LA CEDEAO, L’UNION AFRICAINE COMPLAISANTES A L’EGARD DE LA JUNTE BISSAU-GUINÉENNE : 03 opposants barricadés chez eux

LA CEDEAO, L’UNION AFRICAINE COMPLAISANTES A L’EGARD DE LA JUNTE BISSAU-GUINÉENNE : 03 opposants barricadés chez eux

●L’activiste et opposant Vigario Luis Balanta assassiné par des inconnus, les opposants craignent pour leur vie

●Leurs passeports confisqués et refus par la junte de renouveler les passeports expirés

●Des membres du PAIGC interdits de sortir du pays à niveau de l’aéroport

●Les opposants interdits de répondre à leurs rendez-vous médicaux à l’étranger

●30 militaires armés de kalashnikov positionnés devant la villa de Domingos PREIRA, les visites lui sont refusées

●Une dizaine d’hommes armés surveille Fernandos DIAS

La crise politique en Guinée-Bissau connaît une nouvelle escalade inquiétante, marquée par une restriction flagrante des libertés fondamentales et une consolidation autoritaire du pouvoir par la junte militaire. Malgré les interventions répétées de la communauté internationale, notamment de la CEDEAO et de l’Union africaine, la situation semble évoluer vers une normalisation de pratiques contraires aux droits humains.

Historique de la crise et chute d’Emballo

La crise actuelle trouve son origine dans la chute du président Umaro Sissoco Embaló, renversé dans un contexte de tensions politiques aiguës et de contestation croissante de sa gouvernance. Accusé par ses opposants de dérives autoritaires et de mauvaise gestion, Embaló a vu son pouvoir fragilisé avant d’être finalement évincé par une junte militaire qui s’est rapidement imposée comme l’autorité de facto. Ce basculement a ouvert une période d’incertitude institutionnelle, aggravée par l’absence de consensus sur une transition démocratique. Même si en Guinée, tout le monde parle de «faux coup d’Etat» issu d’un arrangement entre les militaires et l’ancien président Emballo. D’ailleurs, l’actuel premier Ministre de la junte Monsieur Illidio Viera Té a été Ministre des Finances et directeur de campagne de Emballo lors de la dernière présidentielle. Ce qui confirme « la combine », dénoncée par Ousmane SONKO Président de PASTEF.

La médiation de la CEDEAO et son communiqué

Face à cette rupture de l’ordre constitutionnel, la CEDEAO a dépêché plusieurs missions de médiation afin de restaurer un cadre politique apaisé. Dans ses communiqués officiels, l’organisation a condamné la prise de pouvoir par la force et appelé à un retour rapide à l’ordre constitutionnel, insistant sur la nécessité d’organiser des élections libres et transparentes.

Cependant, ces déclarations sont restées largement sans effet contraignant. La CEDEAO, malgré ses menaces de sanctions, n’a pas su imposer un calendrier clair ni garantir le respect de ses propres recommandations. Cette posture ambiguë alimente aujourd’hui les critiques sur son inefficacité, voire sa complaisance face à la junte.

La position de l’Union africaine

De son côté, l’Union africaine a également condamné la situation à Bissau, réaffirmant son attachement aux principes démocratiques et au rejet des changements anticonstitutionnels de gouvernement. Dans son communiqué, elle a exigé la libération des détenus politiques et le respect des droits fondamentaux.

Toutefois, comme dans le cas de la CEDEAO, ces prises de position sont restées essentiellement déclaratives. L’absence de mesures coercitives concrètes a permis à la junte de poursuivre ses actions sans réelle pression internationale.

Libération de Fernando Dias, Domingos Pereira et Geraldo Martin

Une avancée notable est intervenue grâce à la médiation sénégalaise, qui a permis la libération de trois figures majeures de l’opposition : Fernando Dias, Domingos Simões Pereira et Geraldo Martins.

Cette libération, saluée comme un geste d’apaisement, reste néanmoins fragile. Elle n’a pas été suivie de garanties durables quant à la participation politique libre de ces leaders, ni d’un réel processus de retour à l’ordre constitutionnel par la remise du pouvoir aux civils.

Placement sous résidence surveillée des leaders de l’opposition

Paradoxalement, après leur libération, ces mêmes leaders ont été placés sous résidence surveillée, limitant drastiquement leur liberté de mouvement et leur capacité à s’exprimer politiquement. Cette situation équivaut à une détention déguisée, en contradiction avec les principes fondamentaux des droits humains.

Ces mesures traduisent une volonté claire de neutraliser toute opposition organisée, tout en donnant l’apparence d’un respect des engagements pris sous pression internationale.

Confiscation du pouvoir par la junte

La junte militaire, loin de préparer une transition vers un pouvoir civil, semble s’installer durablement à la tête de l’État. En refusant de transférer le pouvoir aux autorités civiles comme convenu, elle viole ouvertement les engagements pris devant les médiateurs régionaux.

Cette confiscation du pouvoir s’accompagne d’un durcissement du régime, marqué par des restrictions des libertés publiques, des intimidations et une marginalisation systématique de l’opposition.

Non-respect des recommandations de la CEDEAO et de l’UA

Le constat est sans appel : les recommandations de la CEDEAO et de l’Union africaine sont largement ignorées par la junte. L’absence de mécanismes de suivi efficaces et de sanctions crédibles affaiblit la portée de leurs décisions.

Ce laisser-faire apparent pose la question de la responsabilité de ces organisations dans la dégradation de la situation. En tolérant, voire en accompagnant implicitement cette dérive autoritaire, elles apparaissent aujourd’hui comme des acteurs passifs — sinon complices — des violations des droits humains en Guinée-Bissau.

La crise bissau-guinéenne illustre les limites des mécanismes africains de gestion des conflits politiques. Entre déclarations de principe et absence d’actions concrètes, la CEDEAO et l’Union africaine peinent à faire respecter les normes démocratiques qu’elles défendent. Pendant ce temps, les leaders de l’opposition restent confinés, et le peuple bissau-guinéen continue de payer le prix d’une crise sans issue claire. Modou FALL