Sur le terrain militaire, la situation se dégrade, tandis que des fractures au sein des forces de sécurité se creusent. Un état de fait qui préoccupe grandement N’Djamena ainsi que les chancelleries occidentales.
Le pouvoir tchadien est en état de vigilance accrue. Le 5 décembre, la Direction générale des services de sécurité des institutions de l’État (DGSSIE), dirigée par le général Tahir Erda Tahiro, a diffusé une note interne faisant état de la multiplication des demandes de déplacements à l’étranger formulées par des généraux et des officiers supérieurs. Consulté par Africa Intelligence, le document recommande de “suspendre”, voire de “limiter” ces autorisations, les autorités redoutant que ces voyages ne puissent servir de cadre à des activités jugées factieuses.
Dans ce climat de méfiance, les tensions au sommet de l’appareil sécuritaire se sont accentuées. Fin décembre, un ordre prévoyant le transfert de matériel militaire de la DGSSIE vers la Force d’intervention rapide (FIR) a provoqué une nouvelle confrontation entre les généraux Tahir Erda Tahiro et Ousman Adam Dicki. Ancien directeur général des douanes entre 2018 et 2019, ce dernier a connu une ascension rapide dans le sillage de Mahamat Idriss Déby, dit “Kaka”.
La création de la FIR répond à la volonté du chef de l’État de se doter d’une unité capable de contrebalancer la DGSSIE, héritière de l’ancienne garde de son prédécesseur Idriss Déby, dont il ne peut se départir mais dont il cherche à réduire l’influence. À terme, cette force devrait disposer de structures de commandement et de moyens budgétaires comparables.
Menace d’une reprise des hostilités
Ces rivalités internes se déploient dans un contexte sécuritaire de plus en plus dégradé. Dans la nuit du 25 décembre 2025, une attaque non revendiquée menée à l’aide d’un drone contre un camp militaire à Tiné, près de la frontière soudanaise, a fait deux morts et un blessé. Quelques jours plus tôt, dans le nord du pays, la milice d’autodéfense du Comité populaire pour la défense du Tibesti (CPDT) avait publiquement sommé l’armée tchadienne de se retirer de la région, accusant les forces régulières de répression et de pillage, dans cette zone montagneuse difficile d’accès mais riche en or et en terres rares. Le CPDT avait aussi brandi la menace d’une reprise des hostilités. Ces incidents ont contribué à alimenter les tensions au sommet de l’État et à inquiéter les chancelleries occidentales.
L’appareil sécuritaire a également été bouleversé par la montée en puissance et la récente reconfiguration de l’Agence nationale de sécurité informatique et de certification électronique (Ansice), chargée de la surveillance numérique. Des divergences sont apparues entre le directeur général de l’Agence nationale de sécurité de l’État (Anse), Ismaël Souleymane Lony, et son ancien adjoint, Goudja Gueillet Hemchi, récemment nommé à la tête de l’Ansice. Cette dernière, en cours de restructuration après une augmentation de son budget, tend à gagner en autonomie et pourrait empiéter sur les prérogatives jusque-là dévolues à l’Anse et à la DGSSIE dans le domaine du renseignement numérique.
Peu après ces changements, une série de documents confidentiels révélant l’identité de sources travaillant pour l’Anse avait circulé sur les réseaux sociaux, portant atteinte à l’image et à l’autorité d’Ismaël Souleymane Lony. Signe de la préoccupation de N’Djamena, un communiqué a été publié par la présidence quelques jours plus tard. Il dénonçait des manœuvres de déstabilisation liées à la diffusion d’informations “fallacieuses” sur les institutions et les personnalités civiles et militaires, les qualifiant d’atteinte à la stabilité de l’État.
Article – frica Intelligence.

