Le Focus Sahel Plus revient sur ce que révèle la visite à Bamako de Nick Checker, chef du Bureau des affaires africaines au département d’État américain.
La visite à Bamako de Nick Checker, chef du Bureau des affaires africaines au département d’État américain, marque un tournant discret mais significatif : Washington revient au Sahel, mais avec une stratégie profondément remodelée. Après plusieurs années de froid diplomatique, les États-Unis adoptent désormais une approche plus pragmatique, moins idéologique et clairement axée sur leurs intérêts.
Un réengagement pragmatique avec les autorités maliennes
Reçu par le président de la transition, le général Assimi Goïta, Nick Checker reconnaît dans les faits que désormais, ce sont les militaires qui dirigent le Mali (depuis 2021), et que c’est avec eux que Washington doit discuter.
Cette visite amorce un réengagement discret, dans un contexte de compétition accrue avec la Russie.
Le discours de Checker insiste sur le « respect de la souveraineté du Mali ». Cette formule tranche avec l’approche occidentale classique fondée sur la conditionnalité démocratique.
La démocratie est « appréciée », dit encore Nick Checker, mais elle n’est plus un critère de rupture. Cette ligne inquiète des défenseurs des droits humains comme l’avocat Reed Brody, pour qui Washington renonce à défendre clairement les principes démocratiques.
Une stratégie américaine repensée : commerce, sécurité et realpolitik
Ce déplacement illustre une réorientation plus large de la politique américaine au Sahel. Trois axes structurent désormais ce repositionnement :
- Une diplomatie transactionnelle, centrée sur le commerce et surtout les minerais stratégiques.
- Un recentrage sécuritaire, avec un retrait progressif des bases militaires permanentes au profit d’une présence flexible, mobile et ponctuelle.
- Un désengagement de l’aide humanitaire, remplacée par des partenariats ciblés liés à la sécurité ou aux ressources.
Dans cette logique, l’Afrique n’est plus un terrain d’ingénierie démocratique, mais un espace d’intérêts concrets. Comme l’ont montré les exigences américaines en RDC autour des minerais stratégiques, Washington assume désormais une forme de realpolitik centrée sur l’accès aux ressources et la rivalité avec Moscou et Pékin.
Une nouvelle forme de partenariat, donc, expurgée des exigences sur les droits humains ou la démocratie et qui renonce à de grands pans de l’aide aux populations.

Néanmoins, Gnaka Lagoke estime que les dirigeants américains et de l’AES espèrent y trouver leur compte. Il est maître de Conferences en Histoire et Etudes panafricaines à la Lincoln University en Pennsylvanie:
« Il faut apprécier le fait que l’Amérique donne une possibilité de négociation, de discussion au pays de l’AES que la France et l’Union européenne ont voulu présenter comme des parias. Donc, ça, c’est le premier avantage. Le deuxième avantage c’est que, que ce soit dans le débat entre l’Occident et les pays des Brics, cela donne toujours la possibilité du choix aux pays africains. Et donc les États-Unis, naturellement, voudraient profiter de la tension qui existe avec les pays de l’Union européenne pour pouvoir poursuivre leurs intérêts particuliers et donc cela pourrait, profiter aux pays de l’AES, si les gens savent bien négocier, dans la mesure où un des éléments assez importants dans le discours américain, c’est le respect de la souveraineté du Mali et des pays de l’AES. »

