NIGER : La base de 101 reprise, mais la crise est-elle vraiment terminée?

NIGER : La base de 101 reprise, mais la crise est-elle vraiment terminée?

La Garde présidentielle reprend l’avantage après plusieurs heures de confrontation, mais la tentative de coup d’État révèle des fractures préoccupantes au sein de l’appareil militaire nigérien.

À Niamey, la situation militaire a finalement basculé en fin d’après-midi en faveur du général Abdourahamane Tiani. Selon les dernières informations recueillies à 17h30, les mutins retranchés dans la Base aérienne 101 auraient été neutralisés : plusieurs auraient été arrêtés, tandis que d’autres auraient été tués au cours de l’opération. La Garde présidentielle reprend donc l’avantage. Mais pour combien de temps ? Quelques heures auparavant, le ministère de la Défense avait pourtant présenté la situation comme pratiquement maîtrisée. Selon le communiqué diffusé à la télévision nationale, la « prompte réaction des Forces de défense et de sécurité » avait permis de circonscrire ce que les autorités qualifiaient de simple « mouvement d’humeur » et de reprendre progressivement le contrôle des sites concernés. La population était appelée à reprendre normalement ses activités.

Pourtant, pendant une grande partie de la journée, la réalité du terrain était beaucoup plus préoccupante. Selon plusieurs sources sécuritaires à Niamey, les putschistes qui s’étaient repliés de la radio-télévision nationale ne l’avaient pas fait parce que leur mouvement était définitivement défait, mais pour renforcer leur principal bastion : la Base aérienne 101, contrôlée depuis la nuit précédente par des éléments des forces spéciales.

Les mutins auraient alors contrôlé trois importantes emprises militaires à Niamey : la Base 101, le camp des parachutistes et le COS. À la Base 101, ils auraient également eu la maîtrise des drones, hélicoptères et avions présents sur le site, empêchant de fait leur utilisation contre eux.

La Garde présidentielle aurait tenté une première fois, sans succès, de reprendre la base. Parallèlement, les mutins auraient pris contact avec plusieurs casernes de l’intérieur du pays afin d’obtenir des ralliements. Des militaires venus de Tillabéri auraient atteint la périphérie de Niamey en début de soirée, mais à ce stade, il n’est pas possible d’établir avec certitude s’ils ont été dépêchés pour renforcer les forces loyalistes ou s’ils entendaient rallier les putschistes. La course contre la montre était donc évidente : Tiani devait reprendre rapidement la Base 101 avant que la mutinerie ne s’étende à d’autres unités.

Une fracture plus profonde au sein de l’armée.

C’est probablement l’aspect le plus préoccupant de cette crise. Selon nos informations, des divergences seraient apparues entre la Garde présidentielle et certains éléments des Forces armées nigériennes sur l’opportunité d’une offensive contre les mutins.La Garde présidentielle voulait reprendre les positions par la force, tandis que des militaires des FAN auraient été très réticents à engager une confrontation directe contre leurs propres frères d’armes, notamment les forces spéciales. Cette situation intervient dans un contexte de frustrations anciennes. Les FAN sont engagées en première ligne contre les groupes jihadistes, notamment à Tillabéri, Tahoua et Diffa, souvent dans des conditions difficiles et avec des moyens jugés insuffisants. À Niamey, la Garde présidentielle bénéficie au contraire d’importants moyens et d’une situation beaucoup plus confortable. Ce contraste alimente depuis longtemps des frustrations qu’il serait dangereux de sous-estimer.

L’intervention d’Africa Corps : un élément nouveau et déterminant

Un élément nouveau et particulièrement important concerne désormais l’intervention directe d’Africa Corps aux côtés des forces loyalistes. L’ambassadeur de Russie au Niger a publiquement déclaré que les forces nigériennes avaient demandé l’assistance d’Africa Corps pour neutraliser les militaires retranchés à la Base 101. Selon des informations de terrain également rapportées par la presse, les éléments russes auraient utilisé des drones kamikazes contre les positions occupées par les mutins à la Base 101. Leur intervention aurait ainsi contribué au basculement du rapport de forces et à la reprise de cette installation stratégique. Cette implication introduit une dimension particulièrement sensible dans la crise : une force militaire étrangère aurait directement participé, à la demande des autorités nigériennes, à une opération contre des militaires nigériens engagés dans une tentative de renversement du pouvoir. Cette intervention pourrait également avoir des conséquences sur les rapports internes au sein des forces armées, notamment si se confirme la réticence de certains éléments des FAN à participer directement à l’assaut contre leurs propres frères d’armes.

17h30 : la Base 101 reprise avec l’appui russe

Selon les dernières informations recueillies, la Base aérienne 101 aurait finalement été reprise vers 17h30 et les militaires qui y étaient retranchés neutralisés. Plusieurs auraient été arrêtés tandis que d’autres auraient été tués au cours des opérations.

La reprise de cette installation stratégique constitue incontestablement un succès majeur pour le pouvoir. Elle aurait cependant été obtenue avec un soutien déterminant des forces russes d’Africa Corps, qui auraient notamment employé des drones kamikazes contre les positions des mutins. Mais elle ne signifie pas nécessairement que la crise est terminée. Car Tiani peut reprendre une base, arrêter les putschistes et réorganiser les commandements. Il lui sera beaucoup plus difficile de faire disparaître les frustrations que cette tentative de coup d’État vient brutalement de révéler.

D’autant que nous ignorons toujours qui sont les véritables responsables du mouvement. À ce stade, nous savons seulement que de jeunes officiers et des éléments des forces spéciales en constituent le noyau. Nous ne savons pas encore s’ils agissaient seuls, s’ils bénéficiaient du soutien d’officiers supérieurs ou jusqu’où les contacts établis avec les unités de l’intérieur avaient réellement progressé.

C’est désormais la question centrale.

La tentative de coup d’État peut avoir échoué militairement sans que la crise au sein de l’armée soit terminée. Il faudra surveiller les arrestations, les éventuelles purges, les changements de commandement et surtout l’attitude des unités stationnées à l’intérieur du pays.

À 17h30, la Garde présidentielle a gagné la bataille de la Base 101.

Mais la véritable question est ailleurs : combien de militaires nigériens partageaient silencieusement le mécontentement de ceux qui s’y étaient retranchés ? Le général Tiani semble avoir remporté la bataille immédiate de la Base 101, avec un soutien déterminant des forces russes d’Africa Corps, qui auraient notamment employé des drones kamikazes contre les positions des mutins. Il vient peut-être de remporter une bataille. Rien ne permet encore d’affirmer qu’il a définitivement écarté la menace. Samir Moussa