MALI : Le commandement sécuritaire décapité

Le Mali traverse une zone de turbulences d’une intensité rarement observée depuis le début de la transition militaire. En l’espace de quelques heures, plusieurs piliers de l’appareil sécuritaire se sont effondrés, laissant entrevoir un vide de pouvoir inquiétant au sommet de l’État.
Selon des informations concordantes, le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, aurait été exfiltré dans des circonstances encore floues. Aucune communication officielle n’est venue confirmer ou infirmer cette évacuation, alimentant un climat de rumeurs et de spéculations à Bamako comme à l’international.
Plus grave encore, le ministre de la Défense aurait été tué, un événement qui, s’il est confirmé, constituerait un tournant majeur dans la crise actuelle. La disparition brutale d’une figure clé de la chaîne de commandement fragilise davantage une structure sécuritaire déjà sous pression.
Parallèlement, plusieurs hauts responsables militaires sont introuvables. Le général Modibo Koné, à la tête des services de renseignement, reste injoignable, tout comme le chef d’état-major général des armées, Oumar Diarra. Leur silence prolongé soulève des interrogations sur leur sort : sont-ils en fuite, retenus, ou victimes d’un règlement de comptes interne ?
Sur le terrain, la situation militaire évolue également de manière préoccupante. L’Africa Corps, engagé aux côtés des forces maliennes dans le nord, aurait abandonné ses positions à Kidal. Plus surprenant encore, leurs équipements auraient été remis à des groupes rebelles, marquant un revers stratégique majeur pour Bamako. Ce retrait précipité pourrait redessiner l’équilibre des forces dans une région déjà instable.
L’ensemble de ces éléments dessine le tableau d’un appareil sécuritaire « décapité », privé de ses principaux décideurs et confronté à une perte de contrôle progressive. Cette désorganisation pourrait ouvrir la voie à une intensification des violences, voire à une recomposition brutale du pouvoir.
Dans ce contexte, plusieurs questions demeurent sans réponse : s’agit-il d’un coup de force interne, d’une offensive coordonnée ou d’un effondrement progressif du système ? L’absence de communication officielle renforce l’opacité autour de la situation.
Une chose est certaine : le Mali entre dans une phase critique où l’incertitude politique et militaire atteint un niveau alarmant. Les prochaines heures seront déterminantes pour comprendre l’ampleur réelle de cette crise et ses conséquences pour la stabilité du pays et de la région sahélienne. Cheikh GUEYE