DETTE CACHÉE, FMI ET SILENCE GÊNÉ : PASTEF FACE AU PIÈGE DE SES PROPRES PROMESSES

Pendant des années, Pastef a bâti son ascension politique sur une promesse simple mais puissante : dire la vérité au peuple, rompre avec les manipulations financières et restaurer une gouvernance exemplaire. Mais aujourd’hui, le débat explosif autour de la dette publique et des soupçons de dette cachée pose une question politiquement dévastatrice Pastef est-il en train de tomber dans le piège même qu’il dénonçait hier ?
L’ironie politique est brutale.
Ceux qui étaient accusés d’avoir laissé un pays surendetté les anciens régimes et l’opposition d’aujourd’hui pourraient paradoxalement sortir renforcés d’une crise qu’ils disent avoir annoncée depuis longtemps.
Car depuis des mois, des voix politiques avertissaient : attention à la fragilité budgétaire, attention aux incohérences des chiffres, attention au risque de rupture de confiance avec les partenaires financiers. Ces alertes ont souvent été balayées d’un revers de main, qualifiées de propagande ou de défense d’un ancien système.

Mais une question devient désormais incontournable : si la situation financière était aussi grave qu’on le laisse entendre aujourd’hui, pourquoi avoir entretenu l’illusion qu’un simple changement de régime suffirait à tout résoudre ?
Le discours souverainiste a ses limites face à la brutalité des réalités économiques.
On peut critiquer le FMI. On peut dénoncer ses méthodes. On peut même rejeter certaines conditionnalités jugées injustes. Mais aucun pays lourdement endetté ne gagne un bras de fer économique uniquement à coups de discours politiques.
Les marchés financiers ne votent pas. Les investisseurs n’applaudissent pas les meetings. Ils observent les chiffres, la stabilité et la cohérence.
Et lorsqu’un gouvernement alterne entre attaques virulentes contre les institutions financières et nécessité de négocier avec elles, il ouvre une brèche politique redoutable : celle de la contradiction.
L’opposition n’aura besoin que d’un slogan simple pour frapper l’opinion : “Nous vous avions prévenus.”
Prévenus contre les excès de communication. Prévenus contre la tentation de gouverner davantage avec la popularité qu’avec les équilibres macroéconomiques. Prévenus qu’un État ne se pilote ni sur Facebook, ni dans les foules, mais dans la rigueur budgétaire.
Pour Pastef, le danger est immense.
Car un mouvement élu sur la rupture est jugé plus sévèrement que les autres. Quand on promet une gouvernance exceptionnelle, les erreurs ordinaires deviennent des fautes politiques majeures. Quand on prétend incarner la transparence, chaque zone d’ombre devient un soupçon.
Le plus préoccupant n’est peut-être pas la dette elle-même. Tous les États s’endettent. Le vrai problème est la perception d’un pouvoir qui pourrait sembler découvrir les contraintes de l’État après avoir promis des solutions simples à des problèmes complexes.
L’opposition tirera-t-elle profit de cette séquence ?
Oui, si elle parvient à apparaître comme lucide plutôt que revancharde. Oui, si elle transforme les avertissements passés en crédibilité politique. Oui, si elle convainc que gouverner un pays exige autre chose qu’une posture de rupture permanente.
Mais la plus grande menace pour Pastef ne vient peut-être pas de ses adversaires. Elle pourrait venir de ses propres promesses.
En politique, les peuples pardonnent souvent les difficultés. Ils pardonnent rarement les contradictions.
Et si le débat sur la dette finit par révéler un fossé entre les promesses d’hier et les contraintes d’aujourd’hyui, alors la question ne sera plus seulement économique
Cheikkh MBACKE SAMB conseiler special du PR A.WADE