4 novembre, Journée des élèves en Iran Minab : La sonnerie d’une école qu’un missile a fait taire

4 novembre, Journée des élèves en Iran Minab : La sonnerie d’une école qu’un missile a fait taire

Un matin qui n'a pas mené au retour

 

En Iran, le 4 novembre marque la Journée des élèves, un moment dédié au souvenir de ces jeunes épris de liberté qui, en 1978, ont péri sous les coups de la répression du Shah déchu. Cette commémoration est aussi l’occasion de porter un regard sur la jeunesse actuelle, qui dessine aujourd’hui le visage et l'avenir de la nation.

Cette année cependant, cette commémoration revêt une autre signification douloureuse. À Minab, dans le sud de l'Iran, vivent des familles qui, depuis le 28 février, ne peuvent plus réveiller leurs enfants pour aller à l'école. De leur vie brisée, il ne reste aujourd'hui que des rituels fantômes : le silence autour de la table, le vide intolérable des chambres désertées et ces livres que plus aucune main ne viendra feuilleter.

Le matin du samedi 28 février 2026, au moment où débutaient les attaques militaires des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, l'école primaire « Shajareh Tayebeh » à Minab a été la cible d’un missile. Selon les chiffres iraniens, 168 élèves (principalement âgés de sept à douze ans), ainsi que plusieurs enseignants et membres du personnel, ont perdu la vie. On n'a retrouvé aucune trace de Makan Nassiri dans ce bombardement. Contrairement aux présentateurs de journaux télévisés qui passent peut-être rapidement sur ce chiffre, pour les familles, chaque chiffre représente un nom, un visage et un avenir anéanti.

Ce crime s'est produit vers 11h30 du matin. Les témoignages indiquent que deux missiles américains Tomahawk, à moins d'une heure d'intervalle, ont été délibérément tirés en direction du bâtiment scolaire. Un missile à guidage précis ne se confond pas avec des éclats d’obus errants : le bâtiment de l'école a été détruit et les recherches pour retrouver les victimes sous les décombres ont commencé.

Il ne s’agit pas seulement de chiffres dans un conflit politique ; le bombardement de Minab a été une attaque contre l’humanité et l’avenir d’une nation. Trente-sept ans plus tôt (le 3 juillet 1988), un navire de guerre américain avait déjà abattu un avion de ligne d'Iran Air, faisant environ 290 victimes civiles. Une fois de plus, des civils, cette fois dans une école primaire, ont perdu la vie en raison de l'utilisation d'armements américains.

Des preuves pour lesquelles les États-Unis doivent rendre des comptes

La responsabilité de cette attaque ne repose pas uniquement sur les déclarations de l'Iran. Human Rights Watch (le 7 mars 2026) et Amnesty International (le 16 mars 2026), après avoir examiné des images satellites et des vidéos, ont qualifié cette attaque d'illégale et ont déclaré que le bâtiment de l'école avait été directement visé par des armes de précision guidées. Le journal The New York Times a également rapporté le 11 mars que les forces américaines étaient responsables du tir de ces missiles Tomahawk.

Les écoles sont des lieux civils et la protection dont elles bénéficient ne peut être ignorée. Disposer d'armes de précision ne réduit pas la responsabilité du choix des cibles ; au contraire, cela pose avec plus d'acuité la question de savoir pourquoi de telles capacités n'ont pas permis d'éviter cette tragédie.

Les enfants ne doivent pas être qualifiés de « dommages collatéraux »

Des termes tels que « erreur de ciblage » ou « dommages collatéraux » ne justifient en rien cette tragédie. Des enquêtes pourront éventuellement prouver une défaillance dans les services de renseignement, mais de telles explications n’effacent ni le nom des victimes ni l'obligation de rendre des comptes.

Le droit à la vie et le droit à l'éducation des enfants ont été violés. La destruction de l'école laisse un vide que la reconstruction des murs ou le versement de compensations matérielles ne pourront combler. Les enfants et les familles survivantes vivront des années dans la peur et le chagrin ; cet événement affecte profondément leur sentiment de sécurité et la cohésion sociale.

L'obligation de rendre des comptes : une condition du respect des droits humains

Les familles de Minab ont le droit de connaître la vérité, et les auteurs de ce crime de guerre doivent être traduits en justice. Ignorer la vérité double la souffrance des victimes par l'injustice et augmente le risque de voir de telles tragédies se reproduire.

Ce sujet doit également revêtir de l'importance pour le public européen (y compris en Suède). Un pays qui défend les droits de l'enfant et le droit international ne doit pas rester indifférent à la mort d'enfants iraniens. La valeur de la vie d'un enfant ne dépend pas de sa nationalité.

J'appelle les médias, les experts juridiques et les défenseurs des droits de l'enfant à examiner les preuves et à ne pas laisser ce crime tomber dans l'oubli. Peut-être qu'un jour, la cloche de l'école Shajareh Tayebeh retentira à nouveau, mais les enfants qui ont péri ce jour-là ne reviendront jamais ; notre plus petit devoir est de veiller à ce que leurs noms ne soient pas oubliés et que ce crime commis contre une école ne reste pas impuni.

Hassan Asgari, Ambassadeur de la République islamique d’Iran au Sénégal