INTERVIEW EXCLUSIVE AVEC L’AMBASSADEUR DE L’IRAN A DAKAR : Hassan Asgari charge Trump et Netanyahu
Dans un contexte international marqué par de fortes tensions, l’ambassadeur de la République islamique d’Iran au Sénégal, Hassan Asgari, a accordé un entretien exclusif à la rédaction de DakarTimes. I

Des répercussions économiques mondiales aux effets locaux
Interrogé sur les conséquences économiques de la crise pour le Sénégal, le diplomate iranien se montre prudent mais lucide. Selon lui, toute tension internationale majeure entraîne inévitablement des effets en cascade, bien au-delà des zones directement touchées.
Il évoque notamment des risques de hausse des prix de l’énergie, d’augmentation des coûts du transport maritime et de perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Autant de facteurs susceptibles d’alimenter des pressions inflationnistes dans des économies comme celle du Sénégal.
Au cœur de ces tensions, le détroit d’Hormuz, par lequel transite plus de 20 % du commerce mondial d’énergie et du transport maritime. Bien qu’il ne soit pas fermé, l’ambassadeur souligne que l’insécurité actuelle perturbe fortement la circulation des navires, contribuant à la hausse des prix du pétrole.
Dans ce contexte, l’Iran insiste sur la nécessité de privilégier le dialogue et le respect du droit international afin d’éviter une aggravation de la crise économique mondiale.
Un appel au multilatéralisme et à l’ordre international
Hassan Asgari s’appuie également sur les analyses du Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, qui a récemment dénoncé un affaiblissement de l’ordre international fondé sur le droit.
Selon lui, la multiplication d’actions militaires unilatérales, de pressions économiques et d’atteintes à la souveraineté des États contribue à fragiliser les institutions multilatérales, notamment Organisation des Nations Unies.
Face à cette situation, le diplomate appelle à un retour aux principes fondamentaux : coopération internationale, multilatéralisme et règlement pacifique des différends.
Le Sénégal, un pays résilient face aux défis
Concernant la capacité du Sénégal à faire face à une éventuelle crise, l’ambassadeur se veut rassurant. Il met en avant la solidité des institutions sénégalaises, la stabilité du pays et sa vision stratégique, notamment à travers le programme Sénégal 2050.
Sans se substituer aux autorités nationales, il estime que le Sénégal a déjà démontré par le passé sa capacité à gérer les chocs économiques avec responsabilité et efficacité.
Une solidarité religieuse et populaire saluée
L’un des aspects marquants de cette crise reste, selon l’ambassadeur, l’élan de solidarité exprimé au Sénégal. Il souligne la mobilisation de la communauté musulmane, mais aussi de citoyens d’autres confessions.
Le Sénégal, reconnu pour sa tradition de tolérance et de coexistence pacifique, a vu ses leaders religieux et confréries exprimer leur soutien à l’Iran à travers prières et messages de compassion.
Il cite notamment Serigne Mountakha Mbacké, qui a décrété une journée nationale de prières pour soutenir l’Iran, illustrant selon lui la profondeur des liens spirituels entre les peuples.
L’ambassadeur a également salué les gestes des autorités sénégalaises, en particulier ceux du président Bassirou Diomaye Faye, pour son message de condoléances et sa position officielle face à la crise.
La communauté chiite également mobilisée
Au Sénégal, la communauté chiite s’est elle aussi manifestée par divers gestes de solidarité : messages, appels et présence à l’ambassade. Des marques de soutien que le diplomate affirme profondément apprécier.
Le nucléaire iranien au cœur des tensions
Interrogé sur les déclarations israéliennes concernant le programme nucléaire iranien, Hassan Asgari réaffirme la position officielle de Téhéran : le programme nucléaire est exclusivement pacifique.
Il rappelle que l’Iran est signataire du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et membre de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), avec des inspections régulières de ses installations.
À l’inverse, il accuse Israël de ne pas être soumis aux mêmes procédures internationales, évoquant un arsenal nucléaire non contrôlé.
L’ambassadeur remet également en question la cohérence des justifications avancées pour les attaques contre l’Iran, citant les déclarations de Donald Trump sur la destruction supposée des installations nucléaires iraniennes en 2025.
Enfin, il critique les prises de position récurrentes de Benjamin Netanyahu, qu’il accuse d’annoncer depuis des années, sans preuve, une imminente acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran.
Une crise aux enjeux globaux
Au-delà des divergences politiques et stratégiques, cet entretien met en lumière une réalité : la crise actuelle dépasse largement le cadre régional.
Entre tensions géopolitiques, risques économiques et mobilisations sociales et religieuses, ses répercussions pourraient durablement affecter l’équilibre mondial — y compris en Afrique de l’Ouest.
Propos recueillis par Mamadou Mouth BANE