ACTUALITE : L’Assemblée Nationale au cœur d’une crise politique

ACTUALITE : L’Assemblée Nationale au cœur d’une crise politique

Plusieurs réactions ont été observées suite à la décision du président de l’Assemblée nationale qui semble laisser sa place à l’ancien premier Ministre Ousmane SONKO.

El Malick Ndiaye démissionne de la présidence de l’Assemblée nationale

Le président de l’Assemblée nationale du Sénégal, El Malick Ndiaye, a annoncé sa démission à travers une déclaration solennelle dans laquelle il invoque « une profonde réflexion » guidée par « le sens de l’État » et « l’intérêt supérieur de la Nation ».

Dans son message adressé aux Sénégalais, l’ancien président de l’institution parlementaire affirme que cette décision relève d’un choix personnel fondé sur sa conception des institutions et de la responsabilité publique. Il souligne avoir consacré l’ensemble de son énergie, depuis son élection à la tête de l’Assemblée nationale, au renforcement du Parlement sénégalais, à la consolidation des principes de transparence et de contrôle ainsi qu’à la modernisation de l’institution.

El Malick Ndiaye a également mis en avant le rayonnement du Parlement sénégalais sur les scènes nationale et internationale durant son mandat. Il a rendu grâce à Dieu pour « l’immense honneur » qui lui a été accordé de servir le Sénégal à l’une des plus hautes fonctions de la République.

L’ancien président de l’Assemblée nationale a exprimé sa gratitude à l’ensemble des députés, de la majorité comme de l’opposition, au Bureau de l’Assemblée nationale, à l’administration parlementaire ainsi qu’aux membres de son cabinet pour leur collaboration.

Il a aussi adressé des remerciements appuyés aux militants, responsables et sympathisants du parti PASTEF, sur la liste duquel il avait été investi, saluant leur fidélité aux idéaux de transformation et leur engagement constant.

Dans une tonalité marquée par l’appel à l’unité nationale, El Malick Ndiaye a insisté sur la nécessité de préserver la stabilité des institutions, la paix civile et la cohésion nationale. « Le respect du dialogue républicain et l’intérêt supérieur du Sénégal doivent demeurer notre boussole commune », a-t-il déclaré.

Tout en quittant ses fonctions, il affirme vouloir poursuivre son engagement au service de la démocratie sénégalaise et de la République.

Il a conclu sa déclaration par une prière pour le Sénégal, appelant à davantage de paix, de justice, d’unité et de prospérité.

Anta Babacar Ngom Diack dénonce une « tentative de braquage institutionnel »

L’honorable députée Anta Babacar Ngom Diack a vivement contesté l’éventualité d’un retour de Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale, estimant qu’une telle démarche serait contraire aux dispositions de la Constitution, du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale et du Code électoral.

Dans un communiqué au ton particulièrement critique, la parlementaire considère que « le retour de Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale ne résiste pas à une lecture rigoureuse des textes ». Elle rappelle notamment que l’article 54 de la Constitution établit l’incompatibilité entre la qualité de membre du gouvernement et le mandat parlementaire.

La députée souligne également que l’ancien règlement intérieur de l’Assemblée nationale ainsi que le Code électoral imposaient au député placé dans une situation d’incompatibilité de faire cesser cette situation dans un délai de huit jours, sous peine de démission d’office.

Selon Anta Babacar Ngom Diack, les textes en vigueur au moment de l’installation de la 15e législature, en décembre 2024, ne prévoyaient ni suspension du mandat parlementaire ni droit automatique à réintégration. Elle estime ainsi que l’application des nouvelles dispositions introduites en 2025 constituerait une rétroactivité contraire au principe de sécurité juridique.

L’élue insiste sur le fait que Ousmane Sonko était déjà Premier ministre au moment de son élection comme député, ce qui, selon elle, créait une incompatibilité immédiate l’obligeant à choisir entre la Primature et le mandat parlementaire.

Au-delà de la question juridique, la députée dénonce ce qu’elle considère comme une « dérive institutionnelle préoccupante ». Elle accuse le régime de PASTEF de multiplier les « passages en force parlementaires », les procédures accélérées et les convocations précipitées sur des questions sensibles.

« Les institutions ne doivent pas être des instruments de convenance politique », avertit-elle, appelant les Sénégalais à rester vigilants face à ce qu’elle considère comme une menace pour l’État de droit et la démocratie.

Le CUR Ligeeyeul Euleuk alerte sur une « dérive institutionnelle »

Le CUR Ligeeyeul Euleuk a exprimé sa vive inquiétude face à la situation politico-institutionnelle actuelle au Sénégal, dénonçant ce qu’il qualifie de « coup d’État rampant contre les institutions de la République ».

Dans un communiqué publié par son Bureau politique, le mouvement estime que le limogeage du Premier ministre, suivi de la démission du président de l’Assemblée nationale puis de la réintégration annoncée de l’ancien chef du gouvernement à l’hémicycle, soulève de sérieuses interrogations sur le respect des principes républicains.

Selon le CUR Ligeeyeul Euleuk, ces événements traduisent une stratégie progressive de « captation » et de « fragilisation des équilibres institutionnels ». Le mouvement rappelle que les institutions ne sauraient être utilisées comme des outils de repositionnement politique ou au service d’ambitions personnelles.

Le communiqué souligne également que cette agitation politique intervient dans un contexte économique et social particulièrement difficile, marqué notamment par la dégradation de la situation économique, les tensions sur les finances publiques, la hausse du coût de la vie et le chômage massif des jeunes.

Le mouvement attire aussi l’attention sur les défis sécuritaires et géopolitiques dans la sous-région, notamment la montée du terrorisme au Sahel, les tensions autour des États de l’AES et les risques liés aux tensions internationales.

Dans ce contexte, le CUR Ligeeyeul Euleuk estime que le Sénégal devrait privilégier la consolidation de ses institutions et le renforcement de l’unité nationale plutôt que de s’enfermer dans des « turbulences politiques et institutionnelles permanentes ».

Le mouvement rappelle que la démocratie repose avant tout sur le respect des lois, la séparation des pouvoirs, la stabilité des institutions et la transparence dans la gouvernance.

Le CUR appelle enfin le président de la République à agir avec « responsabilité, hauteur et sens de l’État » et formule plusieurs recommandations, parmi lesquelles la fin des passages en force institutionnels, l’ouverture d’un dialogue national inclusif et la restauration de la confiance des citoyens et des partenaires internationaux.

Des spécialistes contestent juridiquement le retour de Sonko à l’Assemblée nationale

Le débat autour de la possible réintégration de Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale continue de susciter de nombreuses réactions dans les milieux politiques et juridiques sénégalais.

Dans une analyse publiée récemment, Alioune Souaré, présenté comme spécialiste des questions parlementaires, estime que deux obstacles majeurs empêchent juridiquement le retour du Premier ministre à l’Assemblée nationale.

Selon lui, les dispositions combinées de l’article 54 de la Constitution, de l’article LO 175 du Code électoral et de l’article 132 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale établissent clairement l’incompatibilité entre les fonctions gouvernementales et le mandat parlementaire.

Le spécialiste souligne que les textes ne mentionnent à aucun moment une simple suspension du mandat parlementaire. Il considère dès lors que la situation de Ousmane Sonko correspond à une démission constatée depuis l’installation de la 15e législature, le 2 décembre 2024.

Alioune Souaré évoque également le principe de non-rétroactivité de la loi organique de 2025 portant règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Cette réforme introduit la possibilité de réintégration des députés nommés au gouvernement à la fin de leurs fonctions ministérielles, mais, selon lui, elle ne saurait s’appliquer à une situation juridique antérieure.

Le juge Ibrahima Dème partage une analyse similaire. Dans une tribune détaillée, il affirme que « la réintégration de Sonko à l’Assemblée nationale est juridiquement impossible ».

L’ancien magistrat estime que la tentative de retour du leader de PASTEF s’inscrit dans une tendance plus large où « la logique de l’État de droit est supplantée par celle de la prééminence du parti et de son leader sur les institutions ».

Ibrahima Dème développe trois arguments principaux. D’abord, il considère que le nouveau mécanisme de réintégration prévu par la loi organique de 2025 ne concerne que les députés devenus ensuite membres du gouvernement, et non l’inverse.

Ensuite, il invoque le principe de non-rétroactivité des lois, rappelant que la situation de Ousmane Sonko était déjà juridiquement constituée avant l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions.

Enfin, il souligne que le dispositif de réintégration reste juridiquement incomplet, faute d’instruction générale du Bureau de l’Assemblée nationale définissant les modalités concrètes de son application.

Pour l’ancien magistrat, cette affaire dépasse le seul cas personnel de Ousmane Sonko et pose une question plus large sur l’avenir de l’État de droit et le respect des institutions démocratiques au Sénégal.

Présidence de l'Assemblée nationale: Le statut de député de Sonko au centre d'un débat

Le président de l'Assemblée nationale sénégalaise, El Malick Ndiaye, a annoncé le 24 mai sa démission. Ousmane Sonko, limogé de son poste de Premier ministre le 22 mai et chef du parti majoritaire au Parlement, va-t-il le remplacer ? Un débat juridique s'est engagé au Sénégal autour du statut de député de Sonko. Explications.

Ousmane Sonko pourra-t-il retrouver son siège de député, décroché en novembre 2025 à l'issue des dernières législatives ? C'est toute la question qui divise la classe politique au Sénégal. Et le débat est purement juridique.

Car au moment de son élection, Ousmane Sonko était déjà Premier ministre : une fonction incompatible avec celle de député, selon la Constitution du Sénégal. De ce fait, l'intéressé aurait en quelque sorte automatiquement perdu son mandat de député, vu qu'il n'a jamais eu à l'exercer et qu'il n'a donc pas pu le suspendre.

Un débat juridique qui pourrait compliquer l'élection du nouveau président de l'Assemblée nationale

Pour ceux qui défendent l'impossibilité de sa réintégration à l'Assemblée, Ousmane Sonko aurait dû formellement démissionner de la Primature pour valider son élection en tant que député, avant d'être reconduit Premier ministre et de suspendre son mandat parlementaire. Or, en l'état actuel, selon ces juristes, Ousmane Sonko a tout simplement perdu son mandat et ne peut donc pas le retrouver.

Faux, répond-on dans les rangs du Pastef au pouvoir, brandissant à l'appui une lettre dans laquelle Ousmane Sonko demande bien la suspension de son mandat à l'Assemblée nationale.

Suspendu ou perdu, l'enjeu est éminemment politique, puisque le nouveau président du perchoir doit être élu le 26 mai par l'ensemble des parlementaires. Et dans une assemblée dominée par le Pastef – avec 130 députés sur 165 –, l'élection du chef de leur parti, Ousmane Sonko, semble quasiment acquise. Ce débat juridique risque donc de compliquer ce qui aurait pu être une simple formalité.

À la tête du pouvoir législatif, Ousmane Sonko serait en mesure d'impulser l'adoption de nouvelles lois mais aussi, si besoin, de bloquer l'action gouvernementale et le pouvoir exécutif du chef de l'État.

Abdou Mbow accuse Pastef de « porter atteinte à la sûreté de l’État »

Le député de l’opposition Abdou Mbow est monté au créneau contre la majorité parlementaire dirigée par Pastef. Face à la presse, le parlementaire a dénoncé avec fermeté ce qu’il considère comme une grave dérive institutionnelle en cours à l’Assemblée nationale.

Selon lui, les démarches entreprises pour réinstaller Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale avant de le propulser à la présidence de l’institution relèvent d’une manœuvre politique dangereuse. Abdou Mbow estime que cette opération, appuyée selon lui sur une démission irrégulière du président de l’Assemblée nationale El Malick Ndiaye, constitue bien plus qu’une simple entorse au règlement intérieur.

Le responsable de Takku Wallu Sénégal parle d’une « déstabilisation délibérée des institutions » menée depuis les sphères du pouvoir. À ses yeux, les actes posés par la majorité parlementaire pourraient même être assimilés à « une atteinte à la sûreté de l’État », compte tenu de leur impact supposé sur le fonctionnement régulier des institutions républicaines.

Abdou Mbow a également accusé Pastef d’agir en dehors des règles démocratiques et institutionnelles. Il reproche au parti au pouvoir des violations répétées des procédures parlementaires, un mépris des corps intermédiaires ainsi qu’une instrumentalisation des institutions à des fins partisanes.

Pour le député de l’ancienne majorité présidentielle, la situation actuelle dépasse le cadre d’un affrontement politique classique. Il considère qu’il s’agit désormais d’une crise institutionnelle sérieuse qui menace les fondements de l’État de droit au Sénégal.

L’Apr dénonce une «forfaiture politique et parlementaire ».

L’Alliance Pour la République (APR) a pris acte de la décision du Président de la République de mettre fin aux fonctions du Premier ministre ainsi qu’à celles de son gouvernement. Pour le parti, cette décision traduit l’échec manifeste d’un régime marqué, depuis son installation, par des rivalités internes, des contradictions permanentes au sommet de l’État et une confusion préoccupante dans la répartition des responsabilités institutionnelles.

Dans ce contexte, l’APR dénonce avec fermeté ce qu’elle qualifie de démission orchestrée du Président de l’Assemblée nationale, estimant que cette démarche vise uniquement à permettre au Premier ministre limogé de prendre le contrôle du perchoir. Le parti considère cette initiative comme une manœuvre politicienne fondée sur des arrangements de circonstance et contraire à l’esprit des institutions républicaines. Selon l’APR, il s’agit d’une véritable forfaiture politique et parlementaire.

Le parti rappelle que les institutions de la République ne doivent ni servir d’outils de règlement de conflits internes au sein de Pastef, ni être utilisées comme instruments au service d’ambitions personnelles. L’APR estime que le Sénégal ne peut être pris en otage par des luttes de clans au sein d’un pouvoir qu’elle juge en pleine implosion.

L’APR affirme également que cette tentative de « recyclage politique » soulève de nombreuses interrogations juridiques, institutionnelles et morales. Elle estime que cette situation remet en cause les principes de stabilité républicaine, de sincérité démocratique et d’exemplarité dans l’exercice des responsabilités publiques.

Face à cette situation, le parti appelle les députés de l’opposition, les forces démocratiques, les organisations de la société civile ainsi que l’ensemble des citoyens attachés aux valeurs républicaines à faire barrage, par tous les moyens légaux et démocratiques, à ce qu’il considère comme une entreprise de confiscation des institutions.

L’APR interpelle également le Président de la République afin qu’il assume pleinement les responsabilités liées à sa fonction et mette fin au désordre institutionnel, à l’affaiblissement de l’État et à ce qu’elle décrit comme une dérive inquiétante du fonctionnement des pouvoirs publics.

Le parti souligne par ailleurs que, pendant que le régime se livre à des batailles de positionnement politique, les Sénégalais continuent de subir la cherté de la vie, le chômage massif des jeunes, la paralysie de l’économie, la perte de confiance des investisseurs ainsi qu’une absence de visibilité sur l’avenir du pays.

Selon l’APR, la crise actuelle met en lumière l’incapacité du régime Pastef à gouverner dans la stabilité, la cohérence et le respect des équilibres institutionnels. Le parti estime que le pouvoir, porté autrefois par la promesse du changement, conduit aujourd’hui le Sénégal vers l’incertitude, l’improvisation et la confrontation permanente. Il affirme que le pays mérite un État fort, juste, stable et respectueux des principes républicains.

Dans ce contexte, l’Alliance Pour la République réaffirme sa volonté de défendre les institutions, de restaurer la confiance économique et sociale et de construire une alternative politique crédible, responsable et rassembleuse pour le Sénégal. Le parti lance ainsi un appel à la mobilisation de toutes ses structures, responsables et militants afin d’intensifier le travail d’organisation, de sensibilisation et de reconquête démocratique sur l’ensemble du territoire national.

Enfin, l’APR dénonce la dégradation continue des libertés publiques, les arrestations arbitraires de responsables politiques, les intimidations contre la presse et les voix critiques, ainsi que l’utilisation sélective de l’appareil judiciaire à des fins de règlement de comptes politiques.

À ce titre, le parti exige la libération immédiate de plusieurs détenus politiques, notamment Pape Malick Ndour, Moustapha Diop, Mamadou Gueye, El Hadji Malick Mbaye, Alioune Badara Ly, Jérôme Bandiaky, Lat Diop et Ismaila Madior Fall. L’APR rappelle que la présomption d’innocence, les droits de la défense et les libertés fondamentales ne sauraient être sacrifiés pour des considérations politiques. Michel DIOUF