La perturbation historique des flux pétroliers au détroit d’Ormuz a déjà des effets visibles en Afrique

Le conflit au Moyen-Orient perturbe le transit via le détroit d’Ormuz, un point de passage clé des échanges énergétiques mondiaux. Le blocage de ce dernier a désorganisé les flux de pétrole et de gaz,

La perturbation historique des flux pétroliers au détroit d’Ormuz a déjà des effets visibles en Afrique

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la guerre déclenchée le samedi 28 février au Moyen-Orient et qui a entrainé le blocage du détroit d'Ormuz, a provoqué « la plus grande perturbation d’approvisionnement de l’histoire du marché pétrolier mondial ». En quelques jours, les flux de pétrole et de gaz transitant par le détroit ont fortement chuté, réduisant l’offre mondiale de ces produits et entraînant une hausse rapide des prix.

Un détroit important pour le système énergétique mondial

Le détroit d’Ormuz est un passage maritime stratégique reliant le Golfe Persique à l’océan Indien. Selon l’AIE, environ 20 millions de barils par jour de pétrole brut et de produits pétroliers y ont transité en 2025, soit près de 25 % du commerce maritime mondial de pétrole. Plus de 110 milliards de m³ de gaz naturel liquéfié y ont également transité, représentant environ un cinquième du commerce mondial de GNL.

BloombergNEF précise de son côté que près de 32 % du commerce maritime mondial de pétrole brut et environ 16 % des échanges de produits pétroliers se font via ce passage. Les principaux exportateurs du Golfe dépendent ainsi largement de ce corridor pour acheminer leur production vers les marchés, en particulier en Asie.

Les alternatives sont par ailleurs limitées. L’AIE estime en effet que seuls l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent de pipelines permettant de contourner partiellement le détroit, pour une capacité comprise entre 3,5 et 5,5 millions de barils par jour, très inférieure aux volumes habituellement transportés.

Face au choc, les pays membres de l'AIE ont décidé le mercredi 11 mars d'une libération coordonnée de 400 millions de barils de stocks stratégiques, la plus importante de l’histoire de l'institution. Cette réponse mobilise principalement les réserves des États-Unis, du Japon, ainsi que des économies européennes. Les volumes, majoritairement constitués de pétrole brut, visent à atténuer temporairement les tensions sur les marchés.

Ils ne représentent toutefois que quelques jours de consommation mondiale, et ne peuvent compenser durablement les pertes d’approvisionnement.

Des effets déjà visibles sur les marchés africains

Les flux à destination de l’Afrique via le détroit d'Ormuz sont cependant marginaux. Selon l’AIE, environ 0,2 million de barils par jour de pétrole brut et 0,6 million de barils par jour de produits pétroliers y transitent vers le continent. Malgré cette exposition directe limitée, ce dernier subit rapidement les effets de la crise. L’impact se transmet notamment par la réorganisation des flux mondiaux de produits pétroliers, qui affecte les prix.

De nombreux pays africains dépendent d'importations de carburants raffinés, notamment de diesel et d’essence. Avec les tensions sur les marchés, des difficultés d’approvisionnement apparaissent, et les hausses de prix sont immédiates. Selon Bloomberg, les prix du carburant ont plus que doublé en Somalie, tandis qu’une hausse d’au moins 50 % du coût du diesel est attendue en Afrique du Sud. Au Kenya, des mesures fiscales sont prises pour contenir les prix, et certaines stations connaissent des ruptures d’approvisionnement.

Le Nigeria, un des gros producteurs de pétrole du continent, semble mieux résister à la crise, grâce notamment à la raffinerie Dangote qui contribue à sécuriser l’approvisionnement, même si les prix à la pompe ont également augmenté selon Bloomberg. 

Une vulnérabilité persistante qui appelle à des réponses structurelles

Cette crise met en évidence une vulnérabilité structurelle pour de nombreux pays africains, particulièrement dans la zone subsaharienne. En effet, un blocage logistique, qu’il soit global comme au détroit d’Ormuz ou local, comme au Mali récemment, où des attaques de groupes terroristes ont perturbé l’acheminement des produits pétroliers, peut rapidement peser sur les approvisionnements et mettre à mal le système électrique ainsi que les transports.

Dans ce contexte, le développement de capacités de raffinage locales peut constituer une première réponse pour réduire la dépendance aux importations de produits pétroliers. Le cas du Nigeria est assez illustratif. Le renforcement des capacités de production d’électricité à partir de sources renouvelables et l’électrification des usages, notamment le transport, peuvent également contribuer à limiter l’exposition à ces chocs, en réduisant les besoins en carburant.

Abdoullah Diop (Agence Ecofin)