Sahara occidental : De Mistura joue sa dernière carte dans un Maghreb qui tremble

Sahara occidental : De Mistura joue sa dernière carte dans un Maghreb qui tremble

L'envoyé onusien parie sur une tournée express pour débloquer un conflit de 50 ans. Washington veut en finir. Le Sahel attend.

Le briefing de la dernière chance

Staffan de Mistura n'a pas le temps. L'envoyé personnel du Secrétaire général de l'ONU pour le Sahara occidental enchaîne les capitales — Nouakchott, et bientôt Rabat et Alger — avec une mission claire : préparer son rendez-vous avec le Conseil de sécurité en octobre prochain. Et cette fois, il ne s'agit pas d'un simple compte-rendu de routine. La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, a changé la donne. Pour la première fois, le Conseil de sécurité a entériné le plan d'autonomie marocain comme « base d'un règlement juste, durable et mutuellement acceptable ». L'Algérie a boycotté le vote. Le Maroc a triomphé. L'ONU a pivoté.

Reste à savoir si ce pivot suffira à débloquer un conflit qui résiste depuis près d'un demi-siècle.

Washington tire les ficelles

Derrière Staffan de Mistura, il y a les États-Unis. Et pas n'importe lesquels. L'administration Trump, qui avait reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara dès décembre 2020, a intensifié la pression. Massad Boulos, conseiller du président pour les affaires africaines et arabes, a mené des négociations bilatérales directes avec plusieurs dirigeants de la région à l'été 2025. Il a promis l'ouverture d'un consulat américain à Dakhla. Il a réaffirmé le soutien inconditionnel de Washington à Rabat.

Mais l'engagement américain dépasse le simple contentieux maroco-sahraoui. Steven Witkoff, envoyé spécial de Trump, a même laissé entendre qu'un « accord de paix entre le Maroc et l'Algérie pourrait être signé d'ici soixante jours ». C'est dire l'ambition : Washington ne veut pas seulement résoudre le Sahara. Il veut refermer la plaie maghrébine.

L'accord avec l'Iran et la nouvelle carte maritime

Pourquoi cette urgence soudaine ? Parce que l'administration Trump, après avoir scellé son accord avec l'Iran sur la question du détroit d'Ormuz, redessine sa stratégie maritime globale. Le canal de Suez est sécurisé. L'axe du Golfe est stabilisé. Reste à maîtriser les autres artères critiques. Et le Maghreb, avec ses 1 100 kilomètres de côtes atlantiques et ses positions méditerranéennes, est un maillon manquant.

De Dakhla à Nouadhibou, les ports de la région dominent les routes maritimes entre l'Europe, l'Afrique de l'Ouest et les Amériques. Un Maghreb stable et unifié constituerait un pivot géostratégique incontournable pour la stratégie de « libre navigation » prônée par Washington. Un Maghreb fracturé, en revanche, laisse le champ libre aux puissances rivales et aux réseaux de contrebande.

Le verrou de l'Afrique de l'Ouest

Le conflit du Sahara occidental n'est pas qu'un contentieux territorial. C'est un verrou géopolitique qui paralyse le Maroc, l'Algérie et la Mauritanie depuis des décennies. Trois pays naturellement complémentaires, trois économies qui pourraient dessiner un corridor de développement entre la Méditerranée et l'Atlantique vers l'Afrique de l'Ouest. Mais la tension bilatérale entre Rabat et Alger empêche toute stratégie commune.

La Mauritanie le sait. C'est pourquoi le Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a accueilli Staffan de Mistura au Palais présidentiel de Nouakchott avec une attention particulière. Son pays est le pont naturel entre le Maghreb et l'Afrique subsaharienne. Il a tout à gagner d'une normalisation régionale. Et il a tout à perdre d'un statu quo qui nourrit l'instabilité sahélienne à ses portes.

Le Sahel ne peut pas attendre

Car c'est là le nœud gordien : la stabilité du Maghreb et celle du Sahel sont indissociables. Les flux migratoires, les groupes armés, les réseaux de trafic ne connaissent pas de frontières. Un Maghreb apaisé constituerait un rempart contre l'expansion des menaces sahéliennes. Un Maghreb en tension, en revanche, agit comme un résonateur de l'instabilité.

Les provinces du Sahara, si elles bénéficiaient d'un cadre d'autonomie consolidé, pourraient devenir un pôle de développement pour les populations des camps de Tindouf et pour les économies transfrontalières. Le Maroc a d'ailleurs lancé un appel fraternel a l'Algérie bâtir des relations renouvelées et relancer l'Union du Maghreb ». Alger n'a pas encore répondu. Mais le message est passé.

La « troisième voie » : un espace politique nouveau

Dans ce contexte, le Mouvement Sahraoui pour la Paix (MSP) gagne en visibilité. Issu des camps, des provinces du Sud et de la diaspora, ce mouvement plaide pour une approche pragmatique : dialogue, réconciliation, compromis réaliste. Ni victoire d'un camp sur l'autre, ni confrontation sans fin. Une vision qui correspond étrangement bien à l'esprit de la résolution 2797.

La communauté internationale, consciente qu'aucune solution ne peut s'imposer sans l'adhésion des Sahraouis eux-mêmes, semble favorable à l'intégration de cette pluralité de voix dans le processus. Le monopole de la représentation politique du peuple sahraoui a conduit à l'impasse. L'élargissement du cadre pourrait en être la sortie.

Le pari de l'automne

Staffan de Mistura a jusqu'en octobre pour convaincre. Son briefing au Conseil de sécurité sera décisif. S'il parvient à esquisser une base politique commune — même minimale — il pourrait ouvrir la voie à une reprise des négociations directes. Sinon, le statu quo s'enlise, et avec lui, les espoirs de stabilité régionale.

Les conditions sont là. Les États-Unis poussent. La France et le Royaume-Uni suivent. Les pays arabes et africains se sont ralliés. Le Maroc a annoncé qu'il procéderait à l'« actualisation et à la formulation détaillée de la Proposition d'Autonomie ». L'Algérie résiste, mais elle sait aussi que l'isolement diplomatique a un prix.

Le temps est favorable. L'administration Trump veut des résultats avant la fin de son mandat. L'Europe, confrontée à l'effondrement sahélien, aspire à un Maghreb stable. L'Afrique de l'Ouest attend que ses voisins du nord se tournent enfin vers elle.

Le conflit du Sahara occidental est le verrou. Le Maghreb, le Sahel et les routes de l'Atlantique sont la récompense. Reste à savoir si les protagonistes saisiront cette fenêtre historique — ou si elle se refermera, comme tant d'autres avant elle.

Par Hamoud Ghaillani— 20 juin 2026