INTRETIEN EXCLUSIF Conflit en Iran : ses origines et ses enjeux, la Palestine, Al Quds, ses activités etc… : Le sermon de Cheikh Abdel Moneim Al-Zein

Pour mieux comprendre les origines et les enjeux de la guerre en Iran, ainsi que ses dessous politiques, DakarTimes a eu un entretien exclusif, avec Cheikh Abdel Moneim Al-Zein président de l’Institut

INTRETIEN EXCLUSIF Conflit en Iran : ses origines et ses enjeux, la Palestine, Al Quds, ses activités etc… : Le sermon de Cheikh Abdel Moneim Al-Zein

Soutien des foyers religieux sénégalais à l’égard de l’Iran

Il faut dire que le conflit n’est pas un conflit iranien, ni même politique. C’est un conflit entre l’islam et les mécréants. Cette réaction des maisons religieuses sénégalaises, comme les mourides, les tidianes et les autres, est juste une réaction normale pour l’islam. Parce que ce sont des frères musulmans. Ils ont décidé de faire preuve de solidarité avec leurs frères musulmans. En général, je ne me mêle jamais de la politique. Mais, quand je parle de ce sujet, je le fais d’un point de vue religieux.

L’impact probable de la crise au Sénégal

Ici, au Sénégal, nous n’avons jamais eu de problème avec un frère musulman. Donc, quand nous voyons cette guerre ou bien cette crise en Iran, cela nous donne un sentiment de solidarité avec ce peuple, cette République islamique.

D’habitude, nous n’écrivons jamais de communiqué direct sur ces sujets, parce qu’on ne se mêle jamais de la politique. Ce que nous faisons, ce sont des prières durant les sermons du vendredi, ou bien pendant Laylat al-Qadr, ou encore les soirs du mois de Ramadan. On peut prendre une heure chaque soir pour parler de la situation actuelle. Mais nous ne faisons pas officiellement un communiqué pour faire de la publicité. Suite au décès de l’imam Ali Khamenei, nous avons reçu les condoléances ici. D’ailleurs, ce soir (durant le mois de ramadan), il y aura un docteur qui fera une petite conférence pour sensibiliser la jeunesse sur les dangers de la drogue et du tabac.

Rappel historique des origines de la guerre

Cette guerre a des racines qui datent de 130 ans. Ce n’est pas une guerre nouvelle. Elle n’est pas juste un conflit. Cette guerre a des racines qui remontent à 1897.

En 1896, il y avait une conférence en Suisse avec des acteurs politiques, des chefs d’entreprise et des rabbins juifs. Ils se sont réunis pendant plusieurs jours et, par la suite, ils ont tiré une conclusion dans laquelle ils ont dévoilé leur ambition de créer un État juif pour rassembler les Juifs du monde. Au cours de cette réunion, ils ont également déclaré que cet État juif devait être en Palestine. Ce projet était porté par la riche famille Rothschild. C’est Rothschild qui a contacté directement le Premier ministre anglais Balfour pour l’informer. C’est ainsi que Balfour a saisi l’Assemblée nationale anglaise, qui a voté et accepté ce projet proposé par Rothschild. Il est important de rappeler que la Palestine était colonisée par les Anglais à l’époque. Les Anglais ont alors accepté d’accueillir les Juifs en Palestine pour y vivre. C’est Balfour qui a envoyé une lettre officielle à Rothschild pour donner son accord à l’accueil des Juifs en Palestine. La lettre de Balfour, qui date de 1917, avant la fin de la Première Guerre mondiale, est disponible sur Internet. C’est là qu’a commencé la migration des Juifs vers la Palestine.

Les plus grandes personnalités juives qui ont éventuellement construit Israël aujourd’hui sont venues avec des visas obtenus au consulat palestinien à Paris. Elles ont obtenu ces documents de voyage en se présentant comme des travailleurs subalternes. Ainsi, sur une durée de 15 à 20 ans, les gens ont commencé à émigrer vers la Palestine. C’est dans les années 1930 qu’ils ont commencé à s’armer pour lancer des attaques terroristes contre la communauté palestinienne. Ils ont commis de nombreux massacres, poussant les Palestiniens à s’enfuir vers le Liban. On a comptabilisé 500 000 Palestiniens qui ont quitté leur pays pour entrer au Liban à l’époque. Ensuite, 1 500 000 Palestiniens sont entrés en Syrie, 2 millions en Jordanie, 500 000 au Koweït, en Arabie saoudite, en Irak et dans d’autres pays arabes. Certains Palestiniens sont partis en Europe, au Canada, en Amérique et même en Australie. Disons qu’ils se sont dispersés partout dans le monde. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, nous avons remarqué cette forte émigration des Palestiniens à travers le monde.

En 1948, c’est-à-dire trois ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les pays européens ont déclaré officiellement l’existence de l’État d’Israël, un pays indépendant sur le territoire palestinien. C’est cela l’origine de la création de l’État d’Israël. Toutefois, il faut retenir que les causes fondamentales qui peuvent expliquer la création d’Israël dépassent ces 130 ans. L’autre aspect, c’est la volonté des Juifs de contrôler l’économie mondiale.

Rothschild, qui avait obtenu la lettre du Premier ministre anglais, avait cinq (05) fils. À l’époque, il était l’homme le plus riche du monde entier. D’ailleurs, on dit que les Rothschild représentent la famille la plus riche au monde.

Il avait placé un de ses fils à Londres pour lui permettre de suivre et de continuer le projet de son père. Le deuxième fils Rothschild a été dépêché à Paris, le troisième a été établi en Autriche, le quatrième a été installé en Italie et le cinquième a eu sa base en Suisse ou en Allemagne. Chacun des cinq fils Rothschild s’est installé dans un pays pour porter le projet de leur père en faveur d’Israël et de la communauté juive.

Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement anglais devait une dette à la famille Rothschild, de même que l’Égypte. En contrepartie, ces pays européens qui avaient contracté une dette auprès de Rothschild ont accepté de lui confier le marché de construction des chemins de fer reliant ces capitales européennes. Ce sont des entreprises de Rothschild qui ont construit les chemins de fer entre l’Europe de l’Est et de l’Ouest. Suite à la mort de Rothschild, ses enfants ont pris ses affaires en main. C’est ainsi qu’ils ont créé la Banque mondiale juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ses enfants ont également fondé la Caisse de sécurité mondiale. Aujourd’hui, ce sont les banques de la famille Rothschild qui financent les pays à travers le monde. Par exemple, aujourd’hui, si le Sénégal veut financer un projet, le gouvernement peut solliciter la Banque mondiale. C’est pareil pour tous les autres pays du monde qui peuvent s’endetter auprès de la Banque mondiale. Seulement, cette dette entraîne deux conséquences. D’abord, avec la Banque mondiale, le taux est très élevé. Et si le pays qui contracte une dette ne la rembourse pas, en trois ans, le taux d’intérêt augmente.

Chez nous, au Liban, nous avons eu le même problème avec la Banque mondiale. Par exemple, en 1992, au Liban, après la guerre civile, il y avait un Premier ministre qui s’appelait Rafik Hariri et qui a décidé de contracter une dette auprès de la Banque mondiale pour reconstruire le Liban après la guerre. Le pays était détruit. Il avait emprunté 4 milliards de dollars, ce qui était un montant énorme à l’époque. Ils ont construit l’aéroport international de Beyrouth (aéroport Rafik Hariri) et une autoroute de même pas 40 km. Normalement, ces deux projets devraient coûter environ 100 millions de dollars. Aujourd’hui, personne ne sait où est passé le reste de la somme.

Depuis 1992, le Liban n’a plus contracté de dette auprès de la Banque mondiale, tellement le taux d’intérêt est élevé. Aujourd’hui, la dette réelle du Liban est de 130 milliards de dollars. Et ce montant représente uniquement les intérêts appliqués sur le capital initial. Aujourd’hui, même si l’on vendait le Liban entier, cela ne permettrait pas de couvrir les 130 milliards. C’est comme cela que la Banque mondiale, dirigée par des Juifs, contrôle le monde.

La deuxième conséquence de ces types de dettes est purement politique. Si, par exemple, le Liban décidait de contracter une dette auprès de la Banque mondiale, cette dernière n’accepterait que sous une condition politique. La première condition, c’est de ne pas avoir de problème avec Israël. Pourquoi y a-t-il une ambassade israélienne au Sénégal, malgré le fait que ce soit un pays musulman ?

J’ai eu des relations avec tous les présidents du Sénégal depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui. Ils affirment tous avoir soutenu la Palestine. C’est pareil pour les chefs religieux sénégalais. Et pourtant, il y a une ambassade israélienne au Sénégal. C’est parce qu’il y a l’aide américaine et celle de la Banque mondiale. Et c’est ainsi dans le monde entier. Ces pays ne sont pas avec Israël, mais il y a l’aide américaine et la Banque mondiale qui imposent à certains États d’accepter les missions diplomatiques israéliennes.

En Iran, pendant le règne du Shah, ce pays avait de bons rapports avec Israël. Il y avait une ambassade israélienne à Téhéran. En 1979, un chef religieux qui s’appelait Khomeini a mené une révolution. Après cette révolution, il a quitté la France pour rentrer en Iran. La première décision qu’il a prise a été de chasser l’ambassadeur israélien. Ensuite, il a donné le bâtiment aux Palestiniens, qui venaient d’avoir leur première ambassade en Iran. Il a changé le nom de la rue qui passait devant l’ambassade israélienne en la nommant « rue de la Palestine ».

Depuis cette révolution en 1979, l’Iran a déclaré officiellement son intention de reprendre la mosquée de Jérusalem, qui appartient aux musulmans et non aux Juifs. On peut dire aujourd’hui que 58 pays musulmans dans le monde entier veulent Al-Quds. La différence entre l’Iran et les autres pays musulmans, c’est que tout le monde dit vouloir Al-Quds et Jérusalem. On veut aussi le respect de la Palestine en tant que terre musulmane. Mais les pays musulmans ne font rien, tandis que l’Iran se prépare militairement, politiquement, psychologiquement et socialement pour reprendre la Palestine et Al-Quds. Lorsqu’ils ont compris que l’Iran était engagé dans son combat pour la reprise de la Palestine, ils ont créé la guerre entre l’Irak et l’Iran en 1988. Cette guerre a duré huit ans, de 1980 à 1988. Presque 6 millions de morts ont été comptabilisés et des milliards de dollars ont été perdus. Il faut dire que l’Iran avait gagné cette guerre. Et les États-Unis avaient menacé de bombarder des civils. Ils avaient lancé un missile contre un avion civil qui est tombé dans la mer. Les Iraniens ont été obligés d’arrêter la guerre à cause de cette agression américaine qui avait tué des civils.

C’est après la guerre Iran-Irak en 1988 que Téhéran a commencé à se préparer scientifiquement pour atteindre son but. Ils ont créé des centaines d’universités dans tous les domaines scientifiques, notamment le nucléaire. C’est lorsque les Américains se sont rendu compte des ambitions nucléaires iraniennes qu’ils ont décidé de l’isoler diplomatiquement. Ils ont mis l’Iran sous embargo financier. Même les médicaments n’étaient plus exportés vers l’Iran. Cette situation a obligé les Iraniens à se battre pour être indépendants et autosuffisants dans tous les domaines scientifiques. Aujourd’hui, l’Iran fabrique 97 % de ses médicaments et en importe moins de 3 %. Ils ont des usines de fabrication de voitures, comme à Thiès avec SENIRAN, qui existe dans d’autres pays. Ils fabriquent des bus et sont en collaboration avec Mercedes. Les Iraniens ont des unités de fabrication de matériel électroménager.

L’Occident pense que l’Iran constitue une menace pour Israël. Ils ont lancé cette guerre sans calculer les conséquences de cette dernière. L’erreur qu’ils ont faite, c’est de ne pas avoir calculé la force iranienne. Le président américain devrait avoir honte de s’adresser à son peuple. L’Amérique dit avoir l’armée la plus puissante au monde et, en deux semaines, toutes les bases militaires dans la région ont été détruites, ainsi que leurs navires et autres. Comment l’armée la plus forte au monde peut-elle subir autant de pertes ? Ils ont l’habitude de commencer des guerres pour ensuite engager des négociations. Trump a demandé des négociations, refusées par l’Iran.

Le véritable contexte de cette guerre, c’est la religion. Tout simplement parce que l’Iran est un peuple musulman qui soutient ses frères palestiniens, qui doivent revenir sur leur terre. Et depuis 1992, les Palestiniens n’ont pas de territoire.

Le parcours de Cheikh Abdoul Monteil Al Zein

J’ai commencé mes études au Liban jusqu’au baccalauréat. À cette époque, j’étais à Beyrouth, à l’Université Al-Azhar, connue pour l’éducation religieuse. J’y ai fait cinq ans d’études. J’ai appris la branche islamique appelée les Khalafi. Par la suite, je suis parti en Irak, à l’Université d’Al-Najaf. J’y ai effectué huit ans d’études. De l’Irak, je suis venu directement au Sénégal le 11 août 1969 (il y a 57 ans). J’ai pris trois à quatre ans pour connaître les gens. Et j’ai toujours eu de très bonnes relations avec les foyers religieux du Sénégal. À cette époque, c’était Abdou Lahad Mbacké qui était le khalife de Touba, Cheikh Abdoul Aziz Sy Dabakh à Tivaouane, Serigne Yahia Kounta à Ndiassane, à Kaolack El Hadji Ibrahima Niasse, au Fouta Seydou Nourou Tall et Mountakha Tall.

C’est en 1973 que j’ai acheté ce terrain qui abrite l’institut. Ce terrain m’a été vendu par El Hadji Amadou Assane Ndoye, dont la rue porte le nom. Dans cet immeuble, il y a la mosquée, la salle de conférence, l’administration et les logements des travailleurs. J’ai aussi construit le collège Al-Zahra, de la maternelle jusqu’au collège. Mais il s’appelle maintenant Institut Saint Fatima. Nous y appliquons les programmes français et sénégalais. À la rue Abdou Karim Bourgi, j’ai ouvert l’Institut des langues arabes. Deux anciens ministres des Affaires étrangères du Sénégal et une femme ancienne Premier ministre sont passés par ces établissements. Beaucoup d’hommes politiques et de hautes personnalités y sont également passés. Sur l’avenue Malick Sy aussi, nous avons une mosquée dirigée par un imam sénégalais que nous avons formé. J’ai construit un immeuble en location dont les recettes servent à payer les frais et les dépenses de l’institut.

Nous avons créé trois orphelinats à Dakar, à Guédiawaye et à Keur Madarou, à Thiès, avec au total plus de 200 orphelins, tous sénégalais. À l’orphelinat de Thiès, nous acceptons les enfants orphelins de père et de mère à la fois, ainsi que les moins favorisés.

Par ailleurs, depuis 1977, je donne des cours de religion aux jeunes. Les plus brillants étaient envoyés au Liban, en Irak ou en Iran pour y poursuivre leurs études. Aujourd’hui, il y a des Sénégalais qui ont fait plus de 14 ans au Liban dans le cadre de leur formation. Les premiers étudiants sénégalais qui étaient en Iran pour faire leurs études y étaient deux ans avant la révolution de 1979, c’est-à-dire en 1977. Aujourd’hui, nous avons construit au Sénégal 36 écoles religieuses à Dakar, au Fouta, à Ndiassane, à Thiès, à Kolda, en Casamance, etc. Elles sont gérées par des imams et des oustaz sénégalais qui sont revenus de leurs études. Et aujourd’hui, nous avons une centaine de jeunes qui ont fait des études religieuses sanctionnées par un doctorat dans des universités internationales.

En 2002, il y avait un communiqué officiel publié par les trois grandes maisons religieuses : Touba, Tivaouane et Ndiassane. Ces trois grandes maisons religieuses ont décidé officiellement de reconnaître, par écrit, la communauté chiite Ahloul Bayt. Cette reconnaissance était nécessaire parce qu’avant cela, la communauté n’existait pas officiellement du côté de l’État. Nous avons également reçu des déclarations officielles de reconnaissance de la communauté Qadr en Mauritanie.

Au total, nous avons construit 12 mosquées, des dizaines de puits creusés dans différents villages du Sénégal, sans oublier le dispensaire islamique administré par cinq docteurs qualifiés avec un laboratoire médical. Nos consultations se font à 5 000 FCFA, mais restent gratuites pour les familles démunies. Nous avons dépassé le million de patients pour les soins, dont la majeure partie a été prise en charge gratuitement. Imaginez, si ces patients avaient payé 25 000 FCFA par consultation, comme cela se fait ailleurs, nous aurions récolté 25 milliards de FCFA. Mais nous ne cherchons pas l’argent. Nous aidons gratuitement.

Propos recueillis par Mamadou Mouth BANE