LE MAROC A BÂTI UN MODÈLE ; LE SÉNÉGAL ET L’AFRIQUE DOIVENT ENCORE BÂTIR LE LEUR

suscité une immense fierté sur l’ensemble du continent. Elles démontrent que l’Afrique possède un réservoir exceptionnel de talents humains capables de rivaliser
avec les meilleures nations du monde. Mais ces succès, aussi prestigieux soient-ils, ne doivent pas dissimuler une réalité beaucoup plus profonde. Ils constituent souvent de magnifiques arbres qui cachent une forêt de dysfonctionnements structurels. La Coupe du Monde de la FIFA 2026 en apporte une nouvelle illustration : malgré un potentiel humain incomparable, aucune nation africaine n’a véritablement réussi à s’imposer durablement parmi les grandes puissances mondiales du football. Cette situation n’est nullement imputable au manque de talent. Elle révèle surtout une insuffisante compréhension de ce qu’est devenu le football au
XXIᵉ siècle. Le football n’est plus seulement un sport.
Il est aujourd’hui :
* une industrie mondiale ;
* une puissance économique ;
* un outil diplomatique ;
* un instrument de rayonnement international ;
* un levier majeur d’emploi des jeunes ;
* un secteur stratégique d’innovation technologique ;
* un puissant vecteur d’influence culturelle.
Le football représente désormais plusieurs centaines de milliards de dollars d’activités
économiques à travers le monde. Or l’Afrique, qui fournit une part considérable des meilleurs joueurs de la planète, ne capte qu’une fraction infime de cette richesse. Nous exportons nos talents. D’autres continents créent la valeur.
Nous formons les joueurs. D’autres développent les marques, les droits télévisés, les infrastructures, les académies, les centres médicaux, les technologies sportives, les entreprises d’équipement, les plateformes numériques et les grands événements. Autrement dit, l’Afrique continue d’occuper la partie la moins rémunératrice de la chaîne mondiale de valeur du football.
Le Maroc : l’exemple d’une vision stratégique
Parmi les nations africaines, le Royaume du Maroc apparaît aujourd’hui comme l’un des rares États ayant pleinement intégré cette nouvelle réalité.
Depuis près de deux décennies, le Maroc investit simultanément dans :
* les infrastructures sportives ;
* la formation de très haut niveau ;
* la gouvernance des fédérations ;
* les académies nationales ;
* la médecine du sport ;
* les technologies sportives ;
* l’organisation des grandes compétitions internationales ;
* le développement d’une véritable économie sportive.
Cette stratégie explique largement les performances remarquables de ses équipes nationales et son positionnement comme coorganisateur de la Coupe du monde 2030.
Pour avoir eu l’honneur d’apporter notre contribution, il y a plus de vingt ans à toutes
les étapes de l’élaboration de tous les scénarios du futur, dont le développement du
Sport, portés par la « Prospective Maroc 2030 », sous la Conduite de Sa Majesté le
Roi Mohamed VI , nous pouvons affirmer sans aucun risque de nous tromper, que le succès marocain n’est pas un hasard. Il est l’aboutissement d’une vision hautement stratégique du souverain marocain qui, déjà en 2004, avait fait la projection de toutes les transformations en cours dans le Royaume et qui en 2030, hisseront le Maroc à la pointe des pays les plus développées en Afrique, tout particulièrement dans le domaine du sport notamment le football dont il se sera coorganisateur de la coupe du Monde.
L’urgence d’une refondation africaine.
Le CEDS de Dakar estime qu’il est désormais indispensable que les États africains
engagent une refondation profonde de leurs politiques sportives.
Cette refondation ne peut plus être" limitée à la seule recherche de résultats sportifs.
Elle doit viser la création d’un véritable modèle économique africain du sport.
Cela implique notamment :
* une professionnalisation des fédérations ;
* une gouvernance moderne et transparente ;
* un financement pérenne ;
* des infrastructures de niveau international ;
* une industrie nationale des équipements sportifs ;
* une politique ambitieuse de recherche et d’innovation ;
* le développement du sport scolaire et universitaire ;
* la structuration des championnats professionnels ;
* la valorisation des droits audiovisuels ;
* la création d’entreprises africaines du sport.
Le capital humain de la jeunesse au cœur du modèle
Le véritable capital du football africain n’est ni le ballon, ni les stades.
C’est sa jeunesse.
Chaque jeune footballeur représente un investissement potentiel dans le
développement économique du continent.
Le football doit devenir un puissant levier :
* d’éducation ;
* de santé publique ;
* de cohésion sociale ;
* d’insertion professionnelle ;
* d’entrepreneuriat ;
* de création d’emplois.
Le développement du capital humain doit devenir l’objectif central de toute politique
sportive africaine.
Sortir de la logique d’exportation des talents
Pendant trop longtemps, les pays africains se sont satisfaits de petites académies essentiellement orientées vers l’exportation précoce des meilleurs joueurs.
Ce modèle atteint aujourd’hui ses limites. Il favorise souvent une véritable fuite des talents. Les grands clubs européens disposent ainsi d’une main-d’œuvre footballistique hautement qualifiée à un coût relativement faible, tandis que les économies africaines ne bénéficient que marginalement de la valeur créée.
L’Afrique doit désormais construire ses propres centres d’excellence, développer ses
clubs professionnels, attirer des investisseurs, créer des championnats compétitifs et
conserver davantage de valeur sur son territoire.
L’objectif n’est pas d’empêcher les joueurs d’évoluer à l’international.
Il est de faire en sorte que cette mobilité profite davantage au développement du
football africain.
Vers une souveraineté sportive africaine
Comme les ressources minières, énergétiques ou agricoles, le sport constitue aujourd’hui un enjeu stratégique de souveraineté. Le football est devenu un instrument majeur de puissance. L’Afrique ne peut plus demeurer uniquement un réservoir de talents au service des économies sportives des autres continents. Elle doit devenir un acteur majeur de la gouvernance mondiale du football.
L’appel du CEDS de Dakar
À la lumière des enseignements de la Coupe du monde de la FIFA 2026, le CEDS de
Dakar appelle les gouvernements africains, les fédérations sportives, les universités, le secteur privé, les institutions financières et les organisations régionales à engager une réflexion collective sur la construction d’un modèle économique africain du sport.
L’avenir du football africain ne dépendra pas seulement du nombre de joueurs évoluant dans les plus grands clubs européens. Il dépendra surtout de la capacité de l’Afrique à créer sur son propre sol les conditions d’une véritable industrie sportive, créatrice de richesse, d’emplois, d’innovation, de cohésion sociale et de rayonnement international. Le XXIᵉ siècle ne sera pas seulement celui des grandes compétitions sportives. Il sera celui des nations capables de transformer le sport en puissance économique, et son capital humain dans ce domaine, en un véritable levier d’influence pour la captation de tous les acquis du football, au profit des nations africaines.
L’Afrique possède les talents.
Il lui appartient désormais, sans préjuger, d’avoir une lecture positive et stratégique de l’expérience marocaine afin de construire le modèle sportif et économique de bon aloi qui permettra à ces talents de produire leur richesse d’abord pour l’Afrique.
M. BABACAR SOCRATE DIALLO
Président du Conseil d’Orientation Stratégique,
Directeur Général du CEDS de Dakar