janvier 16, 2026
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Négociations sur le Sahara occidental : entre sagesse politique et pression du réel, l’heure du compromis a-t-elle enfin sonné ?

Le récent dévoilement de la composition de l’équipe de négociation du Front Polisario constitue un signal politique fort. Il traduit la volonté manifeste de reprendre directement la main sur le processus diplomatique et de rompre avec une logique longtemps figée, dominée par le principe du « tout ou rien ». Cette inflexion intervient dans un contexte régional et international marqué par des mutations rapides, où la lucidité, le pragmatisme et le sens politique ne sont plus des options, mais des impératifs.

Un processus relancé dans un rapport de force asymétrique
Ce nouveau cycle de négociations s’ouvre toutefois sur une réalité profondément déséquilibrée. Le Maroc aborde les discussions en contrôlant près de 80 % du territoire du Sahara occidental, fort d’une supériorité militaire et technologique manifeste, mais aussi d’un réseau solide de soutiens diplomatiques. Plusieurs puissances influentes ont, de manière explicite, exprimé leur appui à la proposition marocaine d’autonomie comme base réaliste de règlement du conflit.
Face à cette dynamique, le Front Polisario continue de défendre la tenue d’un référendum d’autodétermination, en s’appuyant sur les résolutions onusiennes. Il invoque notamment la résolution 2797 du Conseil de sécurité, laquelle stipule que toute solution politique doit être acceptée par les deux parties. Toutefois, aussi centrale soit-elle sur les plans juridique et politique, cette référence demeure d’une portée opérationnelle limitée si elle n’est pas accompagnée d’une vision crédible, réaliste et applicable, intégrant les rapports de force actuels ainsi que l’évolution des positions internationales. En l’absence d’un tel ajustement stratégique, l’attachement à des formules maximalistes tend moins à rapprocher les parties d’un règlement qu’à prolonger une impasse déjà largement éprouvée.
L’épuisement des logiques maximalistes
C’est précisément dans ce contexte que s’impose la nécessité d’une sagesse politique authentique. Les stratégies fondées sur l’escalade, la confrontation armée et l’illusion d’un basculement décisif ont montré leurs limites. Près de cinq décennies d’expérience ont démontré, sans ambiguïté, que l’enfermement dans des positions maximalistes n’a produit qu’un allongement de la souffrance humaine, la perpétuation du drame des camps de réfugiés et la dispersion du peuple sahraoui entre l’exil, la diaspora et des terres d’accueil lointaines.
Réorienter la boussole vers une politique du possible et du réel ne saurait être interprété comme un renoncement à la dignité ou aux droits. Il s’agit, au contraire, d’une condition essentielle pour préserver ce qui doit demeurer la priorité absolue : l’être humain sahraoui.
L’humain au cœur de l’équation sahraouie
Où qu’ils se trouvent — dans les camps, la diaspora ou sur le territoire du Sahara —, ce sont les Sahraouis qui paient le prix le plus lourd de la prolongation du conflit, tandis que les équilibres géopolitiques régionaux et internationaux évoluent rapidement, souvent sans eux. Le temps long du conflit contraste désormais avec la vitesse des recompositions stratégiques, accentuant le risque d’un décrochage durable entre les aspirations sahraouies et les réalités du monde.
Dans ce contexte, une partie croissante de la société sahraouie exprime une fatigue profonde face à l’attente prolongée et à l’absence de perspectives tangibles.
Une troisième voix sahraouie en quête de solution
C’est dans cet espace que le Mouvement des Sahraouis pour la Paix s’impose progressivement comme une voix alternative, responsable et pragmatique. Il se présente comme l’expression d’une composante sahraouie plurielle, lassée de l’impasse et convaincue que la sortie du tunnel du refuge, de la fragmentation politique et de l’isolement diplomatique ne peut passer que par des solutions constructives, acceptables et applicables.
Cette approche ne nie pas les droits historiques ou politiques, mais cherche à les traduire en résultats concrets, dans un cadre réaliste ouvrant la voie à la stabilité, au développement et au retour à une vie normale. Elle s’inscrit dans une logique de dépassement des postures idéologiques au profit d’une culture du compromis.
Le consensus international comme horizon réaliste
Contrairement aux discours de rupture, le consensus, lorsqu’il est intelligemment construit, n’est ni une illusion ni une chimère. Le Conseil de sécurité, tout comme les puissances influentes — au premier rang desquelles les États-Unis —, ne recherchent pas la victoire d’une partie sur l’autre, mais l’émergence d’une solution définitive et durable, capable de mettre un terme à un conflit qui a épuisé l’ensemble de la région, tant sur le plan politique qu’humain.
Un tel consensus suppose toutefois un véritable courage politique, ainsi que la capacité de reconnaître que certains slogans, aussi mobilisateurs aient-ils été par le passé, ne correspondent plus aux équilibres d’un monde régi par les intérêts, les rapports de force et les réalités géopolitiques.
Une responsabilité historique
Les négociations à venir constituent, à cet égard, un moment de vérité. Elles peuvent soit prolonger un cycle stérile, sans horizon concret, soit ouvrir une nouvelle page fondée sur la sagesse, le réalisme et la primauté de l’intérêt de l’homme sahraoui sur les calculs idéologiques étroits.
Car l’histoire ne pardonne pas les occasions manquées. Et ce moment pourrait bien représenter l’une des dernières opportunités sérieuses de mettre un terme à un conflit dont, après près d’un demi-siècle, plus personne ne sort véritablement gagnant.

Hamoud Ghaillani

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