LUTTE CONTRE LA XÉNOPHOBIE : Le CUDIS appelle à la préserver la fraternité africaine

Face à la montée des discours de haine, des propos xénophobes et des campagnes de désinformation visant les communautés étrangères établies au Sénégal, le Cadre unitaire de l’islam au Sénégal (CUDIS) tire la sonnette d’alarme. L’organisation religieuse réaffirme son attachement à la tradition sénégalaise d’hospitalité et appelle les autorités, les guides religieux, les médias et la jeunesse à se mobiliser pour préserver la paix sociale et la cohésion nationale.
Le Sénégal doit rester une terre d’hospitalité, de fraternité et de métissage. C’est le message fort lancé par le Cadre unitaire de l’islam au Sénégal (CUDIS), qui exprime sa vive préoccupation face à la progression des discours de haine, des propos xénophobes et des campagnes de désinformation ciblant particulièrement les ressortissants africains vivant dans le pays ou y séjournant.
Pour le CUDIS, ces dérives constituent une menace pour les fondements mêmes de la société sénégalaise. Elles portent atteinte à la paix sociale, fragilisent la cohésion nationale et remettent en cause une tradition d’ouverture qui a longtemps fait du Sénégal une terre d’accueil, de dialogue et de fraternité entre les peuples.
Dans son communiqué, l’organisation rappelle que le Sénégal s’est construit au fil des siècles grâce à un brassage ethnique, religieux, culturel et familial. Des rives du fleuve Sénégal aux forêts de la Casamance, en passant par Dakar, le Fouta et le Boundou, le pays s’est enrichi des échanges commerciaux, des rencontres entre communautés et de la circulation des langues, des croyances et des savoirs.
Cette diversité constitue, selon le CUDIS, une composante essentielle de l’identité nationale. L’hospitalité sénégalaise, communément appelée « teranga », ne saurait ainsi être réduite à une simple expression culturelle. Elle représente une valeur morale, une exigence religieuse et un principe de coexistence qui impose le respect de l’étranger, du voisin, du voyageur et des personnes les plus vulnérables.
L’islam, un rempart contre le rejet de l’autre
Pour appuyer son appel, le CUDIS inscrit la lutte contre la xénophobie dans les enseignements de l’islam. L’organisation rappelle la recommandation du Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) invitant le croyant à honorer son hôte, ainsi que le verset 13 de la sourate Al-Hujurat, qui souligne que la diversité des peuples et des tribus est voulue pour favoriser la connaissance mutuelle.
« Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux », rappelle le passage coranique cité dans le communiqué.
À travers ces références religieuses, le CUDIS entend souligner que le rejet d’une personne en raison de son origine, de sa nationalité ou de son appartenance communautaire est incompatible avec les principes de fraternité et de dignité humaine que prône l’islam.
L’organisation estime ainsi que les discours stigmatisant les étrangers ne menacent pas seulement les relations entre communautés. Ils s’attaquent également aux valeurs spirituelles et morales qui contribuent à la stabilité de la société sénégalaise.
La solidarité africaine, une responsabilité réciproque
Le CUDIS rappelle également que la fraternité entre les peuples africains repose sur une réalité historique et humaine incontournable : le Sénégal est lui-même un pays d’émigration, dont les ressortissants vivent et travaillent dans de nombreux États du continent.
De la Gambie à la Guinée, en passant par la Mauritanie, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Congo, le Maroc, la Tunisie et l’Afrique du Sud, les Sénégalais contribuent à la vie économique, culturelle et sociale de leurs pays d’accueil.
Pour le CUDIS, cette présence africaine des Sénégalais impose une réflexion sur la manière dont les ressortissants des autres pays sont accueillis sur le territoire national.
L’organisation pose ainsi une question de principe : comment accepter que des Africains soient considérés comme des indésirables au Sénégal alors que des compatriotes bénéficient, ailleurs sur le continent, de possibilités d’intégration et d’accueil ?
La solidarité interafricaine ne doit donc pas être perçue comme une faveur accordée aux étrangers, mais comme une obligation morale fondée sur une histoire commune et une communauté de destin.
Le CUDIS insiste sur la nécessité d’appliquer aux autres les mêmes principes de dignité et de respect que les Sénégalais souhaitent voir garantis à leurs propres compatriotes vivant à l’étranger.
Hospitalité et respect des lois : les deux exigences du vivre-ensemble
Tout en défendant l’ouverture et l’accueil des communautés étrangères, le CUDIS rappelle que le vivre-ensemble implique également des responsabilités partagées.
L’organisation invite les étrangers établis au Sénégal à respecter les lois de la République, les coutumes, les valeurs et les traditions du pays. Pour elle, le respect mutuel des droits et des devoirs constitue une condition indispensable à la préservation de la paix sociale et de l’harmonie entre les communautés.
Dans le même temps, le CUDIS appelle l’État à faire appliquer les lois et règlements dans le respect des droits humains. La protection des personnes étrangères et la lutte contre les discriminations doivent ainsi s’inscrire dans un cadre républicain garantissant la sécurité et la dignité de tous.
Cette position traduit la volonté de l’organisation de promouvoir une hospitalité responsable, fondée à la fois sur l’ouverture, le respect des règles communes et l'égalité de traitement.
Discours de haine et désinformation dans le viseur
Le CUDIS condamne fermement les discours de haine, d’exclusion et de stigmatisation fondés sur l’origine, la nationalité, l’ethnie, la religion ou la condition sociale. Il dénonce également les campagnes de désinformation et les manipulations susceptibles d’attiser les tensions entre les communautés.
Les violences verbales ou physiques dirigées contre des personnes étrangères, ou considérées comme telles, sont également pointées du doigt. L’organisation met par ailleurs en garde contre toute instrumentalisation politique ou médiatique de la peur de l’autre.
À ses yeux, ces pratiques sont contraires aux principes de l’islam, aux valeurs constitutionnelles et à l’histoire du Sénégal. Elles risquent d’alimenter les divisions, d’affaiblir le sentiment d’appartenance nationale et d’exposer le pays à des tensions dont les conséquences pourraient dépasser les communautés directement visées.
Face à ces risques, le CUDIS appelle à une mobilisation collective afin d’empêcher que les discours hostiles ne se transforment en actes de discrimination ou de violence.
Les religieux, les médias et les jeunes appelés à agir
Pour traduire son engagement en actions concrètes, le CUDIS réaffirme son attachement au modèle sénégalais de vivre-ensemble, fondé sur le dialogue, le respect et la solidarité.
L’organisation invite les guides religieux, les imams, les prédicateurs et les enseignants à multiplier les messages de tolérance, de fraternité et d’hospitalité dans les mosquées, les établissements scolaires et les espaces publics.
Les médias, les influenceurs et les acteurs du numérique sont également appelés à faire preuve de responsabilité, de rigueur et de mesure dans le traitement de l’information. Le CUDIS les exhorte à refuser toute complaisance envers les discours de haine et les campagnes de désinformation.
La jeunesse occupe une place particulière dans cet appel. L’organisation l’invite à résister aux tentatives de manipulation, à ne pas se laisser instrumentaliser et à promouvoir la fraternité africaine plutôt que les logiques d’exclusion.
À l’endroit des autorités compétentes, le CUDIS demande une application effective de la loi, une meilleure protection des personnes vulnérables et des sanctions contre les auteurs d’actes ou de propos xénophobes.
L’organisation se déclare, en outre, disponible pour accompagner l’État, les institutions et les forces vives de la nation dans les initiatives de prévention et de lutte contre la xénophobie, les discours de haine et la désinformation.
Une Semaine du Vivre-ensemble pour consolider la cohésion nationale
Au-delà de la dénonciation, le CUDIS annonce l’organisation, avec l’appui des plus hautes autorités, d’une Semaine du Vivre-ensemble au Sénégal. Il se réjouit de la collaboration déjà engagée avec les institutions, les confessions religieuses et les différentes composantes de la société.
Cette initiative ambitionne de renforcer le dialogue interreligieux et de mobiliser les acteurs sociaux autour de la préservation de la cohésion nationale. Elle devrait notamment permettre de travailler à l’élaboration d’un Pacte national pour le vivre-ensemble, de renforcer la sensibilisation dans les écoles et auprès des jeunes, et d’associer davantage les médias ainsi que les acteurs territoriaux à cette dynamique.
L’objectif est de promouvoir un message rassembleur : le Sénégal constitue une maison commune dont les fondements reposent sur le respect mutuel, la solidarité et la fraternité.
À travers cette semaine, le CUDIS entend contribuer à la prévention des tensions communautaires et à la consolidation d’une culture de paix, dans un contexte où les discours hostiles à l’étranger peuvent rapidement se propager, notamment sur les réseaux sociaux.
« Le Sénégal restera une terre d’hospitalité »
En conclusion, le CUDIS lance un appel solennel à l’ensemble des Sénégalais, aux communautés étrangères, aux institutions et aux acteurs de la société civile pour empêcher la haine de s’installer dans les esprits, les discours et les rues.
L’organisation met en garde contre les effets destructeurs de la peur de l’autre et de la désinformation, susceptibles de fragiliser un héritage construit par plusieurs générations.
Pour le CUDIS, la vocation du Sénégal comme terre d’ouverture, de foi et d’hospitalité ne saurait être remise en cause. Elle constitue à la fois une identité, un héritage historique et une responsabilité morale envers les générations présentes et futures.
Son message se veut sans ambiguïté : la défense de la cohésion nationale ne doit pas se faire au prix du rejet des autres communautés. Elle doit, au contraire, s’appuyer sur le respect des lois, la dignité humaine et la solidarité entre les peuples.
Le CUDIS conclut son communiqué par une prière pour que Dieu préserve le Sénégal, protège sa cohésion et fortifie les liens de fraternité entre les Africains.
À travers cet appel, le Cadre unitaire de l’islam au Sénégal invite ainsi le pays à rester fidèle à l’une de ses valeurs les plus emblématiques : la teranga, cette tradition d’hospitalité qui fait de l’accueil de l’autre un marqueur essentiel de l’identité sénégalaise.