AES- FRANCE: Entre procès en sorcellerie, cabales médiatiques et falsification de l'histoire !

AES- FRANCE: Entre procès en sorcellerie,  cabales médiatiques et falsification de l'histoire !

La France est devenue une fixation pour les Etats faillis de l'AES qui en ont fait leur souffre-douleur et ennemie jurée dans un savant amalgame de déni et de mauvaise foi. France par-ci, France par-là, encore elle et toujours elle, chaque fois, comme échappatoire face au chaos et à la ruine sécuritaire provoqués par les atermoiements et louvoiements de dirigeants médiocres et bruyants apprenti-sorciers. L'arbre qui devrait cacher la forêt des illusions perdues.

Les juntes de l’Alliance des États du Sahel pour asseoir leur crédibilité et suscité une adhésion populaire à leur cause douteuse, ont  promis de restaurer la sécurité, de reconquérir les territoires perdus et de vaincre le terrorisme. Elles affirment  pouvoir réussir là où les gouvernements qu’elles ont  renversés auraient, selon elles, échoué, lamentablement.
Or , les années passent et  le constat qui ne laisse entrevoir aucun progrès est de plus en plus difficile à dissimuler : les groupes terroristes sont encore mieux implantés et plus menaçants que par le passé.  Ils multiplient les attaques, imposent des blocus, frappent les infrastructures stratégiques , ne cessent de monter en puissance, redoublent de capacités de nuisance...

Face à cette réalité embarrassante, une étrange mécanique s’est installée. Au lieu d’assumer  les échecs et les surmonter, on désigne un coupable. Au lieu d’apporter des réponses énergiques, on pointe un doigt accusateur sur des Etats voisins, des puissances étrangères. Au lieu de faire un examen de conscience pour regarder les difficultés en face, on préfère construire un récit commode. Incapables de contenir l’avancée des groupes terroristes qui contrôlent désormais de vastes territoires et mènent sans difficulté des attaques successives sur les sites les plus stratégiques, ces régimes n’ont qu’une bouée de sauvetage : accuser la France de tous leurs maux .



Cette stratégie de fuite en avant et de quête permanente d'un bouc-émissaire n’est pas nouvelle. Elle est congénitale aux putschs. Lorsque les résultats promis ne sont pas au rendez-vous, lorsque les attaques se multiplient malgré les discours triomphalistes, lorsque les populations s’interrogent sur l’efficacité des dirigeants, la tentation devient grande de détourner l’attention vers un ennemi désigné.

 Dans les pays de l’AES aujourd’hui, cette pratique est devenue un véritable mode de gouvernance, voire un instinct de survie. Chaque attaque terroriste serait l’œuvre de la France. Chaque revers militaire, la conséquence d’un complot français. Chaque difficulté économique trouverait son origine à Paris. Chaque échec diplomatique serait le résultat d’une machination française . Chaque crise intérieure est attribuée à des mains invisibles tirant les ficelles depuis l’exagone.

À entendre certains responsables, la  seule explication à tous les malheurs est imparable : la France. Cette rhétorique défie non seulement l’analyse stratégique mais également le simple bon sens. Car enfin, comment expliquer sérieusement que les mêmes groupes terroristes qui ont assassiné des dizaines de soldats français, qui ont attaqué des bases françaises, qui ont revendiqué des opérations contre les intérêts français dans la région, seraient en réalité les instruments de la France ? Comment soutenir une telle thèse sans fournir de preuves crédibles, vérifiables et incontestables ? Comment demander à des populations entières d’accepter sans questionnement des explications aussi simplistes à des phénomènes sécuritaires d’une immense complexité ?

Indexer la France vise à dispenser de toute autocritique. Il y a une volonté manifeste d'éluder les questions de fond qui pourraient déligitimer les autorités  de fait en les confrontant à leurs propres limites et faiblesses notoires. Et si le mythe s'effondre, il y a un risque de perdre le pouvoir, seule et unique obsession. Toutes les manœuvres dilatoires, c'est pour eviter de ne pas avoir à  rendre des comptes. Bref, on œuvre à une déresponsabilisation totale.

On fait un pari risqué et périlleux: celui de peuples  incapables de réfléchir par eux-mêmes et de raisonner.

L’insécurité dans le Sahel pris en otage dont les  peuples sont opprimés par des putschistes  voraces et incompétents est  le produit d’une multitude de facteurs : faiblesse de l’État dans certaines zones, pauvreté, conflits communautaires, trafics transfrontaliers, fragilité institutionnelle, corruption, problèmes de gouvernance, porosité des frontières, expansion des groupes extrémistes et mutations géopolitiques régionales. Réduire cette réalité complexe à un acteur extérieur constitue une simplification outrancière qui empêche toute réflexion sérieuse sur les véritables causes de la crise.

 La  propagande en cours repose  sur une forme d’infantilisation de l’opinion publique. L'on suppose que les citoyens seraient incapables d’analyser les faits. Elle suppose qu’il suffirait de répéter inlassablement la même rengaine pour qu’elle devienne vérité. Elle suppose que les populations ont oublié toutes les belles promesses des débuts euphoriques. Elle suppose que les citoyens ne compareront jamais les discours aux réalités subies ou qu'ils ne sont pas assez lucides pour voir la dégradation vertigineuse de la situation. L'on ne peut  indéfiniment endormir les consciences avec des slogans alors que le quotidien est infernal.  Il est impossible que l’émotion remplace la raison et altère le jugement.

Les peuples peuvent se montrer naïfs parfois mais ne sont ni de grands enfants ni dupes. Ils vivent dans leur chair et leur âme la violence et la récurrence des attaques djihadistes . Ils constatent les pertes militaires. Ils observent les difficultés économiques. Ils vivent quotidiennement les conséquences de l’insécurité. Ils savent faire  la différence entre une explication sérieuse et une théorie commode destinée à éviter toute remise en question. Ils connaissent les villages abandonnés, les routes devenues dangereuses, les marchés désertés, les écoles fermées, les familles déplacées et les militaires tombés au combat. Tout cela n'est pas une fiction ni pure invention.

L’histoire démontre d’ailleurs que les gouvernements qui recourent systématiquement à la désignation permanente de boucs émissaires,  finissent généralement par être rattrapés par les dures réalités. Car la propagande peut influencer temporairement les perceptions, mais elle ne peut occulter les faits ni produire les résultats attendus.  Elle ne sécurise pas les villages. Elle ne protège pas les frontières. Elle ne neutralise pas les groupes armés. Elle ne crée pas d’emplois. Elle ne remplit pas les écoles. Elle ne soigne pas les malades. Elle ne nourrit pas les populations. Elle ne remplace ni la stratégie, ni la compétence, ni la gouvernance.

À mesure que les difficultés s’accumulent, les récits officiels de diversion deviennent de plus en plus difficiles à soutenir. Chaque nouvelle attaque affaiblit davantage les explications simplistes. Chaque promesse non tenue réduit la crédibilité du discours officiel. Chaque contradiction visible érode un peu plus la confiance des citoyens.

On peut tromper une partie de la population pendant un certain temps. On peut détourner momentanément l’attention. On peut contrôler des médias. On peut multiplier les discours. Mais il est infiniment plus difficile de berner durablement un peuple confronté chaque jour à la réalité de son propre vécu. Les citoyens peuvent accepter les sacrifices lorsqu’ils perçoivent une stratégie cohérente. Ils peuvent comprendre les difficultés lorsqu’ils voient des efforts sincères. Ils peuvent faire preuve de patience lorsqu’ils constatent des progrès. En revanche, ils finissent toujours par rejeter les récits qui leur demandent de nier l’évidence.

Lorsqu’un pouvoir en arrive à expliquer systématiquement tous ses échecs par l’action d’un ennemi extérieur unique, il ne démontre pas nécessairement la puissance de cet ennemi. Il révèle souvent, malgré lui, son incapacité à apporter des réponses crédibles aux problèmes qu’il avait promis de résoudre. Et lorsque la propagande devient plus importante que les résultats, c’est généralement le signe qu’un pouvoir commence à manquer d’arguments.

A ceux  qui ont la  mémoire courte,  qui se fient aveuglément à la propagande des juntes militaires et des islamistes, qui voudraient nier réalité ou tombent facilement dans le piège de la " France bashing ", une piqûre de rappel s'impose.

En janvier 2013, après la prise de Konna, les hordes djihadistes d’AQMI, Ansar Dine et MUJAO descendaient inexorablement sur Bamako. L’armée malienne était en déroute, le pays était à deux doigts de tomber entièrement dans les mains des terroristes. Il aurait fallu de quelques jours, voire de quelques heures, tout au plus, pour que  "les coupeurs de têtes" plantent  leur drapeau noir sur koulouba , le Palais présidentiel qui surplombe Bamako la capitale malienne. C’est à ce moment précis, à la demande désespérée des autorités maliennes elles-mêmes, que la France a dit : STOP. Le 11 janvier 2013, François Hollande  a lancé l’opération Serval. Sans hésiter, sans attendre l’aval de toute la planète, la France a déployé ses avions, ses hélicoptères Gazelle, ses forces spéciales et ses Mirages pour sauver le Mali d'un péril imminent.
En quelques heures, les colonnes djihadistes qui fonçaient vers le sud ont été pulvérisées. Konna a été reprise. L’avancée terroriste a été brisée. Bamako a été sauvée, in extremis. Le Mali et la sous-région  ont échappé de peu au  chaos total et à un embrasement général.

C’est la France qui a arrêté les hordes barbares. C’est la France qui a empêché que des femmes maliennes soient lapidées,  en masse, que des enfants soient enrôlés de force, que tout un pays devienne un sanctuaire du djihad international. Et aujourd’hui, on voit des juntes, des influenceurs et des militants anti-français, exaltés  et corrompus, revisionnistes, réécrire l’histoire pour les besoins d'une propagande éhontée.  Heureusement que les faits sont têtus et que nul ne les ignore. L'on ne peut transiger avec la  vérité ni laisser prospérer le mensonge : sans l’intervention française de janvier 2013, Bamako serait tombée.  Aujourd’hui, à défaut de remercier la  France, son intervention ne peut être sabordée ou travestie. Elle a fait le boulot. Un boulot que personne d’autre n’était prêt à faire à ce moment-là. Et ça, personne ne pourra jamais l’effacer.

Comment soutenir sérieusement qu’un pays aurait financé ceux qu’il poursuivait ?
Comment expliquer qu’un État ait consacré des milliards d’euros à combattre des organisations qu’il aurait lui-même créées ?
Comment croire qu’un pays aurait envoyé ses propres soldats mourir dans le désert pour défendre ceux-là mêmes qui les assassinaient ?
La logique la plus élémentaire vacille devant une telle contradiction.

Les faits sont implacables.

Comment peut-on raisonnablement accuser la France d’être le sponsor du terrorisme et de soutenir des groupes qu’elle a combattus et décapités ?

Si l’on se limite aux opérations françaises Serval (2013-2014) et Barkhane (2014-2022), plusieurs chefs jihadistes de premier plan ont été neutralisés ou capturés au Mali, au Niger et dans la zone des trois frontières. Parmi eux :
•  Abdelhamid Abou Zeïd, chef de la katiba Tarik Ibn Ziyad d’AQMI, tué en février 2013 dans le massif du Tigharghar.
•  Mohamed Lemine Ould El-Hassen, émir de la katiba Al Fourghan d’AQMI, tué en février 2013.
•  Ahmed El Tilemsi (MUJAO / Al-Mourabitoune), neutralisé en décembre 2014.
•  Amada Ag Hama, cadre important d’AQMI et d’Ansar Dine, neutralisé en mai 2015.
•  Ibrahim Ag Inawalen, chef lié à AQMI et Ansar Dine, supprimé  en 2015.
•  Yahia Abou el Hammam, tué  le 21 février 2019.
•  Abou Abderahman al Maghrebi, neutralisé en octobre 2019.
•  Abdelmalek Droukdel, chef historique d’AQMI, tué le 3 juin 2020 près de Tessalit.
•  Bah Ag Moussa, stratège du JNIM, neutralisé le 10 novembre 2020.
•  Almahmoud Ag Baye, cadre de l’EIGS, neutralisé en juin 2021.
•  Issa Al Sahraoui et Abou Abderahmane Al Sahraoui, neutralisés en 2021.
•  Adnan Abou Walid al-Sahraoui, fondateur et émir de l’État islamique au Grand Sahara, neutralisé en 2021.
•  Et bien d’autres : Oumarou Mobo Modhi, Saghid Ag Alrhroro, Soumana Boura, etc.

Principaux chefs terroristes capturés :

Mohamed El Mrabat (mai 2020), Dadi Ould Chaib, Sidi Ahmed Ould Mohammed (juin 2021), Oumeya Ould Albakaye (juin 2022).
De  nombreux autres remis aux autorités maliennes après des opérations conjointes.

Entre 2013 et 2022, les opérations Serval puis Barkhane ont permis d’éliminer ou de capturer une partie importante de l’état-major d’AQMI, du JNIM, d’Ansar Dine, d’Ansarul Islam et de l’EIGS. Ceux qui réécrivent aujourd’hui l’histoire devraient se poser une question simple : à quoi ressemblerait le Sahel si ces chefs terroristes avaient pu continuer à agir pendant toutes ces années ? Le Sahel serait-il encore confronté à une menace sécuritaire grave ? Sans doute. Mais cette menace aurait probablement atteint des proportions encore plus dramatiques.

S’il est un dirigeant sahélien qui connaît mieux que quiconque le prix payé dans cette lutte, c’est bien l’ancien président nigérien Mahamadou Issoufou. Pendant une décennie, il n’a jamais cessé de souligner publiquement l’importance de l’appui français – renseignement, appui aérien, formation, opérations de combat – et a exprimé sa reconnaissance envers les soldats français.

Qui a réellement remis les terroristes en liberté ?

Les soldats français ont traqué ces groupes pendant des années, perdu des dizaines des leurs, neutralisé des chefs, démantelé des sanctuaires, saisi des arsenaux. Une fois capturés, ces individus étaient remis aux autorités maliennes. Ce n’est pas la France qui a ouvert les portes des prisons maliennes. Ce n’est pas la France qui a décidé des échanges de prisonniers. Ce n’est pas la France qui a réhabilité ces combattants. La vérité est  simple et brutale : pendant des années, les soldats français ont arrêté des terroristes. D’autres ont ensuite pris la décision de les relâcher. Et lorsque certains ont repris les armes, il était commode de désigner un bouc- émissaire extérieur plutôt que d’assumer les conséquences de décisions prises localement.

Le prix du sang, le poids des faits et le verdict de l’Histoire.

Pendant près d’une décennie, la France a engagé des milliers de soldats, des moyens aériens considérables, des capacités de renseignement sophistiquées et plusieurs milliards d’euros pour soutenir les États sahéliens. Plus de cinquante soldats français ont perdu la vie dans les sables du Mali, du Niger et du Burkina Faso. De Gao à Tessalit, de Ménaka à l’Adrar des Ifoghas, du Gourma à la région des Trois Frontières, ils sont tombés loin de leur terre natale, engagés dans une lutte implacable contre les groupes armés terroristes qui menaçaient alors l’existence même de plusieurs États sahéliens.

Derrière chacun de ces noms gravés dans la mémoire de leurs familles se cache un drame humain. Une mère qui ne reverra plus son fils. Un père privé de son enfant. Une épouse devenue veuve. Des enfants condamnés à grandir sans leur père. Des frères, des sœurs et des proches marqués à jamais par l’absence.

Ces jeunes hommes, souvent au début de leur vie d’adulte, ne sont pas tombés sur le territoire français. Ils ont perdu la vie à des milliers de kilomètres de chez eux, dans les déserts et les plaines du Sahel, en combattant précisément les mêmes organisations terroristes que certains accusent aujourd’hui, contre toute logique et en contradiction avec les faits, d’être soutenues par la France.

Leur sacrifice constitue un rappel douloureux mais incontestable d’une réalité historique : on ne sacrifie pas la vie de ses soldats, de ses fils et de ses filles, pour soutenir ceux qu’ils avaient pour mission de combattre. L’histoire retiendra que ces hommes sont tombés les armes à la main face aux groupes terroristes, et non à leurs côtés.

Les faits sont têtus. Ils résistent aux slogans. Ils survivent aux campagnes de désinformation. Ils demeurent lorsque les passions retombent. On peut débattre de la stratégie française. On peut discuter des choix opérés.  On peut émettre des réserves et formuler des critiques, aucune œuvre humaine n'étant parfaite.
Toutefois, il existe une frontière entre la critique et la négation de la réalité.

Les erreurs stratégiques peuvent être discutées. Les choix politiques peuvent être critiqués. Les résultats peuvent être débattus. Mais prétendre qu’un État aurait sacrifié des dizaines de ses soldats pour soutenir ceux-là mêmes qui les ont tués revient à raisonner par l'absurde.

L’Histoire finit toujours par distinguer les faits des manipulations et des hypocrisies. Des soldats français sont morts au Sahel en combattant des organisations terroristes. Ils ne sont pas morts aux côtés de ces organisations. Ils sont morts en les affrontant. 

Reconnaître qu’une intervention militaire a permis d’empêcher la chute de Bamako en janvier 2013 n’est pas un acte de soumission. Reconnaître que plusieurs chefs terroristes parmi les plus dangereux du continent ont été neutralisés par les forces françaises n’est pas un acte d’allégeance. Reconnaître le sacrifice de soldats morts au combat n’est pas un acte de militantisme. C’est simplement un acte d’honnêteté intellectuelle et une vérité historique.

L’Histoire, contrairement à la propagande, possède une mémoire longue.

Cet article n’est pas un plaidoyer pour la France ni un réquisitoire contre ses détracteurs. C'est un parcours de mémoire à l'encontre de la falsification des faits. Il n’est ni une ode à la France d’admiration ni une velléité de réhabilitation politique. 

Les propagandes vivent de l’émotion du moment. L’Histoire, elle, vit de la mémoire des faits. Et lorsqu’elle rend son verdict, elle est souvent beaucoup moins indulgente avec les mensonges qu’avec les erreurs. Les peuples du Sahel méritent mieux que des slogans. Ils méritent la vérité. Avant d’accabler  les autres, à tort dans de mauvais procès, il faut commencer par balayer devant sa porte .  Il ne faut pas croire comme Paul Valery que " L'histoire justifie  ce que l'on veut".

Samir Moussa