Sahara occidental : sortir de l’impasse par le réalisme politique et l’autonomie
À mesure que les tensions internationales redessinent les priorités stratégiques des grandes puissances, le conflit du Sahara occidental se trouve pris dans une dynamique préoccupante : celle de son i

Cette dérive est particulièrement visible à travers deux lectures récentes du conflit, aussi influentes que divergentes.
D’un côté, l’approche développée par Jason D. Greenblatt envoyé de la Maison-Blanche pour le Moyen-Orient sous la première administration Trump et auteur de « In the Path of Abraham: How Donald Trump Made Peace in the Middle East » et fondateur d’Abraham Venture LLC. Qui inscrit le Front Polisario dans une grille de lecture sécuritaire globale, en l’associant à des dynamiques régionales liées à l’influence iranienne. Cette vision s’inscrit dans une tendance plus large visant à intégrer les conflits locaux dans les rivalités stratégiques internationales. Si elle permet d’attirer l’attention sur les enjeux sécuritaires du Sahel et de l’Afrique du Nord, elle comporte néanmoins un risque majeur : celui de transformer un conflit territorial en un théâtre de confrontation indirecte, au détriment de toute perspective de règlement politique.
De l’autre côté, Abdelaziz Rahabi diplomate et homme politique algérien, connu pour son rôle dans la diplomatie et les médias en Algérie propose une lecture critique de cette requalification. Selon lui, la transformation du conflit sahraoui en enjeu sécuritaire répond moins à une réalité objective qu’à une volonté de pression politique, notamment sur l’Algérie. Il met en garde contre une telle évolution, qui tend à vider la question sahraouie de sa substance juridique et diplomatique, et à l’éloigner des mécanismes de résolution encadrés par le droit international.
Entre ces deux narratifs opposés, une évidence s’impose : la poursuite de cette logique d’escalade, qu’elle soit militaire, médiatique ou diplomatique, conduit inexorablement à une impasse.
Car pendant que ces lectures s’affrontent sur la scène internationale, ce sont les populations sahraouies qui continuent de supporter le poids humain, social et économique d’un conflit figé depuis près de 50 ans. Dans les camps de réfugiés, dans les provinces sahariennes, comme au sein de la diaspora en Europe et en Afrique, une aspiration commune émerge avec de plus en plus de clarté : celle de sortir de l’impasse, de retrouver la stabilité et de construire un avenir fondé sur la paix et la prospérité.
Face à cette réalité, l’heure n’est plus aux postures idéologiques, mais au réalisme politique.
L’autonomie : une solution crédible, soutenue et évolutive
Dans ce contexte, la proposition d’autonomie apparaît aujourd’hui comme l’option la plus réaliste et pragmatique. Elle offre un cadre politique permettant de concilier plusieurs exigences fondamentales : la stabilité régionale, la reconnaissance des spécificités sahraouies et la mise en place d’une gouvernance locale démocratique.
Cette approche s’inscrit dans la dynamique impulsée par le Conseil de sécurité des Nations unies, notamment à travers la résolution 2797, qui appelle à une solution politique « réaliste, pragmatique, durable et fondée sur le compromis ». Ce positionnement reflète une évolution claire de la communauté internationale : sortir des approches maximalistes pour privilégier des solutions applicables et négociées.
L’autonomie permet précisément cela : dépasser la logique du blocage pour entrer dans une dynamique de construction politique progressive.
Les Sahraouis au cœur de la solution
Aucune solution ne peut être viable sans l’adhésion des populations concernées. Or, un changement profond est en cours : l’émergence de voix sahraouies indépendantes, issues des territoires, des camps de réfugiés et de la diaspora.
Parmi elles, le Mouvement Sahraoui pour la Paix (MSP) incarne une alternative crédible. Il porte une vision fondée sur la réconciliation, le dialogue et le dépassement des clivages historiques. Il traduit surtout une réalité souvent sous-estimée : une majorité de Sahraouis aspire aujourd’hui à une solution politique négociée, loin des logiques de confrontation permanente.
Ces voix doivent être pleinement intégrées au processus politique. Les ignorer reviendrait à prolonger artificiellement un statu quo devenu insoutenable.
Sortir du cycle de l’impasse
Le maintien du statu quo nourrit la frustration, fragilise les équilibres sociaux et ouvre la voie à des risques de radicalisation ou d’instrumentalisation par des acteurs extérieurs. En d’autres termes, l’absence de solution alimente elle-même l’instabilité.
À l’inverse, une approche fondée sur l’autonomie, combinée à une inclusion réelle des différentes composantes sahraouies, peut créer les conditions d’une paix durable et d’un développement partagé.
Il ne s’agit pas d’imposer une solution, mais de construire un compromis réaliste, acceptable et porteur d’avenir.
Une responsabilité historique
Aujourd’hui, les acteurs du conflit font face à un choix décisif : persister dans une logique de confrontation ou engager une dynamique de résolution.
Le courage politique ne réside plus dans la rigidité des positions, mais dans la capacité à construire des passerelles.
Donner la parole aux Sahraouis, reconnaître la pluralité de leurs aspirations et s’inscrire dans une logique de compromis ne sont plus des options — ce sont des nécessités.
Le conflit du Sahara occidental a trop duré.
Et dans un monde en recomposition, la paix ne viendra ni des rivalités d’influence, ni des requalifications stratégiques, mais d’une volonté politique claire, ancrée dans le réel.
Il est temps de dépasser les narratifs. Il est temps d’agir. Il est temps d’oser la paix.
Par Hamoud Ghaillani