RAPPORT DES DEPUTES FRANÇAIS : Les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs

Le 16 janvier 2025, une proposition de résolution « tendant à la création d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs » a été déposée sur la table de l’Assemblée nationale. Une commission d’enquête présidée par Arthur Delaporte et Laure Miller a été mise en place.
EXPOSÉ DES MOTIFS
Après Facebook, Instagram, X et quelques autres, un nouvel acteur d’origine chinoise a émergé en 2016 dans le paysage des réseaux sociaux : TikTok. Porté par une croissance fulgurante, il a rapidement dépassé la majorité de ses prédécesseurs.
En janvier 2024, l’application comptabilise 1,562 milliard d’utilisateurs actifs à travers le monde, faisant de TikTok le 5e réseau social dont les utilisateurs sont les plus actifs. En France, ce sont près de 15 millions d’utilisateurs mensuels actifs sur la plateforme.
Malgré des similarités avec ses concurrents, TikTok est un réseau social à part et ce pour au moins deux raisons.
Tout d’abord, malgré de constantes dénégations de la plateforme, ses liens avec les autorités chinoises font peser des risques en matière de souveraineté, d’influence étrangère ou de protection des données personnelles.
Ensuite, et c’est précisément ce point qui retient notre attention dans cette proposition de résolution, se posent d’importants enjeux de santé publique, en particulier sur les effets psychologiques de la plateforme. Avec un algorithme de recommandation extrêmement performant, TikTok parvient à maintenir des heures durant ses utilisateurs, dont beaucoup sont des adolescents voire des enfants, devant leur écran. Cette captation de l’attention poussée à l’extrême s’accompagne d’une mise en avant et d’un enfermement des utilisateurs dans des contenus dangereux ou hyper‑sexualisés.
Au début du mois de novembre 2024, sept familles regroupées au sein du collectif Algos Victima ont déposé plainte contre TikTok devant la justice française. Parmi les sept adolescentes concernées, deux ont mis fin à leurs jours. Charlize et Marie étaient alors âgées de 15 ans. Aujourd’hui, le collectif accuse la plateforme de « provocation au suicide », « non‑assistance à personne en péril » et propagande ou publicité des moyens de se donner la mort ».
Ces événements font écho au rapport de l’organisation non gouvernementale Amnesty International, Poussé.e.s vers les Ténèbres, Comment le fil « Pour toi » de TikTok encourage l’automutilation et les idées suicidaires publié en novembre 2023, qui accusait la plateforme de pousser les mineurs vers du contenu dangereux, et acte une certaine conscientisation des risques que représente ce réseau social pour nos jeunes. Aujourd’hui, 70 % des utilisateurs de TikTok en France ont moins de 24 ans, et 40 % des jeunes qui ont entre 16 et 25 ans utilisent TikTok quotidiennement. De plus, les enfants de 4 à 18 ans passent en moyenne 1h47 sur TikTok par jour. Ce dernier chiffre doit nous interpeller dans la mesure où l’application est interdite en France aux enfants de moins de 13 ans.
Dans les faits, c’est un tiers des enfants britanniques entre 5 et 7 ans qui utiliseraient TikTok d’après l’autorité de régulation britannique et selon les déclarations de leurs parents, 45 % des jeunes Français de 11 à 12 ans et 63 % de 12 ans qui seraient inscrits sur l’application.
Une plateforme particulièrement « captivante » …
Si l’utilisation de TikTok par nos jeunes s’inscrit plus largement dans leur pratique des réseaux sociaux, nous ne devons pas négliger les spécificités de cette plateforme, qui, avec ses vidéos courtes et un algorithme très performant cerne très rapidement les centres d’intérêts des utilisateurs.
Cette captation de l’attention est telle que certains scientifiques et psychologues parlent d’« additivité » ou du moins d’abrutissement » pour désigner la méthode utilisée par TikTok et ses effets psychologiques. Pour répondre à ces critiques, TikTok a mis en place un signalement automatique au bout de 60 minutes et un deuxième après 100 minutes d’utilisation mais ce dispositif semble peu efficace. Chez les plus jeunes qui n’ont souvent pas la raison d’un adulte, l’attractivité de l’application prévaut souvent sur la décision volontaire de stopper le « scrolling ».
Ainsi, la présence importante d’enfants sur la plateforme est très préoccupante.
… aux effets psychologiques nombreux
L’exposition des mineurs aux écrans, et plus encore l’utilisation des réseaux sociaux comme TikTok, peut avoir de nombreux effets néfastes. TikTok, en particulier, utilise un algorithme qui tend à enfermer ses utilisateurs dans des « bulles de filtre ».
Outre les effets addictifs de la plateforme provoquant un déficit de sommeil, des troubles de l’attention, une sédentarité… la « bulle de filtre » peut avoir des conséquences encore plus dangereuses : harcèlement, risque de dépression, anxiété… Ainsi, de nombreux cliniciens confirment que TikTok tend à exacerber les fragilités psychologiques des personnes les plus vulnérables.
Une étude publiée en décembre 2022 par le Center for Countering Digital Hate a révélé que l’application tend à diffuser un volume accru de contenus dangereux aux individus vulnérables. Ainsi, comparativement à des profils standards, les utilisateurs manifestant un intérêt pour les questions de santé mentale peuvent se voir proposer dans leur fil 12 fois plus de vidéos traitant du suicide.
L’enfermement psychologique engendré par certaines pratiques numériques représente un danger majeur pour les adolescents, particulièrement à une étape cruciale de leur construction, à l’âge charnière entre l’enfance et la vie adulte. À cet égard, les filtres proposés par TikTok, tel que le controversé « Bold Glamour », font l’objet de vives critiques dans le développement de certains jeunes.
Il devient ainsi urgent que nous prenions des mesures pour endiguer les effets de TikTok sur l’état psychologique de nos jeunes.
C’est la raison pour laquelle nous proposons la mise en place de cette commission d’enquête. Les conséquences et les effets de cette plateforme sur la santé des enfants et des adolescents doivent être sérieusement évalués. Si les professionnels sont assez unanimes sur son caractère néfaste, il s’agit de prendre acte de leurs constats et de leurs recommandations. Cette commission d’enquête pourra ainsi permettre de proposer des dispositifs concrets et de grande envergure pour protéger nos jeunes, dans la lignée de ceux proposés par la commission du Sénat précitée. Cependant, il apparaît nécessaire de se concentrer sur les effets de TikTok sur la santé des enfants et adolescents.
LE RAPPORT SUR LES EFFETS PSYCHOLOGIQUES SUR LES MINEURS
Dans le cadre de la procédure de droit commun prévue à l’article 140, alinéa 1, du Règlement, la commission saisie au fond d’une proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête doit, d’une part, vérifier si les conditions requises pour la création d’une commission d’enquête sont réunies (I) et, d’autre part, se prononcer sur son opportunité (II).
Dans l’hypothèse où la commission conclut positivement sur ces deux points, la création résulte dans un dernier temps du vote par l’Assemblée de la proposition de résolution déposée à cet effet.
Travaux de la commission
Lors de sa seconde réunion du mercredi 5 mars 2025, la commission examine la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs (n° 783) (Mme Laure Miller, rapporteure).
Mme la rapporteure. « J’ai empêché mes enfants d’aller trop sur les réseaux sociaux avant qu’ils n’aient 14 ans ou 15 ans et j’essayais de suivre ce qu’ils faisaient. Et, je pense qu’il faut en faire plus dans ce domaine. On a été un peu naïfs sur l’impact de ces outils » a déclaré Bill Gates lors d’une interview sur France Inter le 3 février dernier. Malgré un large consensus quant à l’influence délétère des réseaux sociaux sur le bien-être psychique des jeunes gens, force est de constater que ces derniers sont de plus en plus exposés aux réseaux sociaux.
Actuellement, 35 % des jeunes âgés de 7 à 12 ans possèdent un smartphone. Ce taux atteint 89 % entre 13 et 19 ans. Les dernières études de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail et de Santé publique France font état d’un temps moyen d’écran quotidien en augmentation continue. Entre 2014 et 2016, il était estimé à 4 heures 11 par jour pour les mineurs. Une étude de l’association e‑Enfance, rendue publique fin 2023, montre que 86 % des jeunes âgés de 8 à 18 ans sont inscrits sur les réseaux sociaux. L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a signalé que 45 % des jeunes de 11 et 12 ans étaient inscrits sur l’application TikTok.
Dans le même temps, la santé mentale des jeunes s’impose comme un enjeu majeur de santé publique : sa dégradation fait figure d’inexorable fatalité. La très récente mission d’information sur la prise en charge des urgences psychiatriques, rapportée par Nicole Dubré‑Chirat et Sandrine Rousseau, a montré que la prévalence des épisodes dépressifs avait augmenté de 77 % entre 2017 et 2021 chez les 18-24 ans. Les jeunes femmes sont particulièrement touchées : les hospitalisations liées aux tentatives de suicide et aux automutilations ont progressé de 133 % depuis 2020 et de 570 % depuis 2007 chez les jeunes filles âgées de 10 à 19 ans. La consommation de médicaments psychotropes par les adolescents et les jeunes adultes a crû de près de 20 % entre 2019 et 2023 et près d’un million de jeunes âgés de 12 à 25 ans ont bénéficié du remboursement d’au moins un psychotrope en 2023.
Dans ce contexte, le réseau social TikTok incarne un paradoxe particulièrement morbide, puisqu’il confronte le public le plus vulnérable aux biais de fonctionnement les plus délétères. En effet, TikTok se distingue par une audience particulièrement juvénile, mais également par la faiblesse remarquable de la modération des contenus et, à l’inverse, par l’amplification de l’exposition aux contenus violents, à caractère sexuel et relatifs à la souffrance psychique.
Selon la commission d’enquête sénatoriale sur l’utilisation du réseau social TikTok, son exploitation des données, sa stratégie d’influence, qui a mené ses travaux en 2023, 70 % des utilisateurs français ont moins de 24 ans, et près de la moitié des 16-25 ans sont des utilisateurs quotidiens. Dernier chiffre, les enfants âgés de 4 à 18 ans consacrent en moyenne 1 heure 47 par jour à l’utilisation de TikTok : cela ne peut qu’interpeller, dans la mesure où l’application est interdite en France aux enfants âgés de moins de 13 ans.
Je vais tâcher de vous convaincre que la proposition de résolution que je défends, tendant à la création d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, est non seulement recevable, mais qu’elle est aussi opportune, sinon indispensable.
Selon l’article 6 de l’ordonnance du 17 novembre 1958 et les articles 137 à 139 du Règlement de l’Assemblée nationale, une commission d’enquête doit porter sur des faits précis ou sur la gestion d’un service public. On peut difficilement prétendre que ce n’est pas le cas ici, puisqu’il s’agit de se focaliser sur les liens existants entre le paramétrage et les usages d’un réseau social et les répercussions psychiques associées chez une catégorie spécifique d’utilisateurs : l’objet de la commission d’enquête est donc à la fois précis et circonscrit. Je détaille par ailleurs dans mon rapport les différentes hypothèses de travail que la commission d’enquête s’attachera à explorer.
En outre, une commission d’enquête ne doit pas porter sur des faits pour lesquels une procédure judiciaire est en cours. Or la société TikTok fait l’objet de poursuites judiciaires mettant en cause la responsabilité du réseau social dans la dégradation de la santé mentale de plusieurs adolescentes et le suicide de deux d’entre elles. Une action en responsabilité, encore pendante devant le tribunal judiciaire de Créteil, met en cause la société TikTok. Néanmoins, interrogé sur ce point par la Présidente de l’Assemblée nationale, conformément aux dispositions de l’article 139 du Règlement, le garde des sceaux a répondu, dans un courrier en date du 12 février dernier, qu’il n’avait pas « connaissance de procédure en cours susceptible de recouvrir le périmètre de la commission d’enquête parlementaire envisagée ». La commission devra toutefois veiller, tout au long de ses travaux, à ne pas faire porter ses investigations sur des faits relevant de la compétence exclusive de l’autorité judiciaire.
Enfin, une commission d’enquête ne doit pas porter sur un objet pour lequel les pouvoirs d’enquête reconnus aux parlementaires ont été mobilisés au cours des douze derniers mois. Depuis le début de la législature, aucune commission d’enquête n’a porté sur les effets psychologiques des réseaux sociaux, ni sur la santé mentale des mineurs. Deux commissions d’enquête en cours abordent la santé mentale des mineurs de manière indirecte : l’une porte sur les violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité, et l’autre, que je connais bien pour avoir l’honneur de la présider, étudie les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance. Toutes deux présentent un lien très indirect avec l’objet de la présente proposition de résolution.
Maintenant que nous avons traité le sujet de la recevabilité, venons-en à la question de l’opportunité d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs.
La commission d’enquête sénatoriale sur l’influence de TikTok n’a pas abordé de manière spécifique les répercussions psychologiques de ce réseau social sur les mineurs. Par ailleurs, elle a rendu ses conclusions en 2023, date relativement lointaine compte tenu de la rapidité de développement des algorithmes et de l’essor de TikTok auprès des jeunes.
La commission d’enquête s’emploiera à confirmer, ou à infirmer, les hypothèses formulées par plusieurs études, lesquelles constitueront autant d’axes de travail.
Tout d’abord, l’application propose-t-elle davantage de contenus dangereux aux individus vulnérables, comme l’affirme une étude publiée en décembre 2022 ? Comparativement à des profils standards, les utilisateurs manifestant un intérêt pour les questions de santé mentale seraient douze fois plus exposés à des vidéos traitant du suicide. L’application encourage-t-elle le passage à l’acte suicidaire et à l’automutilation, comme le dénonce un rapport d’Amnesty International de novembre 2023 ? L’application amplifie‑t‑elle la mise à disposition de contenus hypersexualisés, qui déstabiliseraient les utilisateurs les plus jeunes et favoriseraient le développement de troubles tels que la dysmorphophobie, à savoir le trouble mental qui affecte la perception de son propre corps et notamment de ses défauts, ou encore les désordres alimentaires, comme l’indique le rapport de la commission d’enquête sénatoriale ?
La présente proposition de résolution donne à la commission d’enquête l’objectif de proposer des dispositifs concrets et de grande envergure pour protéger nos jeunes. Elle aura vocation à étudier les outils de captation de l’attention utilisés par TikTok ainsi que leurs effets psychologiques, en particulier sur les mineurs ; elle examinera les risques liés à l’exposition des jeunes utilisateurs aux contenus dangereux et à l’addiction numérique sur la plateforme ; elle proposera des mesures concrètes visant à protéger les mineurs, notamment en matière de régulation des contenus, de sécurité numérique et de modération des pratiques de la plateforme.
Il me semble que ni la recevabilité ni l’opportunité de la proposition de résolution ne font débat, ce dont atteste le nombre relativement élevé d’amendements que vous avez déposés. Je vous appelle donc, mes chers collègues, à adopter cette proposition de résolution, aujourd’hui en commission et la semaine prochaine en séance publique, et à participer activement à ses travaux pour aborder, lors des auditions, l’ensemble des points qui vous intéressent.
- LA RECEVABILITÉ JURIDIQUE DE LA PROPOSITION DE RÉSOLUTION
- Est irrecevable toute proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête ayant le même objet qu’une mission effectuée dans les conditions prévues à l’article 145-1 ou qu’une commission d’enquête antérieure, avant l’expiration d’un délai de douze mois à compter du terme des travaux de l’une ou de l’autre.
- L’irrecevabilité est déclarée par le Président de l’Assemblée. En cas de doute, le Président statue après avis du Bureau de l’Assemblée.
- Le dépôt d’une proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête est notifié par le Président de l’Assemblée au garde des sceaux, ministre de la justice.
- Si le garde des sceaux fait connaître que des poursuites judiciaires sont en cours sur les faits ayant motivé le dépôt de la proposition, celle-ci ne peut être mise en discussion. Si la discussion est déjà commencée, elle est immédiatement interrompue.
- Lorsqu’une information judiciaire est ouverte après la création de la commission, le Président de l’Assemblée, saisi par le garde des sceaux, en informe le président de la commission. Celle‑ci met immédiatement fin à ses travaux.
- En premier lieu, en application de l’article 137 du Règlement, une commission d’enquête peut être créée « pour recueillir des éléments d’information soit sur des faits déterminés, soit sur la gestion des services publics ou des entreprises nationales, en vue de soumettre leurs conclusions à l’assemblée qui les a créées».
- Aux termes de l’article 138 du Règlement, il est interdit de créer une commission d’enquête qui aurait le même objet qu’une précédente commission d’enquête– ou mission d’information, lorsqu’elle s’est dotée des pouvoirs d’une commission d’enquête – avant l’expiration d’un délai de douze mois à compter du terme des travaux.
- L’article 6 de l’ordonnance précitée de 1958 dispose en outre qu’il « ne peut être créé de commission d’enquête sur des faits ayant donné lieu à des poursuites judiciaires et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours». Il s’agit là d’une exigence ferme, qui vise à garantir l’effectivité de la séparation des pouvoirs constitutionnels et à éviter tout empiètement du pouvoir politique sur le domaine judiciaire.
- L’opportunité de la création de la commission d’enquête
- Si la santé mentale des jeunes s’impose aujourd’hui comme un enjeu de santé publique incontestable, et malgré un large consensus quant à l’influence délétère des réseaux sociaux sur le bien‑être psychique des jeunes gens, force est de constater que ces derniers sont de plus en plus exposés aux réseaux sociaux et que la souffrance psychique des mineurs et jeunes adultes connaît une nette aggravation depuis quelques années. Chez les 18-24 ans, la prévalence des épisodes dépressifs est passée de 11,7 % à 20,8 % entre 2017 et 2021, soit une hausse de 77 % en quatre ans. Les jeunes femmes sont spécialement touchées : les hospitalisations liées aux gestes auto-infligés (tentatives de suicide et auto‑agressions) chez les femmes âgées de 10 à 19 ans ont progressé de 133 % depuis 2020 et de 570 % depuis 2007. Dans le même temps, la consommation de médicaments psychotropes chez les adolescents et les jeunes adultes a augmenté de façon inquiétante : en 2023, 936 000 jeunes de 12 à 25 ans ont bénéficié du remboursement d’au moins un psychotrope. Cela correspond à 144 000 patients de plus qu’en 2019, soit une augmentation de 18 %, touchant elle aussi particulièrement les jeunes femmes.
- Dans ce contexte, le réseau social TikTok incarne un paradoxe mortifère singulier puisque ce réseau social celui-ci s’avère particulièrement addictifavec un temps moyen par utilisateur passé sur la plateforme de 95 minutes (soit quatre fois plus que Snapchat et trois fois plus que Twitter) , tout en confrontant le public le plus vulnérable aux biais de fonctionnement les plus délétères des réseaux sociaux. En effet, ce paradoxe tient au fait que TikTok se distingue d’une part par une audience particulièrement juvénile, et d’autre part par la faiblesse remarquable de la modération des contenus et à l’inverse une amplification de l’exposition aux contenus violents, à caractère sexuel et relatifs à la souffrance psychique. En effet, la commission d’enquête sénatoriale précitée a permis d’établir l’enjeu de santé publique que recouvre l’utilisation du réseau social TikTok par la jeunesse. Selon le rapport, 70 % des utilisateurs français ont moins de 24 ans, et près de la moitié de la classe d’âge 16-25 ans (40 %) sont des utilisateurs quotidiens. De plus, les enfants de 4 à 18 ans consacrent en moyenne quotidiennement 1 heure 47 à l’utilisation de TikTok. Ce dernier chiffre ne peut qu’interpeller dans la mesure où l’application est interdite en France aux enfants de moins de 13 ans.
- Les premières conclusions et recommandations de cette commission d’enquête sur l’influence de TikTok, bien qu’essentielles et structurantes pour améliorer la connaissance du phénomène et permettre des avancées en la matière, n’a pas abordé de manière spécifique les répercussions psychologiques de TikTok sur les mineurs. Il semble dès lors qu’une nouvelle commission d’enquête centrée sur ce sujet permettrait d’utiles approfondissements. De plus, ses conclusions rendues en 2023 présentent d’ores et déjà une relative ancienneté par rapport à la rapidité qui caractérise l’évolution des usages numériques – notamment au sein de la jeune génération – et du rythme effréné de développement des algorithmes.
- L’exposé des motifs mentionne plusieurs études formulant diverses hypothèses qui auront vocation à structurer les axes de travail de la commission d’enquête. Ainsi, cette commission, une fois constituée, s’emploiera à recueillir les informations nécessaires et actuelles permettant d’établir – le cas échéant – la réalité des risques associés à un usage de TikTok par les mineurs, ainsi que les moyens efficaces d’y remédier.
- Le dispositif de la présente proposition de résolution souligne qu’il s’agira en outre « de proposer des dispositifs concrets et de grande envergure pour protéger nos jeunes, dans la lignée de ceux proposés par la commission du Sénat» tout en soulignant la nécessité « de se concentrer sur les effets de TikTok sur la santé des enfants et adolescents ». À cette fin, la commission d’enquête aurait notamment vocation à :
- l’amendement AS18, qui ajoute la mention d’une évaluation quantitative, par la commission d’enquête, des dispositifs de captation de l’attention utilisés par TikTok ;
- l’amendement AS8, qui illustre les effets psychologiques étudiés par la commission d’enquête par l’ajout d’une référence aux « pensées » et aux « comportements suicidaires » ;
- l’amendement AS9, qui précise que les effets psychologiques étudiés comprennent notamment les répercussions sur les « relations sociales intrafamiliales et extrafamiliales ».
Travaux de la commission
Lors de sa seconde réunion du mercredi 5 mars 2025, la commission examine la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs (n° 783) (Mme Laure Miller, rapporteure).
Mme la rapporteure. « J’ai empêché mes enfants d’aller trop sur les réseaux sociaux avant qu’ils n’aient 14 ans ou 15 ans et j’essayais de suivre ce qu’ils faisaient. Et, je pense qu’il faut en faire plus dans ce domaine. On a été un peu naïfs sur l’impact de ces outils » a déclaré Bill Gates lors d’une interview sur France Inter le 3 février dernier. Malgré un large consensus quant à l’influence délétère des réseaux sociaux sur le bien-être psychique des jeunes gens, force est de constater que ces derniers sont de plus en plus exposés aux réseaux sociaux.
Actuellement, 35 % des jeunes âgés de 7 à 12 ans possèdent un smartphone. Ce taux atteint 89 % entre 13 et 19 ans. Les dernières études de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail et de Santé publique France font état d’un temps moyen d’écran quotidien en augmentation continue. Entre 2014 et 2016, il était estimé à 4 heures 11 par jour pour les mineurs. Une étude de l’association e‑Enfance, rendue publique fin 2023, montre que 86 % des jeunes âgés de 8 à 18 ans sont inscrits sur les réseaux sociaux. L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a signalé que 45 % des jeunes de 11 et 12 ans étaient inscrits sur l’application TikTok.
Dans le même temps, la santé mentale des jeunes s’impose comme un enjeu majeur de santé publique : sa dégradation fait figure d’inexorable fatalité. La très récente mission d’information sur la prise en charge des urgences psychiatriques, rapportée par Nicole Dubré‑Chirat et Sandrine Rousseau, a montré que la prévalence des épisodes dépressifs avait augmenté de 77 % entre 2017 et 2021 chez les 18-24 ans. Les jeunes femmes sont particulièrement touchées : les hospitalisations liées aux tentatives de suicide et aux automutilations ont progressé de 133 % depuis 2020 et de 570 % depuis 2007 chez les jeunes filles âgées de 10 à 19 ans. La consommation de médicaments psychotropes par les adolescents et les jeunes adultes a crû de près de 20 % entre 2019 et 2023 et près d’un million de jeunes âgés de 12 à 25 ans ont bénéficié du remboursement d’au moins un psychotrope en 2023.
Dans ce contexte, le réseau social TikTok incarne un paradoxe particulièrement morbide, puisqu’il confronte le public le plus vulnérable aux biais de fonctionnement les plus délétères. En effet, TikTok se distingue par une audience particulièrement juvénile, mais également par la faiblesse remarquable de la modération des contenus et, à l’inverse, par l’amplification de l’exposition aux contenus violents, à caractère sexuel et relatifs à la souffrance psychique.
Selon la commission d’enquête sénatoriale sur l’utilisation du réseau social TikTok, son exploitation des données, sa stratégie d’influence, qui a mené ses travaux en 2023, 70 % des utilisateurs français ont moins de 24 ans, et près de la moitié des 16-25 ans sont des utilisateurs quotidiens. Dernier chiffre, les enfants âgés de 4 à 18 ans consacrent en moyenne 1 heure 47 par jour à l’utilisation de TikTok : cela ne peut qu’interpeller, dans la mesure où l’application est interdite en France aux enfants âgés de moins de 13 ans.
Je vais tâcher de vous convaincre que la proposition de résolution que je défends, tendant à la création d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, est non seulement recevable, mais qu’elle est aussi opportune, sinon indispensable.
Selon l’article 6 de l’ordonnance du 17 novembre 1958 et les articles 137 à 139 du Règlement de l’Assemblée nationale, une commission d’enquête doit porter sur des faits précis ou sur la gestion d’un service public. On peut difficilement prétendre que ce n’est pas le cas ici, puisqu’il s’agit de se focaliser sur les liens existants entre le paramétrage et les usages d’un réseau social et les répercussions psychiques associées chez une catégorie spécifique d’utilisateurs : l’objet de la commission d’enquête est donc à la fois précis et circonscrit. Je détaille par ailleurs dans mon rapport les différentes hypothèses de travail que la commission d’enquête s’attachera à explorer.
En outre, une commission d’enquête ne doit pas porter sur des faits pour lesquels une procédure judiciaire est en cours. Or la société TikTok fait l’objet de poursuites judiciaires mettant en cause la responsabilité du réseau social dans la dégradation de la santé mentale de plusieurs adolescentes et le suicide de deux d’entre elles. Une action en responsabilité, encore pendante devant le tribunal judiciaire de Créteil, met en cause la société TikTok. Néanmoins, interrogé sur ce point par la Présidente de l’Assemblée nationale, conformément aux dispositions de l’article 139 du Règlement, le garde des sceaux a répondu, dans un courrier en date du 12 février dernier, qu’il n’avait pas « connaissance de procédure en cours susceptible de recouvrir le périmètre de la commission d’enquête parlementaire envisagée ». La commission devra toutefois veiller, tout au long de ses travaux, à ne pas faire porter ses investigations sur des faits relevant de la compétence exclusive de l’autorité judiciaire.
Enfin, une commission d’enquête ne doit pas porter sur un objet pour lequel les pouvoirs d’enquête reconnus aux parlementaires ont été mobilisés au cours des douze derniers mois. Depuis le début de la législature, aucune commission d’enquête n’a porté sur les effets psychologiques des réseaux sociaux, ni sur la santé mentale des mineurs. Deux commissions d’enquête en cours abordent la santé mentale des mineurs de manière indirecte : l’une porte sur les violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité, et l’autre, que je connais bien pour avoir l’honneur de la présider, étudie les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance. Toutes deux présentent un lien très indirect avec l’objet de la présente proposition de résolution.
Maintenant que nous avons traité le sujet de la recevabilité, venons-en à la question de l’opportunité d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs.
La commission d’enquête sénatoriale sur l’influence de TikTok n’a pas abordé de manière spécifique les répercussions psychologiques de ce réseau social sur les mineurs. Par ailleurs, elle a rendu ses conclusions en 2023, date relativement lointaine compte tenu de la rapidité de développement des algorithmes et de l’essor de TikTok auprès des jeunes.
La commission d’enquête s’emploiera à confirmer, ou à infirmer, les hypothèses formulées par plusieurs études, lesquelles constitueront autant d’axes de travail.
Tout d’abord, l’application propose-t-elle davantage de contenus dangereux aux individus vulnérables, comme l’affirme une étude publiée en décembre 2022 ? Comparativement à des profils standards, les utilisateurs manifestant un intérêt pour les questions de santé mentale seraient douze fois plus exposés à des vidéos traitant du suicide. L’application encourage-t-elle le passage à l’acte suicidaire et à l’automutilation, comme le dénonce un rapport d’Amnesty International de novembre 2023 ? L’application amplifie‑t‑elle la mise à disposition de contenus hypersexualisés, qui déstabiliseraient les utilisateurs les plus jeunes et favoriseraient le développement de troubles tels que la dysmorphophobie, à savoir le trouble mental qui affecte la perception de son propre corps et notamment de ses défauts, ou encore les désordres alimentaires, comme l’indique le rapport de la commission d’enquête sénatoriale ?
La présente proposition de résolution donne à la commission d’enquête l’objectif de proposer des dispositifs concrets et de grande envergure pour protéger nos jeunes. Elle aura vocation à étudier les outils de captation de l’attention utilisés par TikTok ainsi que leurs effets psychologiques, en particulier sur les mineurs ; elle examinera les risques liés à l’exposition des jeunes utilisateurs aux contenus dangereux et à l’addiction numérique sur la plateforme ; elle proposera des mesures concrètes visant à protéger les mineurs, notamment en matière de régulation des contenus, de sécurité numérique et de modération des pratiques de la plateforme.
Il me semble que ni la recevabilité ni l’opportunité de la proposition de résolution ne font débat, ce dont atteste le nombre relativement élevé d’amendements que vous avez déposés. Je vous appelle donc, mes chers collègues, à adopter cette proposition de résolution, aujourd’hui en commission et la semaine prochaine en séance publique, et à participer activement à ses travaux pour aborder, lors des auditions, l’ensemble des points qui vous intéressent.
- le président Frédéric Valletoux.Nous en venons aux interventions des orateurs des groupes.
- Jean-François Rousset (EPR).Je remercie notre collègue Laure Miller de s’emparer d’un sujet essentiel pour la protection des jeunes confrontés à la violence, celui de l’impact des réseaux sociaux. La santé mentale, grande cause nationale de 2025, a connu, selon Santé publique France, une forte dégradation entre 2018 et 2022 chez les enfants âgés de 11 à 17 ans. Environ 15 % des collégiens et des lycéens présentent un risque élevé de dépression. Par ailleurs, 90 % des adolescents âgés de 12 à 17 ans déclarent posséder un téléphone mobile, selon l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse. Le temps moyen hebdomadaire passé sur internet par les 13-19 ans dépasse 15 heures.
- Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP).Le constat des effets néfastes chez les mineurs de l’utilisation prolongée et prématurée des réseaux sociaux numériques, notamment de TikTok, fait consensus et je m’en réjouis.
- Arthur Delaporte (SOC).« Popops les gars, ils sont devant, on est devant, Coco Pops ! » Vous ne rêvez pas, je viens de vous citer un extrait d’un live TikTok de Julien Tanti – 900 000 abonnés, 5 millions de « J’aime », et sans doute beaucoup, beaucoup de mineurs. À l’instant, Coco Pops et Popops viennent de donner chacun un lion, soit 500 euros, d’un claquement de doigts.
- Thibault Bazin (DR).Le groupe Droite Républicaine soutient la création de la commission d’enquête et votera la proposition de résolution. Toutefois, plusieurs procédures judiciaires étant en cours, cette commission devra s’abstenir de cibler ces affaires et se focaliser sur le fonctionnement de la plateforme et sur ses effets, notamment sur les mineurs.
- le président Frédéric Valletoux.Nous en venons aux interventions des autres députés.
- Arthur Delaporte (SOC).Il s’agit d’ajouter aux missions de la commission d’enquête celle de quantifier le nombre d’utilisateurs, notamment par tranches d’âge. Dans une classe de CM1-CM2 que j’ai visitée, près de 40 % des élèves avaient un compte TikTok. Les chiffres font l’objet de débats, et l’on ne peut pas se fier à ceux de TikTok puisque nombre de jeunes font de fausses déclarations. C’est une question importante.
- Arthur Delaporte (SOC).Il s’agit d’élargir le champ de la commission d’enquête à l’ensemble des plateformes, mais la rapporteure a déjà répondu sur ce point.
- Arthur Delaporte (SOC).Cet amendement vise à ajouter une réflexion sur les algorithmes de diffusion d’affrontement verbal de plusieurs utilisateurs, pouvant générer des gains financiers.
- Arthur Delaporte (SOC).Il est important de réfléchir, parmi les effets psychologiques de TikTok, aux pensées et comportements suicidaires.
- Arthur Delaporte (SOC).Il s’agit d’inclure dans le champ d’investigation les relations intrafamiliales et extrafamiliales. Les réseaux sociaux peuvent en effet avoir des effets désocialisants.
- Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP).Cet amendement vise à étendre le périmètre de la commission d’enquête. En effet, certains mécanismes que vous avez évoqués tels que les algorithmes de renforcement sont communs à tous les réseaux sociaux. Nous pourrons ainsi établir des comparaisons entre les différentes plateformes et mieux comprendre leurs effets spécifiques, cette construction de bulles plus ou moins parallèles dans lesquelles les mineurs vont s’enfermer.
- Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP).Dans le même esprit, il s’agit d’élargir le périmètre à tous les réseaux sous contrôle des Gafam-X que les adolescents utilisent aussi, de manière peut-être moins massive. Il faudra d’ailleurs quantifier l’usage de ces réseaux, en particulier par classe d’âge.
- Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP).Il s’agit de souligner l’importance du rôle joué par l’éducation pour sensibiliser les enfants et les jeunes aux mécanismes mis en œuvre par les acteurs du numérique qui peuvent engendrer un risque d’addiction.
- Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP).Il s’agit d’inciter la commission à analyser l’influence psychologique et idéologique de l’ensemble des réseaux sociaux, en particulier de leurs dirigeants, sur les publics les plus jeunes.
- Arthur Delaporte (SOC).Pour venir en soutien de cet amendement, si n’importe lequel d’entre nous ouvre X, l’un des quatre premiers tweets suggérés sera un tweet d’Elon Musk ; et il y a une chance sur deux pour qu’il s’agisse d’un tweet de harcèlement, raciste ou problématique. Dans le cas de cette plateforme, l’accaparement par son dirigeant est manifeste. Il est intéressant de pointer de telles logiques, même si elles n’entrent pas complètement dans le champ que vous envisagez pour la commission, car elles ont des effets sur les mineurs.
- Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP).Pour comprendre ces effets, il faut s’intéresser à la source, à la matrice de ces phénomènes, de ces bulles. Il est dommage d’exclure du périmètre de la commission les mécanismes qui conduisent précisément aux phénomènes que vous entendez documenter.
- Thierry Perez (RN).TikTok est l’une des plateformes les plus prisées par les jeunes Français. En 2023, les enfants y ont passé en moyenne 112 minutes par jour, ce qui en fait l’application la plus utilisée. Un professeur me confiait même que ses élèves de quatrième étaient nombreux à y passer plus de 4 heures par jour. Cette popularité s’accompagne de risques accrus liés à l’exposition à des contenus inappropriés ou dangereux.
- Thierry Perez (RN).En 2024, l’Italie a infligé une amende de 10 millions d’euros à TikTok pour avoir laissé prospérer des vidéos menaçant la sécurité des mineurs. Au Royaume-Uni, TikTok a été condamné à 12,7 millions de livres sterling d’amende pour des violations de la vie privée d’enfants. Le présent amendement vise à préciser que la commission d’enquête étudiera la responsabilité de TikTok dans la diffusion de contenus dangereux ainsi que la possibilité d’aggraver les sanctions en cas de manquement, surtout concernant de jeunes mineurs. L’objectif est d’inciter la plateforme à adopter des mesures plus strictes pour assurer la sécurité de ses utilisateurs les plus vulnérables.
- Arthur Delaporte (SOC).Il s’agit de préciser qu’il faudra évaluer la politique de prévention menée par le ministère de l’éducation nationale sur les dangers des réseaux sociaux et les moyens qui lui sont affectés. Dans la loi sur les influenceurs par exemple, nous avions ajouté des dispositions au code de l’éducation, s’agissant en particulier de la lutte contre le harcèlement, mais leur application est difficile. Malgré les efforts consentis, par le réseau Canopé notamment, la formation des professeurs avance lentement.
- Arthur Delaporte (SOC).Les amendements AS7 et AS24 concernent également le harcèlement scolaire et extrascolaire : cela entre donc dans le champ des travaux de la commission. L’amendement AS10 tend à évaluer l’incidence de TikTok sur la santé physique, l’AS26 concerne les conduites addictives, l’AS21 les pratiques sectaires. Si cela entre dans le périmètre de la commission, je les retire.
- Arthur Delaporte (SOC).Cet amendement vise à évaluer les effets de TikTok sur le champ politique, notamment sur les élections en France. Ils sont massifs : en Roumanie, le candidat à l’élection présidentielle Calin Georgescu atteint 45 % d’intentions de vote dans les sondages contre 5 % il y a quelques mois. Dans un rapport récent, Viginum, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, montre les logiques à l’œuvre : l’ingérence peut s’effectuer par le biais des algorithmes, par celui du recrutement de certains influenceurs, mais aussi en ciblant les mineurs pour atteindre les comportements électoraux de leurs parents.
- Arthur Delaporte (SOC).La commission ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion sur ce sujet, qui est loin d’être anecdotique. De plus, les mineurs sont des citoyens en formation ; ceux qui ont 16 ou 17 ans seront bientôt des électeurs.
- Arthur Delaporte (SOC).L’amendement AS15 précise que la commission devra « examiner la conformité au droit fiscal et social français de TikTok, notamment sa juste contribution à l’impôt ». Les problèmes de fiscalité sont réels, qu’il s’agisse d’évitement de l’impôt ou de fiscalisation des revenus des influenceurs, déclarés en dollars. L’argent non perçu pourrait d’ailleurs financer la prévention. L’intérêt d’une commission d’enquête est aussi de rendre accessibles des documents qui normalement ne le sont pas.
- Arthur Delaporte (SOC).Les mineurs sont vulnérables, et on les rend dépendants : le contrôle et la fiscalisation des sommes concernées sont donc loin d’être secondaires. De plus, la commission d’enquête dispose de pouvoirs que M. Vojetta et moi‑même n’avons pas.
- Arthur Delaporte (SOC).On trouve sur TikTok des produits et des services interdits, notamment parce qu’ils nuisent à la santé. La loi « influenceurs » proscrit par exemple la promotion des actes, procédés, techniques et méthodes à visée esthétique, mais malgré les signalements, la plateforme ne retire pas les contenus problématiques. Ses actions en la matière semblent insuffisantes. Cela affecte les mineurs, et la santé publique en général.
- Arthur Delaporte (SOC).L’amendement AS22 précise que la commission d’enquête évaluera les actions des pouvoirs publics contre les contenus problématiques.
- Arthur Delaporte (SOC).L’amendement AS11 vise à identifier les raisons pour lesquelles la Commission européenne n’a pas sanctionné TikTok, qui enfreint largement le règlement DSA, relatif à un marché unique des services numériques.