Alger doit «jouer franc jeu», par Mamadou Mouth BANE

Alger doit «jouer franc jeu», par Mamadou Mouth BANE

J’emprunte ce titre au président Macron.

Alger doit «jouer franc jeu», comme l’avait demandé le président français Emmanuel Macron, parlant du terrorisme au Sahel, à un diplomate algérien, lors d’un voyage en Algérie, alors que Monsieur Xavier Briancourt était ambassadeur de France dans ce pays.

Pour Macron, « jouer franc jeu », c’est éviter de souffler le chaud et le froid sur la braise sahélienne. Lorsqu’on sait qu’Algérie est le berceau du terrorisme religieux qui décime le Sahel depuis les années 90.

Les attaques combinées de l’alliance « terro-rebelles » (JNIM-FLA) exigent une analyse lucide et objective pour mieux comprendre ses fondements, ses conséquences et peut-être ses solutions.
D’abord, elles se sont perpétrées dans un contexte politique marqué par le retrait par Bamako de sa reconnaissance à la RASD (Polisario), la publication d’une série d’images montrant l’opposant malien Oumar Mariko en discussion avec des soldats maliens otages des terroristes et le lancement de la Coalition des forces pour la République (CFR) dirigée par l’imam Dicko en exil en Algérie.
D’ores et déjà, de nombreuses questions surgissent. Mais d’abord, rappelons que le Mali est frontalier avec 7 pays : Mauritanie, Sénégal, Guinée Conakry, Burkina Faso, Niger, Côte d’Ivoire et l’Algérie. Sur cette liste, seul Alger est connu pour avoir des liens avec les leaders du Front de libération de l'Azawad (FLA), allié de circonstance des terroristes du JNIM.

Dans ce contexte, il est important de rappeler que les frontières entre Bamako et Alger ont été fermées (et l’espace aérien, le 7 avril 2025) depuis l’attaque d’un drone malien par l’armée algérienne, cela, plusieurs mois après la bataille de Tinzaouatine. D’ailleurs, Bamako avait déposé une plainte à la Cour internationale de justice (CIJ) contre son voisin. Et pourtant, cette crise entre Bamako et Alger n’a pas empêché le président algérien « d’infiltrer » l’AES, en se rapprochant du général Tiani, président du Niger. Il a aussi renforcé ses relations avec le Tchad (membre de l’ex-G5 Sahel), dont le président vient de terminer une visite d’État en Algérie. Est-ce une tactique d’encerclement du Mali de la part de l’Algérie qui « drague » également Dakar depuis la dernière CAN ?

Sans avoir d’éléments factuels prouvant une aide algérienne aux rebelles du Front de libération de l'Azawad (FLA), on peut constater que le Mali saigne à chaque fois qu’il pose un acte contre le Front du Polisario. C’est la raison pour laquelle, ce problème malien est bel et bien détachable d’une probable crise interne, même si l’on peut indexer une faille des renseignements maliens.


Par ailleurs, récemment, la libération par le Mali de près de 200 terroristes a été annoncée, conditionnée d’une trêve du blocus jusqu’après la fête de la Tabaski. Alors, la violation de cette trêve laisse supposer que d’autres forces (États ?) qui commandent ces groupes armés, rebelles et terroristes agissent ensemble pour déstabiliser le Mali. Ces forces sont-elles à l’origine des retrouvailles entre les rebelles touaregs et les groupes terroristes jadis rivaux ?

En plus, depuis toujours, la junte malienne dénonce les agissements d’Alger en faveur de la rébellion et de ses opposants comme l’imam Dicko. En outre, la dénonciation des Accords d’Alger par la junte est perçue par l’Algérie comme une rupture abusive et une humiliation. Ce qui laisse également soupçonner que les manœuvres de fragilisation du Mali prendraient leurs racines dans ce voisinage proche. Le fait de voir Alger devenir le pays d’accueil des opposants de la junte malienne renforce les suspicions sur ses responsabilités dans ces crises au Mali. Depuis Alger, l’imam Dicko planifie son action politique contre la junte, au su de toutes les autorités algériennes qui semblent travailler pour une alternance politique favorable à l’Algérie, au Polisario et au Mali.

Bamako est assez éprouvée par le blocus des chaînes d’approvisionnement venues de Dakar, Nouakchott et Abidjan. Dans ce pays, les pénuries d’énergie sont récurrentes dans ce contexte de crise au Moyen-Orient qui fragilise davantage les pays du Sahel, fortement menacés par une insécurité qui pourrait s’étendre vers l’Afrique de l’Est. Au-delà de la pression économique et de ses conséquences sociales, la junte malienne et ses voisins, devraient alors craindre des émeutes de l’électricité si la crise en Iran perdure.

Il convient alors de reconnaître que l’alliance entre les rebelles du FLA et le JNIM constitue une réelle menace aussi bien pour l’Afrique du Nord que pour toute l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Et le Mali deviendrait un nouvel Afghanistan qui hébergerait tous les groupes armés, rebelles, terroristes et autres bandes criminelles venus surtout du Moyen-Orient : Liban, Yémen, Palestine. Ce serait alors une répétition de l’histoire car, après la chute de Kadhafi, la Libye était devenue l’épicentre du terrorisme en Afrique avec des groupes djihadistes venus de l’Irak et de la Syrie pour fonder la filiale Daesh du Maghreb.

C’est lorsque le Mali deviendra la base arrière des groupes terroristes que l’Afrique de l’Ouest connaîtra un nouveau cycle de violences aux conséquences jusque-là incalculables. Et aucun pays ne sera épargné, surtout les voisins du Mali. Ses alliés de l’AES (Niger et Burkina Faso) devront également craindre un basculement vers l’insécurité de leurs territoires en quasi-déliquescence. Dans la mesure où chacun de ces pays est fragilisé par des crises politiques internes et par une situation économique délicate.

Aujourd’hui, il convient de rappeler l’urgence pour les États de la CEDEAO d’agir vite pour sauver le Mali, dont la déstabilisation impacterait tous ses voisins. Sans nul doute, la coopération interétatique est une nécessité vitale après la mort du G5 Sahel. Au-delà de l’Afrique subsaharienne, le Maghreb sera également plongé dans une situation de menace permanente.
Les prochaines conséquences d’une chute du Mali, c’est aussi la montée de l’émigration vers l’Europe, le développement des trafics illicites et de la criminalité organisée en général.

Pour finir, disons que le Mali ne doit pas être le théâtre de compétition entre puissances étrangères. Puisque la sécurité est d’abord une problématique africaine que seuls les Africains devraient pouvoir solutionner dans le cadre d’une alliance continentale sincère et franche de lutte contre le terrorisme, le séparatisme et la criminalité.