Autonomie, patriotisme, et monde multipolaire : l’Afrique à la conquête de sa souveraineté.

Autonomie, patriotisme, et monde multipolaire : l’Afrique à la conquête de sa souveraineté.

La venue de Mr Pascal boniface venu animer la conférence de Dakar revêt un aspect particulier avec la présentation de son ouvrage « les maitres du monde », parmi lesquels, le guide de la révolution, le premier ministre, Mr Ousmane Sonko qu’il place dans la catégorie des « représentants du sud global » aux côtés du brésilien Lula, de la barbadienne Mia Mottley, du chinois Xi Jingping.

La thèse d’un monde dominé par un noyau géographique différent selon les époques revient dans les pages du livre de Mr Boniface « les relations internationales de 1945 à nos jours (ed. Eyrolles 2017). Selon Daniel Losif, université Paris 10, «  le plus important est la dynamique géopolitique, dans le cadre géographique, comment la géopolitique a influencé le trajet de l’histoire… au début c’était l’Europe, centre des décisions, mais également l’espace où les deux grandes guerres ont commencé. Puis le rôle de dirigeant du monde est revenu aux USA et à l’URSS les deux plus importants de la victoire des alliés, dont la différence de système idéologique, le capitalisme et le communisme, va déclencher après une nouvelle situation conflictuelle, marquée par la guerre froide.

Actuellement, avec le monde multipolaire, les pouvoirs s’éparpillent. D’autres centres de pouvoirs s’affirment, la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil etc. Mais, toujours la sempiternelle redondance de la géopolitique marquée par le foisonnement de perturbations, la Russie recommence d’avoir des comportements de plus en plus agressifs en contestant le bloc libéral européen, annexe la Crimée et attaque l’Ukraine.

Tout le moyen Orient en fragmentation, du fait de la volonté de réaliser le grand Israël par une politique d’occupation génocidaire, devant le silence coupable du Conseil e l’Europe et soutenu par le grand frère américain. En face, la montée en puissance de l’Iran, qu’il faut anéantir sous le prétexte qu’il pourrait détenir la bombe atomique.

Or, la guerre froide, 1945-1960, inventée par Bernard Bruch, un conseiller de Roosevelt, « se caractérise par les affrontements entre Moscou et Washington, mais seulement au niveau verbal »; l’arme atomique détenue par les deux ! Au nom de quoi Israël devrait-il en être seul détenteur dans cette région?

La mondialisation comme processus politique est devenue une utopie. Tous les pays ont quelque chose à contester; l’ONU en particulier ne dément pas d’être qualifié de « machin » et ne sont point épargnées l’OTAN dont le grand frère américain, semble lâcher le vieux continent aux fréquentes bourrasques russes, de même le FMI dont la politique monétaire n’a pas encore montré le chemin du développement à travers ses pompeuses théories économiques au pays sous-développés.

Et dans tout ça, un Donald Trump avec qui le constat est le suivant, si l’économie mondiale fonctionne selon des lois, des règles et des principes plus ou moins stricts, la politique mondiale fonctionne non pas par de règles communes, mais selon ses desiderata, et au surplus se positionne comme « faiseur de paix », en dehors des cadres diplomatiques, avec son « conseil de la paix » et qualifié à juste raison de « déstabilisateur du monde ».

Face à l’incertitude mondiale marquée fortement par les bouleversements nés des enjeux de pouvoirs fortement marqués, au plan international par des dynamiques d’hégémonies qui intègrent des dimensions idéologiques, culturels et économiques et d’autre part, au plan interne, par le désengagement des populations vis-à-vis des élites politiques, notamment en Afrique, qui ont installé la corruption, et les inégalités sociales, la notion de patriotisme va être reconsidérée pour non pas la substituer au nationalisme qui pour paraphraser le Général De Gaulle « le patriotisme c’est aimer son pays ; le nationalisme c’est détester celui des autres, ou le Président Mitterrand, « la nationalisme c’est la guerre ».

Ce patriotisme positif étant étroitement lié à la citoyenneté politique qui selon Fanny Gleize est « davantage liée à la participation du citoyen aux prises de décisions et à l’organisation de la vie collective, en société ». En tant  qu’exigence citoyenne en termes de souveraineté, de transparence, et de vision commune, le patriotisme est le levain pour le développement en ce qu’il traduit la prise de conscience que le processus de décolonisation formelle de notre continent n’a pas abouti aux principaux objectifs.

Il ne se résume plus à un sentiment, mais se veut pragmatique, en étant une revendication avec l’émergence de figures politiques comme le Président Ousmane Sonko dont le discours catalyseur envers la jeune génération porte sur la souveraineté, la justice sociale, la lutte contre dépendance économique et la défense des ressources nationales pour décliner la dimension politique du patriotisme souverainiste.

La particularité africaine de O. Sonko est de représenter la rupture non pas par le fracas des casernes, mais par les urnes. « Sa popularité correspond à ses convictions profondes, mais aussi aux aspirations de sa populations, notamment de la jeunesse.

Face à ce monde thucydidéen; la rivalité sino-américaine structure les équilibres mondiaux autour de Taïwan, de la mer de chine méridionale, de la domination technologie et des architectures financières. La problématique réside dans la déconstruction des préjugés coloniaux qui niaient à l’Afrique son histoire, à laquelle s’ajoute celle multidimensionnelle mêlant instabilité politique chronique (conflits, mauvaise gouvernance, corruption) et la nécessité de la reconstruire à travers des sources endogènes.

Pour un continent en marge de la mondialisation, la citation du PM O. Sonko,  « aux frères et sœurs africains, l’heure de notre révolution a sonné. Partout en Afrique doit souffler un vent nouveau, de liberté, démocratie, de souveraineté… le 21ème siècle doit être africain et siffler le réveil du Phœnix endormi depuis trop longtemps », illustre La nouvelle dynamique d’un non alignement actif dans un monde multipolaire : comment le Sénégal, conscient des dynamiques en jeu entend se positionner par la valorisation sa situation géographique et ses ressources nationales dans une Afrique longtemps chrysalide dans l’ordre mondial, pour être un continent d’acteurs et non d’objet. Autrement dit, être agent actif qui utilise et valorise ses richesses pour enrichir son pays avec souveraineté et autonomie.

L’autonomie est la capacité d’agir de manière responsable et efficace. Un principe de droit en vertu duquel, la volonté librement exprimée a le pouvoir de créer des obligations, lesquelles créent un lien de droit entre l’Etat et ses partenaires.

Quant à la souveraineté, elle désigne le caractère suprême du pouvoir étatique, (pouvoir de droit originaire, ne dérivant d’aucun autre pouvoir, et suprême en ce sens qu’il n’a pas d’égal au plan interne, ni de supérieur dans l’ordre international, où il n’est limité que par ses propres engagements et par le droit international.

On dit qu’elle est nationale lorsque le titulaire est la nation, entité collective indivisible et donc distincte des individus qui la composent. Selon la constitution du Sénégal « la souveraineté appartient à la nation qui l’exerce par ses représentants. ». Les représentants sont les mandataires des citoyens qui leur ont confié la mission d’exercer en leur nom et pour leur compte.

Le sentiment largement partagé au lendemain de la décolonisation, Nkrumah : « s’unir au périr : la souveraineté des Etats africains est illusoire sans une unité politique et économique continentale ».

Souveraineté et autonomie  sont deux concepts clés de la géopolitique et de la gouvernance, souvent liés à la capacité d’action. Une convergence solidaire et complémentaire entre  la[h1]  souveraineté combinée à l’autonomie stratégique elle-même rendue possible à la fois au niveau national et africain[h2] , à travers l’objectif d’autonomie stratégique de la CEDEAO, comme un complément de cette souveraineté est nécessaire à la préservation de nos souverainetés nationales dans un monde multipolaire. Une souveraineté pour être une réalité, un Etat ne doit pas être dépendant de moyens d’actions, de technologies d’approvisionnement sur lesquels il n’a pas de prise, parce qu’ils dépendent d’autres Etats, voire d’acteurs non étatiques.

Une Afrique unie et solidaire dans une CEDEAO qui compte 12 Etats avec une population d’environ 400 millions est bien possible pour pallier les innombrables défis sont notamment, les menaces non étatiques et non belligérantes : changement climatiques, catastrophes naturelles, crises humanitaires. L’objectif d’actions concrètes en donnant faveur à une politique de sécurité et de défense contre la montée du terrorisme et du jihadisme; les technologies et réseaux numériques ; l’aboutissement des négociations sur la monnaie unique, un aspect essentiel de la souveraineté; la sécurité d’approvisionnement notamment pour la valorisation de matières premières et l’autosuffisance alimentaire en parachevant d’autre part, la transition de l’économie informelle pour répondre aux exigences de compétivité de l’entreprise et de l’environnement des affaires ; d’autre part, en .

renversant d’une part, la pyramide du PIB par l’industrialisation pour capter l’offre importante de travail pour le plein emploi en profitant du dividende démographique qu’offre la jeunesse africaine à former dans la qualification professionnelle ; le développement des PME agro-industrielles à capitaux nationaux et ou régionaux. Face à la restructuration que le FMI veut imposer au Sénégal suite au ratio de la dette voisinant 132% du PIB et un besoin de financement à hauteur de 6075 milliards CFA prévu par la loi de finances de 2026, l’option du PM O. Sonko est de miser sur la souveraineté financière en privilégiant la gestion interne et les ressources du marché régional.

Mouhamadou Lamine NIANG

Docteur en Droit Univ-Montpellier1

Consultant droit du travail et protection sociale

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