SAHARA OCCIDENTAL LE VETO RUSSE: UNE VICTOIRE ILLUSOIRE DU POLISARIO ET L’ÉMERGENCE D’UNE NOUVELLE PERSPECTIVE DE PAIX

SAHARA OCCIDENTAL  LE VETO RUSSE: UNE VICTOIRE ILLUSOIRE DU POLISARIO ET L’ÉMERGENCE D’UNE NOUVELLE PERSPECTIVE DE PAIX

L’autonomie sous souveraineté marocaine, le pluralisme sahraoui et le retour des réfugiés : les fondements d’un compromis historique

Par Hamoud Ghaillani

Analyste politique et géopolitique

31 octobre 2026

LA FIN D’UNE ILLUSION POLITIQUE

Le 30 octobre 2026 pourrait marquer un tournant décisif dans le conflit du Sahara occidental. En opposant son veto au projet américain, la Russie

a offert au Front Polisario une victoire diplomatique apparente, dont les conséquences pourraient néanmoins se révéler défavorables à sa stratégie.

Après trente-cinq années d’attente d’un référendum jamais organisé, ce blocage menace désormais l’existence même de la MINURSO, principal pilier du dispositif international de règlement du conflit depuis 1991.

Pourtant, derrière cette crise se dessine une perspective nouvelle : une autonomie authentique sous souveraineté marocaine, accompagnée de garanties internationales, d’une représentation sahraouie pluraliste et d’un avenir digne pour les réfugiés de Tindouf.

La question centrale est désormais de déterminer si cette crise peut ouvrir la voie à un compromis historique mettant fin à cinquante années de conflit.

LE POLISARIO : UNE VICTOIRE TACTIQUE QUI MASQUE UN REVERS STRATÉGIQUE

La satisfaction affichée par le Front Polisario après le veto russe révèle une contradiction fondamentale.

En célébrant le rejet du projet américain, le Polisario semble oublier que cet épisode a empêché le renouvellement du mandat de la MINURSO, institution constituant depuis 1991 l’un des principaux supports internationaux de sa stratégie.

Selon les résultats du vote évoqués, le projet américain aurait recueilli onze voix favorables, contre une voix négative et trois abstentions. Le contre-projet russe n’aurait obtenu que trois voix favorables. Ces chiffres restent à confirmer dans les procès-verbaux officiels.

Cette situation traduit une réalité politique : le soutien à la transformation du dispositif onusien

paraît désormais plus important que celui accordé à son maintien inchangé.

Le veto russe n’a obtenu ni référendum, ni reconnaissance de l’indépendance, ni consolidation du dispositif existant.

Dans les relations internationales, empêcher une décision ne signifie pas modifier le rapport de forces. Une victoire procédurale peut devenir une défaite stratégique lorsqu’elle fragilise les institutions sur lesquelles reposait une revendication politique.

LA FIN D’UN MODÈLE DIPLOMATIQUE DEVENU INOPÉRANT

Pendant trente-cinq ans, le Polisario a construit une partie de sa légitimité diplomatique autour d’un référendum jamais organisé.

Depuis 1991, les réalités ont profondément évolué. Le Maroc a consolidé son administration sur la majeure partie du territoire, tandis que son

initiative d’autonomie de 2007 a progressivement gagné des soutiens internationaux.

La résolution 2797 d’octobre 2025 avait déjà marqué une évolution importante en accordant une place centrale à l’initiative marocaine dans la recherche d’une solution politique.

Cette évolution invite à dépasser une conception exclusivement procédurale de l’autodétermination.

La véritable autodétermination doit également se mesurer à la capacité d’un peuple à exercer ses droits, administrer ses affaires et construire librement son avenir.

Une autonomie démocratique, négociée et assortie de garanties solides pourrait offrir un cadre concret à cet exercice.

L’AUTONOMIE SOUS SOUVERAINETÉ MAROCAINE : UNE SOLUTION RÉALISTE À

TRANSFORMER EN ACCORD HISTORIQUE

Le plan marocain d’autonomie représente aujourd’hui une base sérieuse pour rechercher une issue durable au conflit.

Sa crédibilité dépendra toutefois de la précision des institutions, des compétences et des garanties accompagnant sa mise en œuvre.

Une autonomie authentique devrait reposer sur des institutions démocratiquement élues, dotées de compétences substantielles et protégées contre toute remise en cause arbitraire.

Elle devrait garantir la gestion des affaires locales, de l’éducation, de la culture, du développement économique, de l’aménagement territorial et une participation équitable à la gestion des ressources naturelles.

La protection de l’identité hassanie, des libertés fondamentales, de l’égalité et de la participation démocratique doit constituer un engagement juridiquement opposable.

Le Maroc aurait intérêt à faire de cette autonomie un modèle régional exemplaire de démocratie, de transparence et de développement partagé.

L’autonomie ne doit pas être une concession imposée aux Sahraouis, mais un contrat politique historique entre l’État marocain et les populations concernées.

Sa légitimité dépendra de la négociation de ses modalités, de leur acceptation par les populations et de garanties institutionnelles crédibles.

LE MOUVEMENT DES SAHRAOUIS POUR LA PAIX : UNE ALTERNATIVE À LA REPRÉSENTATION EXCLUSIVE

L’une des évolutions majeures du débat international concerne la représentation politique des Sahraouis.

Pendant plusieurs décennies, le Polisario a

occupé une position centrale dans les négociations. Cette réalité historique ne saurait toutefois justifier une représentation exclusive et permanente.

Les Sahraouis des territoires administrés par le Maroc, des camps de Tindouf, de Mauritanie et de la diaspora possèdent des expériences et des aspirations diverses.

Cette diversité doit être reconnue comme une richesse politique.

Dans ce contexte, le Mouvement des Sahraouis pour la Paix (MSP) peut contribuer à une représentation pluraliste, en privilégiant la négociation, la réconciliation et les garanties concrètes.

Sa participation ne devrait pas être considérée comme une faveur diplomatique, mais comme une contribution nécessaire au pluralisme.

Le projet américain initial envisageait d’ailleurs des consultations avec un large éventail

d’interlocuteurs sahraouis, au-delà des parties traditionnellement engagées.

Le MSP pourrait contribuer aux discussions sur l’autonomie, les garanties constitutionnelles, le retour des réfugiés, la réconciliation et l’intégration des anciens combattants.

L’avenir du Sahara occidental ne peut dépendre exclusivement d’une organisation revendiquant le monopole de la représentation d’une population pourtant diverse.

LES RÉFUGIÉS DE TINDOUF : LA PRIORITÉ HUMAINE ABSOLUE

Au-delà des affrontements diplomatiques, une réalité demeure : depuis plusieurs générations, des familles sahraouies vivent dans les camps de Tindouf, attendant un règlement politique.

Leur avenir ne peut rester indéfiniment suspendu à des négociations sans résultat.

Un accord d’autonomie devrait comprendre des

engagements fondamentaux :

1. Un retour libre, volontaire et sécurisé, sans contrainte ni représailles.

2. Une amnistie encadrée, respectueuse des obligations internationales relatives aux violations graves des droits humains.

3. Un programme de logements, accompagné d’infrastructures sanitaires, éducatives et sociales.

4. Un fonds international de réinstallation et de développement, soutenu par le Maroc et ses partenaires.

5. La reconnaissance des droits civils, politiques et patrimoniaux, assortie de recours indépendants.

6. La réintégration des anciens combattants, à travers des programmes de démobilisation, de formation et d’emploi.

7. Un mécanisme international de suivi, associant les organismes compétents des

Nations unies pour garantir l’application des engagements.

Le retour volontaire, la dignité, la sécurité et la liberté des réfugiés doivent constituer le cœur humain de la future solution politique.

LE LEADERSHIP AMÉRICAIN : UNE OCCASION À NE PAS PERDRE

L’initiative américaine constitue une évolution diplomatique majeure.

Malgré l’échec du vote, la dynamique engagée par Washington ne doit pas être considérée comme interrompue.

Le soutien de onze membres du Conseil de sécurité témoigne d’une majorité favorable à cette orientation, même si un accord durable reste à construire.

Les États-Unis disposent d’une capacité diplomatique importante pour rapprocher les positions, mobiliser les financements et soutenir

des garanties internationales crédibles.

Le MSP pourrait contribuer à cette dynamique en présentant des propositions concrètes et en favorisant le dialogue entre les populations séparées par le conflit.

Le leadership américain doit transformer une majorité diplomatique en processus politique inclusif, capable de produire un accord applicable.

Un veto peut empêcher une résolution, mais ne doit pas condamner les Sahraouis à plusieurs décennies supplémentaires d’incertitude.

LE POLISARIO FACE À UN CHOIX HISTORIQUE

Le Front Polisario se trouve devant une alternative déterminante.

Il peut poursuivre une stratégie de blocage, espérant préserver le statu quo grâce aux divisions internationales, au risque de voir disparaître les mécanismes diplomatiques soutenant ses revendications.

Il peut également participer à une négociation approfondie sur une autonomie authentique sous souveraineté marocaine, assortie de garanties politiques, institutionnelles et internationales.

Cette évolution ne signifierait pas nécessairement l’effacement de son histoire, mais la transformation de son rôle dans une nouvelle architecture politique.

L’expérience internationale montre qu’une organisation issue d’un conflit peut convertir son influence militaire en représentation politique démocratique.

Cela suppose toutefois d’accepter le pluralisme et de reconnaître la diversité des opinions sahraouies.

Le MSP et les autres sensibilités doivent pouvoir participer à cette nouvelle étape sans exclusion ni monopole.

Le Polisario doit comprendre que sa légitimité

historique ne lui confère pas un droit permanent à décider seul de l’avenir de toutes les générations sahraouies.