Une politique globale antidrone : la réponse de l’UE face aux drones malveillants

Le potentiel destructeur des drones imprime plus que jamais les imaginaires à l’heure où leur utilisation dans les conflits armés est largement couverte dans les médias. La dimension « double usage » de ces appareils est largement connue, même si les drones ont été développés et déployés par les militaires bien avant que les usages civils ne fassent objet de commercialisation sous diverses formes. Qu’ils soient originellement civils ou militaires, les drones se sont imposés comme un outil de guerre important. En attestent leur usage dans la guerre à Gaza entre Israël et le Hamasou encore dans la guerre menée en Ukraine par la Russie. Ce qui retient particulièrement l’attention, c’est la facilité avec laquelle des drones civils ont pu être modifiés en « robots volants » et militarisés pour devenir des armes de guerre opérées par les combattants tant civils que militaires. Cette dimension inquiète considérant l’évolution rapide et la large diffusion de la technologie.
En Europe, au cours des dernières années, les drones ont alimenté des scénarios catastrophes qui heureusement ne se sont pas produits. Cependant, on se souvient de quelques incidents notoires. On pense à celui du drone piloté par un membre du groupe activiste Pirate Party qui s’était approché de manière inquiétante de la chancelière allemande, Angela Merkel, pendant sa campagne électorale en 2013. En 2015, en France, des drones ont aussi survolé des lieux sensibles à Paris, comme les sites de l’ambassade des États-Unis et de la tour Eiffel. Au Royaume, entre les 19 et 21 décembre 2018, une centaine de drones a survolé l’aéroport de Gatwick au Royaume-Uni, forçant l’annulation de plus de mille vols, affectant plus de 140 000 passagers et obligeant pour la première fois pour ce motif la fermeture d’un aéroport d’importance, le deuxième du pays. Ces incidents ont nourri les craintes d’un usage malveillant des drones, notamment à des fins terroristes. Des doutes persistent quant à savoir si les pays européens sont dès à présent en mesure de faire face à ce type de menace.
Face à la multiplication des incidents impliquant des drones, la Commission européenne a proposé de soutenir les États membres avec une série d’initiatives, incluse dans le nouveau Paquet antidrone. Proposé le 18 octobre 2023, il jette les bases d’une politique globale de l’Union européenne (UE) pour contrer les mésusages des drones. Pourquoi la Commission européenne a-t-elle fait cette proposition ? Comment en est-elle arrivée à prendre cette initiative ? Que contient ce Paquet et quelle est sa portée ? Autant de questions auxquelles cet Éclairage du GRIP souhaite répondre.
Le texte procède en deux étapes. La première présente la politique pour les drones civils en Europe de la première stratégie en 2014 à la seconde en 2022 qui a annoncé le Paquet antidrone. La seconde étape expose les points saillants des nouvelles mesures prises qui comprennent une communication politique et deux manuels techniques. En guise de conclusion, nous évaluerons ce que ces initiatives traduisent quant au le rôle de la Commission européenne dans ce secteur et au positionnement de l’UE face à cet enjeu en plein essor.
- La politique européenne pour les drones : d’une stratégie pour l’aviation civile à une approche globale en faveur des synergies civiles et militaires
- Un premier cadre européen antidrone : vers l’harmonisation des bonnes pratiques et de la communication
- Favoriser le partage d’informations et de bonnes pratiques via notamment la constitution d’un groupe d’experts antidrones de la Commission européenne afin de fournir des conseils sur le plan stratégique, de tenir des réunions d’experts sur les solutions et politiques et des réunions classifiées entre les États membres pour l’échange des leçons tirées lors d’incidents ;
- Fournir des conseils et guider les États membres dans leurs besoins opérationnels via le groupe d’experts du Centre commun de recherche (JRC) de la Commission européenne, avec l’intention de développer une méthode d’essai harmonisée pour les systèmes antidrones.
- Contribuer à la préparation opérationnelle des États, en proposant des mécanismes et des procédures pour la réponse aux incidents, comme avec le guide de l’AESA et les deux manuels élaborés par le JRC, inclus dans le Paquet antidrone. L’UE soutient aussi des initiatives dans le domaine de la formation et des exercices communs pour les premiers intervenants.
- Soutenir la recherche et l’innovation dans ce domaine avec la poursuite du financement de projets dans le cadre du programme Horizon Europe, du Fonds européen de défense, du programme de l’UE pour l’innovation dans le domaine de la défense (EUDIS) et du projet Drone C-UAS du JRC, qui doit mettre en place un laboratoire et éventuellement un centre d’excellence de la lutte antidrone, permettant d’étudier les technologies antidrones et de les utiliser dans des conditions réelles.
- Poursuivre le soutien financier aux activités liées à la lutte antidrone, entre autres avec le Fonds de l’UE pour la sécurité intérieure, qui lancera un nouvel appel à propositions pour le développement de solutions.
- Recenser les besoins, identifier les législations et les procédures nationales, et évaluer les risques pour la sécurité aérienne en vue d’élaborer des mesures réglementaires si nécessaire, considérant l’absence de réglementation et de cadre commun en matière de lutte antidrone.