CRISE EN GUINÉE-BISSAU : UN FRONT INTERNATIONAL LA CEDEAO

CRISE EN GUINÉE-BISSAU : UN FRONT INTERNATIONAL LA CEDEAO

Dans un manifeste daté du 23 octobre 2026, le Front uni et le Réseau international de solidarité avec la Guinée-Bissau interpellent la médiation sénégalaise de la CEDEAO. Les organisations signataires réclament le rétablissement de l’ordre constitutionnel, la libération des prisonniers politiques et des sanctions contre les responsables militaires en cas de blocage du processus démocratique.

La crise politique en Guinée-Bissau continue de susciter des réactions au sein des organisations politiques, syndicales et militantes africaines et internationales. Dans un manifeste rendu public le 23 octobre 2026, le Front uni et le Réseau international de solidarité avec la Guinée-Bissau interpellent directement le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, sur le rôle de la médiation confiée au Sénégal par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Réunis autour d’une mobilisation internationale annoncée pour le 24 octobre 2026, les signataires dénoncent ce qu’ils qualifient de consolidation d’une dictature sous l’autorité d’un commandement militaire issu du coup de force. Ils estiment que la CEDEAO porte également une part de responsabilité dans l’évolution de la crise et lui demandent de prendre des mesures concrètes pour permettre le retour à la légalité démocratique.

Le Sénégal directement interpellé

Au cœur du manifeste figure la responsabilité politique que les organisations attribuent au Sénégal dans les événements ayant marqué la vie politique bissau-guinéenne ces dernières années. Les signataires évoquent notamment le soutien public apporté par l’ancien président sénégalais Macky Sall à Umaro Sissoco Embaló, aussi bien lors de la formation d’alliances politiques à l’occasion des élections présidentielles de 2019-2020 que dans les instances régionales et continentales.

Selon les auteurs du document, ces soutiens auraient contribué à l'accession au pouvoir d'Umaro Sissoco Embaló et à la consolidation de son régime. Ils reprochent également à la CEDEAO de ne pas avoir adopté une position suffisamment ferme face aux événements ayant conduit à l'interruption du processus politique en Guinée-Bissau.

C'est dans ce contexte que le choix du Sénégal pour conduire la médiation régionale, décidé lors du sommet des chefs d'État et de gouvernement de la CEDEAO tenu en juillet dernier à Freetown, en Sierra Leone, est placé au centre des préoccupations des organisations signataires.

Celles-ci demandent au président Bassirou Diomaye Faye de donner une nouvelle impulsion à cette médiation, afin qu'elle puisse, selon elles, favoriser un dialogue sérieux et équitable entre les différentes composantes politiques, militaires et sociales du pays.

Les élections de novembre 2025 au cœur des contestations

Le manifeste revient également sur les élections simultanées organisées en Guinée-Bissau en novembre 2025. Les signataires affirment que certains membres des missions d'observation électorale de l'Union africaine et de la CEDEAO disposaient d'informations indiquant que les conditions étaient réunies pour permettre au processus électoral d'aller à son terme.

Ils soutiennent que ces observateurs avaient plaidé pour la proclamation des résultats par la Commission nationale électorale, avant que des militaires et des milices présentés comme loyaux à Umaro Sissoco Embaló ne fassent obstacle à l'aboutissement du scrutin.

Pour les organisations, ces événements constituent un élément central de la crise actuelle. Elles demandent ainsi à la médiation régionale de faire du respect de la volonté populaire exprimée dans les urnes une priorité absolue.

Les accusations formulées dans ce document traduisent la position des organisations signataires et n'ont pas été corroborées de manière indépendante dans le cadre du présent article.

Le référendum constitutionnel contesté

Autre point de désaccord soulevé par le manifeste : le référendum constitutionnel organisé en août 2026 sous l'autorité du commandement militaire. Les signataires contestent la légitimité de cette consultation, qu'ils qualifient de « faux référendum constitutionnel ».

Ils dénoncent un contexte marqué, selon eux, par des restrictions aux libertés fondamentales et par l'absence de garanties suffisantes pour assurer la participation et le contrôle des partis politiques et des organisations de la société civile bissau-guinéennes.

Ils regrettent également l'absence d'une mission internationale d'observation, notamment de la CEDEAO, estimant qu'une telle présence aurait permis d'apprécier les conditions d'organisation du scrutin.

À travers ces critiques, les organisations mettent en cause la capacité de la médiation régionale à garantir un processus de transition transparent et inclusif. Elles lui demandent de dépasser les démarches diplomatiques qu'elles jugent insuffisantes pour obtenir des avancées concrètes.

Libération des prisonniers politiques et retour aux libertés fondamentales

Le manifeste formule quatre principales exigences à l'endroit de la médiation sénégalaise et de la CEDEAO.

La première consiste à engager une médiation considérée comme sérieuse et équitable, impliquant l'ensemble des acteurs politiques, militaires et sociaux de la Guinée-Bissau. Les signataires souhaitent que cette démarche constitue la première étape d'un retour complet à la normalité démocratique.

La deuxième porte sur des actions immédiates auprès du commandement militaire afin de réunir les conditions nécessaires au rétablissement de l'ordre constitutionnel, dans le respect des résultats électoraux de novembre 2025 tels que les organisations les défendent.

La troisième exigence concerne la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques encore détenus. Les auteurs du manifeste dénoncent des détentions qu'ils estiment contraires aux décisions des juridictions compétentes.

Ils réclament, dans le même temps, le rétablissement intégral des activités politiques et des libertés fondamentales, la réouverture des sièges des partis politiques ainsi que la levée des restrictions visant les formations politiques, les organisations de la société civile et la presse.

Des sanctions individuelles brandies comme ultime recours

La quatrième revendication vise directement les responsables du commandement militaire et les autres acteurs de la transition. Les signataires demandent à la CEDEAO d'imposer de sévères sanctions individuelles si ces derniers continuent, selon eux, d'entraver le retour à l'ordre constitutionnel et démocratique.

Cette demande traduit la volonté des organisations de voir la médiation régionale s'accompagner de mesures de pression susceptibles d'obtenir des résultats tangibles.

Le manifeste place ainsi le Sénégal devant un enjeu diplomatique important : conduire une médiation qui puisse répondre aux attentes des forces politiques et sociales favorables au rétablissement de l'ordre constitutionnel, tout en tenant compte des équilibres régionaux.

Un appel à préserver la fraternité entre les peuples sénégalais et bissau-guinéen

En conclusion, les organisations signataires adressent un message au Sénégal, en prenant soin de distinguer leurs critiques à l'égard des autorités et de la médiation de leur attachement aux relations entre les deux peuples.

Elles affirment que le peuple bissau-guinéen demeure attaché au renforcement de la fraternité panafricaine avec le peuple sénégalais. Elles préviennent toutefois qu'elles rejettent toute tentative visant, selon leurs termes, à faire de la Guinée-Bissau un « terrain d'expérimentation géostratégique ».

Le document est signé par seize organisations, parmi lesquelles l'Aliança Patriótica Inclusiva – Cabas Garandi (API-Cabas Garandi), le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), la Plataforma Aliança Inclusiva – Terra Ranka (PAI-Terra Ranka), la Black Alliance for Peace (BAP), la Frente Popular et l'Union nationale des travailleurs de Guinée – Centrale syndicale (UNTG-CS).

À travers ce manifeste, le Front uni et le Réseau international de solidarité avec la Guinée-Bissau entendent donc faire pression sur la médiation sénégalaise et sur la CEDEAO pour que la sortie de crise repose sur le rétablissement des institutions constitutionnelles, la protection des libertés publiques et le respect de la volonté populaire. Michel DIOUF