SONKO A UTILISE DES FONDS DESTINES A LA CASAMANCE : 3.700.000.000 dépensés, non justifiés

SONKO A UTILISE DES FONDS DESTINES A LA CASAMANCE : 3.700.000.000 dépensés, non justifiés

Ce Mardi 18 Août 2026, Mme Aminata TOURE a tenu une conférence de presse pour apporter des clarifications sur les derniers développements de l’actualité notamment sur les propositions de lois de l’Assemblée Nationale sur la déclaration de patrimoine et sur les fonds spéciaux.

Dans une sortie consacrée aux questions de transparence, de gestion des fonds spéciaux et aux rapports entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le Premier ministre Ousmane Sonko, Aminata Touré, ancienne Première ministre, entend apporter sa part de vérité. Elle revient notamment sur la déclaration de patrimoine du chef de l’État, le compte Jaam destiné à la Casamance, mais aussi sur le dossier du Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Pour Aminata Touré, le débat sur la déclaration de patrimoine ne devrait souffrir d’aucune ambiguïté. Elle rappelle que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, « a déclaré et publié son patrimoine ». Selon elle, ce document est accessible aux Sénégalais ayant le niveau du certificat de fin d’études élémentaires (CFEE). Elle estime par ailleurs que le chef de l’État a sensiblement amélioré la proposition des députés, qui, dans leur démarche initiale, n’avaient pas inclus le président de l’Assemblée nationale et le Premier ministre dans les personnes concernées.

Une avancée que, selon elle, les députés de Pastef évitent de mettre en avant.

L’ancienne Première ministre affirme également que Bassirou Diomaye Faye devra effectuer une déclaration de patrimoine à la fin de son mandat. « Le Président de la République fera sa déclaration de patrimoine de sortie en 2034. C’est notre souhait, nous de Kiiraay. Il n’y a aucun débat là-dessus », soutient-elle.

Aminata Touré rappelle également que le chef de l’État avait proposé de faire de la déclaration de patrimoine une condition pour être candidat à l’élection présidentielle.

« Il faut consolider les changements par référendum »

Sur les réformes institutionnelles, Aminata Touré estime que les différentes modifications législatives ne devraient pas se multiplier sans que le peuple soit appelé à se prononcer. « Les lois votées feront l’objet d’une consultation référendaire, car on ne peut pas voter des lois qui changent la Constitution tous les deux jours », déclare-t-elle.

À ses yeux, il faut désormais consolider ces changements et solliciter directement l’avis des Sénégalais à travers un référendum.

L’ancienne cheffe du gouvernement s’attaque ensuite au discours sur la transparence porté par le président de l’Assemblée nationale, notamment concernant les fonds spéciaux et le compte Jaam destiné à la Casamance.

« Les leçons de transparence que veut donner le président de l’Assemblée nationale, parlons-en », lance-t-elle, avant de rappeler qu’elle a elle-même eu à gérer le Fonds Jaam pour la Casamance. Selon elle, ce fonds fonctionne conformément à des règles fixées par décret. « Je m’en vais vous lire le décret en question », annonce-t-elle.

Sonko accusé de contradiction sur les fonds spéciaux

Aminata Touré porte ensuite ses critiques sur Ousmane Sonko. Elle affirme que l’actuel Premier ministre, après avoir menacé de porter plainte contre toute personne affirmant qu’il gérait des fonds secrets, aurait finalement reconnu en avoir géré après avoir été écarté de la Primature.

Elle conteste également les montants avancés au fil du temps. Selon elle, Ousmane Sonko aurait évoqué un montant de deux milliards de francs CFA en 2025, avant d’annoncer en 2026 un montant de 1,7 milliard de francs CFA, montant qui aurait encore évolué dans ses déclarations récentes.

Le point qu’elle juge le plus préoccupant concerne l’utilisation qui aurait été faite de ces ressources. « Ousmane Sonko déclare qu’il a acheté des véhicules et réfectionné le building avec ces fonds du compte Jaam qu’il gère à la Primature », affirme-t-elle.

Pour Aminata Touré, une telle utilisation constituerait un détournement de l’objectif initial du fonds et relèverait d’un problème de gouvernance. Elle s’interroge : « Qu’est-ce que cela a à voir avec la paix en Casamance ? »

Elle cite, à titre d’exemple, la situation des engins de déminage issus de la coopération japonaise et qui seraient bloqués à Ziguinchor faute de moyens pour les acheminer vers les zones concernées. « Voilà le type de dépense qui aurait dû concerner le compte Jaam », estime-t-elle, rappelant l’importance des besoins liés au déminage en Casamance.

« Sonko a lui-même bénéficié de fonds spéciaux »

L’ancienne Première ministre affirme par ailleurs que le Premier ministre, qui critique aujourd’hui les fonds spéciaux du président de la République, aurait lui-même bénéficié de dotations provenant de ces mêmes fonds.

« Il en a bénéficié ni une fois, ni deux fois, ni trois fois et pour des montants importants », affirme-t-elle, assurant que ces dotations lui auraient été accordées sur demande.

Aminata Touré dénonce ainsi ce qu’elle considère comme un décalage entre le discours public d’Ousmane Sonko et ses actes. « Le problème, c’est qu’entre ce que Ousmane Sonko dit dans un but de manipulation et ce que Ousmane Sonko fait, c’est comme le jour et la nuit », martèle-t-elle.

Elle assure désormais vouloir répondre systématiquement à ce qu’elle considère comme des tentatives de manipulation de l’opinion. Selon elle, le souci de préserver une posture républicaine ne doit pas conduire à laisser prospérer des accusations susceptibles d’alimenter une crise institutionnelle.

Le dossier du CESE au cœur du différend

Aminata Touré revient également sur les accusations relatives à sa gestion du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Ousmane Sonko affirme avoir transmis le dossier à la Justice. Une démarche qu’il aurait déjà annoncée lors d’un « Téra meeting », il y a plus d’un an.

L’ancienne présidente du CESE dit attendre sereinement les conclusions de la Justice. Elle estime cependant que l’intérêt porté à sa gestion est sélectif, rappelant qu’elle a succédé à Aminata Tall et qu’Idrissa Seck lui a succédé à la tête de l’institution.

« Il n’est pas intéressé par la gestion de Aminata Tall à qui j’ai succédé, ni par celle de Idrissa Seck qui m’a remplacée, mais juste par la gestion de Aminata Touré », déplore-t-elle.

Elle rappelle également son soutien à Ousmane Sonko lorsqu’il faisait face à des difficultés judiciaires et politiques. Selon elle, Sonko avait même appelé ses députés à la défendre à l’Assemblée nationale. Elle évoque également des échanges téléphoniques avec lui alors qu’il était en prison.

Mais, selon Aminata Touré, la rupture est intervenue lorsqu’elle s’est opposée au report de l’élection présidentielle. « Tout s’est gâté quand je suis restée inflexible sur la question du report », affirme-t-elle, estimant que plusieurs témoins de cette période sont encore vivants et pourraient, le moment venu, apporter leur témoignage.

« Macky Sall n’a rien pu faire contre moi »

Aminata Touré rappelle avoir elle-même demandé à l’ancien président Macky Sall l’organisation d’une audition publique sur le CESE. Selon elle, faute d’éléments à charge, l’ancien chef de l’État n’avait pas pu engager de poursuites contre elle.

« Lui, Sonko, souhaite réussir là où Macky n’a pu rien faire », estime-t-elle. Elle dit donc attendre les conclusions de la Justice, tout en rejetant toute tentative visant, selon elle, à l’écarter politiquement sans éléments tangibles.

L’ancienne Première ministre invite également la Justice à s’intéresser à la gestion du compte Jaam si les déclarations attribuées à Ousmane Sonko sur l’utilisation de ces fonds pour l’achat de véhicules et la réfection du building sont confirmées.

Elle qualifie cette situation de « véritable scandale de mal-gouvernance ».

« Nous ne laisserons plus tromper l’opinion »

Aminata Touré conclut en appelant à mettre fin à ce qu’elle décrit comme une campagne de « manipulation et de désinformation » dont Ousmane Sonko serait devenu, selon elle, le principal acteur.

Elle promet désormais de porter à la connaissance des Sénégalais ce qu’elle considère comme « la véritable information », chaque fois que le Premier ministre tentera, selon elle, de manipuler l’opinion à travers « des moitiés et des quarts de vérités » ou des omissions volontaires.

Elle cite notamment le soutien qu’aurait régulièrement apporté le président Bassirou Diomaye Faye à Ousmane Sonko à partir de fonds sociaux, un soutien que ce dernier dénoncerait aujourd’hui après son départ de la Primature.

À travers cette nouvelle sortie, Aminata Touré entend donc replacer le débat sur les fonds spéciaux, la transparence et la gestion publique sur le terrain des faits et des responsabilités, tout en durcissant son discours à l’égard de son ancien allié politique. Cheikh GUEYE