FONGIP : le fonds censé sauver les PME est-il en train de les achever ?

FONGIP : le fonds censé sauver les PME est-il en train de les achever ?

Il y a une forme de cruauté silencieuse à laisser mourir à petit feu ce que l'on a pourtant créé pour faire vivre. C'est pourtant le sentiment que partagent des petites et moyennes entreprises sénégalaises au sujet du Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires (FONGIP), cet instrument de l'État censé « faciliter l'accès au financement des PME et TPE » et « apporter un meilleur confort aux institutions financières » qui les accompagnent. Sur le papier, la mission est noble. Dans les faits, racontent plusieurs entrepreneurs, elle vire au cauchemar administratif — et, pour certains, à l'agonie économique.

Des prestations réalisées, des factures dans un tiroir

Le scénario revient, presque identique : une mission confiée par le FONGIP, exécutée dans les règles, livrée, validée — puis une facture déposée dans les temps, qui attend son règlement pendant des mois, parfois des années. Pas de contestation sur travail. Pas de litige sur le service rendu. Juste un silence administratif qui s'étire, une trésorerie qui s'assèche, et des PME qui se retrouvent à financer, sur leurs fonds propres ou par découvert bancaire, des prestations déjà livrées à un bailleur public censé les soutenir.

Pour une grande entreprise, un tel retard est une gêne. Pour une PME ou une micro-entreprise sénégalaise — dont la survie tient souvent à quelques mois de trésorerie — c'est une sentence. Salaires en retard, fournisseurs impayés à leur tour, découverts bancaires qui s'accumulent, crédibilité entamée auprès des partenaires : l'impayé d'un donneur d'ordre public se propage en cascade jusqu'à l'asphyxie complète. Certaines de ces entreprises, disent leurs dirigeants, ne sont aujourd'hui plus très loin du dépôt de bilan — tuées non par le marché, non par la concurrence, mais par la structure même qui devait les protéger de la fragilité financière.

L'ironie d'un fonds de garantie qui devient un risque

Il y a là un paradoxe qui confine à l'absurde. Le FONGIP existe précisément pour réduire le risque perçu par les banques sur les PME, pour leur donner de la crédibilité et de la solvabilité aux yeux du système financier. Or, quand ce même organisme accumule des impayés envers les entreprises qu'il a lui-même mandatées, c'est lui qui devient le facteur de risque. Une PME qui a rendu service au FONGIP et qui n'est pas payée se retrouve doublement pénalisée : privée de la trésorerie qu'elle attendait, et contrainte de justifier, devant ses propres partenaires financiers, un décalage de comptes qu'elle n'a pas choisi.

Et ce n'est pas un problème isolé au FONGIP. Selon la Confédération nationale des employeurs du Sénégal, l'État sénégalais devait, au 29 juin 2026, près de 1 400 milliards de francs CFA à ses propres entreprises — pendant que, sur la même période, il levait 1 595 milliards de FCFA sur le marché régional des titres publics pour honorer ses créanciers financiers. Le contraste est glaçant : l'État emprunte à des taux élevés pour rembourser des créanciers financiers étrangers ou régionaux, pendant que les PME qui ont construit ses routes, équipé ses administrations ou exécuté ses missions attendent, elles, des mois voire des années pour être payées de travaux déjà livrés. Le FONGIP, en tant qu'organisme public de soutien aux PME, ne devrait pourtant pas être de ceux qui alimentent cette statistique — il devrait en être l'antidote.

Pendant ce temps, les projecteurs restent allumés

Ce qui achève de rendre la situation insupportable, c'est le contraste. Au moment même où des factures dûment gagnées et justifiées dorment dans les circuits de paiement, le FONGIP continue d'apparaître, visible et généreux, au fronton d'événements, de forums, de cérémonies et d'opérations de communication. Les mêmes PME qui peinent à obtenir le règlement d'une prestation achevée voient, impuissantes, l'institution afficher sa capacité à financer de la visibilité, du protocole, des banderoles. On peut comprendre qu'un fonds public souhaite communiquer sur son action et sa présence sur le terrain économique. Mais quand cette communication s'exerce pendant que des créanciers de bonne foi — souvent de très petites structures — sont laissés dans l'incertitude la plus totale sur le sort de leur argent, la question devient légitime : où sont, dans l'ordre des priorités du FONGIP, les PME qu'il est censé servir ?

Ce que l'on est en droit d'exiger

Il ne s'agit pas ici de nier l'utilité du FONGIP, ni le travail que certains de ses services accomplissent au quotidien pour orienter et accompagner les porteurs de projets. Il s'agit de rappeler une évidence : un organisme public dont la mission est de sécuriser les PME ne peut, sans se contredire radicalement, devenir lui-même une source d'insécurité financière pour elles. Payer une facture pour un service dûment rendu n'est pas une faveur ; c'est une obligation contractuelle, et pour une institution publique, une exigence de probité. Et il est temps, tout simplement, que les PME sénégalaises qui ont fait confiance à cette institution ne soient plus contraintes de choisir entre la patience et la faillite.