juin 14, 2024
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Politique

Plan Biden à Gaza : espoir ou mirage ?

Joe Biden a rendu public, vendredi 31 mai, un plan en trois phases pour mettre fin à la guerre en cours à Gaza. L’espoir suscité par cette initiative en faveur d’un cessez-le-feu, de la libération des otages et même, ultimement, d’une reconstruction de l’enclave de Gaza, a-t-il des chances d’être concrétisé ? Quelles sont les contraintes domestiques et régionales qui pèsent sur chacun des acteurs ? Analyse de Michel Duclos.

L’appel lancé par le président Biden pour arracher aux deux parties – Israël et le Hamas – un accord en vue d’une sortie de crise à Gaza a-t-il la moindre chance de succès ?

Le plan Biden

Peu d’observateurs sont prêts à le croire. Tout au plus peut-on imaginer que le plan connaisse un début d’application – ce qui représente peut-être, sinon le véritable objectif de l’administration américaine, au moins l’option de repli qu’elle souhaiterait voir aboutir. Le schéma avancé par Joe Biden le 31 mai, dans une allocution prononcée avec une solennité particulière, comporte trois phases, permettant la libération des “otages israéliens les plus vulnérables” en échange de prisonniers palestiniens, d’une assistance humanitaire massive aux Gazaouis, et surtout d’un retrait des forces israéliennes des zones de Gaza “densément peuplées” (autorisant donc un retour des déplacés). Lors de cette première phase, seraient négociés les paramètres d’une seconde phase caractérisée par la libération des otages restants (des soldats de Tsahal) et un retrait total des forces israéliennes de Gaza, ce qui équivaudrait à “une cessation totale des hostilités”. La phase 3 serait celle de la reconstruction de Gaza.

Dans son allocution, le président américain présente ce plan comme celui d’Israël et enjoint au Hamas de l’accepter. En fait, les dirigeants israéliens n’ont pas tardé à se distancer des propositions américaines – dont les éléments sont en effet en discussion depuis des semaines dans la région – tandis que le Hamas a donné une première réaction positive. Le plan Bidenfait en effet un geste dans la direction des exigences du Hamas qui réclame un cessez-le-feu définitif et non une trêve provisoire. Dans ce sens, le président américain a affirmé qu’”il est temps que la guerre s’arrête et que le jour d’après commence“. Dans le sens des préoccupations d’Israël, le président a noté que le “Hamas n’a plus la capacité d’organiser un 7 octobre“. À aucun moment, Joe Bidenn’évoque la solution à deux États.

Le président américain présente ce plan comme celui d’Israël et enjoint au Hamas de l’accepter. En fait, les dirigeants israéliens n’ont pas tardé à se distancer des propositions américaines.

Le moment choisi par le président Biden n’est pas anodin. Un des piliers du gouvernement de coalition israélien, M. Gantz, a menacé de se retirer si le Premier ministre Netanyahou n’est pas capable de définir des perspectives politiques pour mettre fin au conflit. La cohésion du gouvernement israélien tangue. Plusieurs “bavures” entraînant des dizaines de morts palestiniens viennent en outre d’émailler l’offensive israélienne à Rafah.

On aurait pu s’attendre à ce que Washington, comme ce fut le cas en d’autres épisodes similaires par le passé (guerre contre le Liban en 2006 par exemple) mette le holà à l’offensive israélienne, dans la mesure où celle-ci paraît ne pas tenir compte des lignes rouges affichées par Washington (“pas d’attaque sur Rafah si des précautions ne sont pas prises pour ménager la population civile”). Au contraire, l’administration américaine a fait savoir qu’elle considérait que Tsahal restait dans des limites acceptables. De même les dirigeants américains prennent-ils fortement la défense du gouvernement israélien face à l’intention du procureur de la Cour pénale internationale de lancer un mandat d’arrêt contre M. Netanyahou et son ministre de la Défense.

Au total donc, on est tenté de penser que le président Biden, sans recourir au chantage à la non-livraison d’armes, s’est placé en position d’exercer une pression forte sur M. Netanyahou pour que celui-ci consente à une trêve durable. Accessoirement, la proposition américaine vient quelques heures après le verdict du jury new-yorkais contre Donald Trump. Le Premier ministre israélien est peut-être moins tenté de faire fond sur un retour de celui-ci à la Maison-Blanche et de toute façon M. Biden a besoin, sur le plan de la politique intérieure, d’apparaître comme un “faiseur de paix” sans pour autant tordre le bras trop visiblement des dirigeants israéliens.

Le jour d’après le plan Biden

Pourquoi notions-nous que la mise en œuvre de la première phase du plan Biden pourrait être un objectif en soi pour Washington ? Relevons deux aspects frappants dans l’approche américaine de cette crise. D’une part, on peut se demander si au fond d’eux-mêmes les dirigeants américains ne visent pas surtout un retour à la situation d’avant le 7 octobre. C’est ce qui rend difficile le dialogue avec des Européens préoccupés de “sortir par le haut”, c’est-à-dire de prendre appui sur les événements terribles en cours pour changer l’équation dans laquelle Israéliens et Palestiniens sont enfermés depuis des années. D’autre part, lorsque l’on parle aux responsables du dossier à Washington, on constate une sorte d’obsession sur la normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël. C’est là le “trophée” que M. Bidenvoudrait présenter à ses électeurs de novembre. Pour atteindre cet objectif, il a besoin d’un minimum de coopération du gouvernement israélien quel qu’il soit puisque les dirigeants saoudiens ont de leur côté besoin d’un minimum d’assurance sur le sort de la Palestine.

Dans ces conditions, il n’est pas impossible que l’agenda du Premier ministre israélien et du président américain se rejoignent à un moment donné : M. Netanyahou veut certainement une “victoire” contre le Hamas à Rafah, pour satisfaire ses alliés d’extrême droite ; c’est pourquoi, s’il finit par consentir à un cessez-le-feu, il ne peut s’agir dans son esprit que d’un cessez-le-feu provisoire. Cela n’exclut pas qu’il puisse ensuite entrer dans la logique américaine de la normalisation des relations avec l’Arabie saoudite – donnant ainsi des gages aux fractions plus modérées de sa coalition.

On constate une sorte d’obsession sur la normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël. C’est là le “trophée” que M. Biden voudrait présenter à ses électeurs de novembre.

Les Saoudiens eux-mêmes, s’ils doivent se préoccuper pour des raisons de politique intérieure du sort de la Palestine, ne verraient que des avantages à un affaiblissement maximal du Hamas.

Reste précisément la question de ce que vont faire les dirigeants de celui-ci. Sont-ils suffisamment affaiblis pour être tentés par une trêve, fût-elle provisoire ? Ne doivent-ils pas tenir compte des pressions des Égyptiens et des Qataris ou d’autres qu’inquiètent la poursuite des combats ? Peuvent-ils espérer faire en sorte que le plan Biden aille au-delà d’un début d’application et déclenche une véritable dynamique conduisant à un cessez-le-feu véritable, lequel les verrait sortir en vainqueurs de facto des ruines de Gaza ? C’est la principale inconnue des prochains jours.

Par Michel Duclos, Expert Résident principal et Conseiller spécial – Géopolitique et Diplomatie (Institut Montaigne)

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