée sur la mobilisation transnationale face aux violations des droits fondamentaux.
Pour Abdoulaye Wade, l'expérience vécue pendant ces près de cinq mois de détention démontre l'importance de la mobilisation des forces démocratiques, au-delà des appartenances politiques et des frontières nationales. Son message à Cheikh Mbacké Samb et aux démocrates américains est ainsi un appel à maintenir cette solidarité chaque fois que les libertés individuelles et collectives sont menacées.
Signée à Dakar le 8 juillet 1994, cette lettre adressée à Monsieur Cheikh Mbacké Samb, à New York, se termine par une formule de profonde gratitude et de parfaite considération.
Une correspondance historique qui témoigne de la place qu'Abdoulaye Wade accordait à la solidarité internationale dans les combats pour les libertés publiques, la justice et la démocratie.