Le Maroc devient la première économie industrielle d’Afrique (BAD)

Le Maroc s’impose désormais comme la première économie industrielle du continent africain. C’est la principale conclusion de l’Indice 2025 de l’industrialisation en Afrique publié par la Banque africaine de développement (BAD) à l’occasion de ses Assemblées annuelles 2026. Pour la première fois depuis la création de cet indice, le Royaume devance l’Afrique du Sud et prend la tête du classement continental.
Selon les données du rapport, le Maroc a obtenu en 2024 un score de 0,8415, légèrement supérieur à celui de l’Afrique du Sud (0,8396). Un écart certes réduit, mais hautement symbolique, qui traduit la montée en puissance du modèle industriel marocain. La BAD attribue cette progression à la modernisation continue du système productif national, à la diversification des exportations et à l’efficacité des politiques industrielles mises en œuvre depuis plusieurs années.
Cette performance repose sur une stratégie de transformation industrielle engagée depuis plus de deux décennies. Le Royaume a développé des écosystèmes industriels structurés, renforcé son intégration dans les chaînes de valeur mondiales et investi massivement dans des secteurs à forte valeur ajoutée comme l’automobile, l’aéronautique ou encore la logistique.
Le rapport met également en avant les infrastructures marocaines, notamment le port Tanger Med, devenu un hub logistique majeur à l’échelle africaine et méditerranéenne. La BAD souligne aussi le rôle des investissements publics, de l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers et de la multiplication des zones industrielles intégrées.
Dans un contexte mondial marqué par la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement, le Maroc bénéficie pleinement des dynamiques de « nearshoring » et de « friendshoring ». Grâce à sa proximité avec l’Europe, à sa stabilité et à ses capacités industrielles croissantes, le pays se positionne progressivement comme une plateforme manufacturière euro-africaine stratégique.
Le rapport classe désormais le Maroc parmi les principales puissances manufacturières africaines aux côtés de l’Afrique du Sud, de l’Égypte et de la Tunisie. Il confirme également la domination de l’Afrique du Nord comme région la plus industrialisée du continent.
Toutefois, derrière cette réussite marocaine, la BAD dresse un constat plus nuancé concernant l’ensemble du continent africain. Malgré les progrès enregistrés entre 2010 et 2024, l’Afrique représente encore moins de 2 % de la production manufacturière mondiale et seulement 1,4 % des exportations mondiales de produits manufacturés.
L’institution souligne plusieurs obstacles structurels qui freinent l’industrialisation africaine : insuffisance des infrastructures, accès limité au financement, faiblesse du capital humain, coûts logistiques élevés, faible sophistication technologique et fragmentation des marchés régionaux.
Pour la BAD, l’avenir industriel du continent passe désormais par une intégration économique plus profonde. Le rapport insiste sur le rôle central de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), considérée comme un levier majeur pour développer les chaînes de valeur régionales et renforcer les échanges intra-africains, qui ne représentent actuellement que 14,4 % du commerce du continent.
L’institution appelle ainsi à accélérer le développement des corridors industriels, des infrastructures transfrontalières, des systèmes logistiques régionaux ainsi que l’intégration des PME africaines dans les chaînes de valeur continentales.
Le rapport accorde également une importance particulière aux zones économiques spéciales (ZES), appelées à devenir de véritables plateformes industrielles intégrées capables de soutenir l’innovation et l’ancrage local des activités productives.
À travers cette édition 2025 de son indice, la BAD défend une vision plus intégrée de l’industrialisation africaine. L’objectif n’est plus seulement de développer des industries nationales, mais de bâtir des écosystèmes régionaux compétitifs capables d’insérer durablement l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales.
Dans cette nouvelle dynamique continentale, le Maroc apparaît aujourd’hui comme l’un des pays les mieux positionnés pour jouer un rôle moteur dans la prochaine phase de transformation industrielle de l’Afrique.
Malgré cette avancée, plusieurs défis demeurent pour le Royaume, notamment la réduction des inégalités territoriales et sociales. Si certaines régions fortement connectées aux grands pôles industriels profitent pleinement de cette croissance, d’autres territoires restent encore en marge de cette dynamique. La question de la création d’emplois et d’une croissance plus inclusive reste ainsi au cœur des enjeux du développement industriel marocain. Cheikh GUEYE