janvier 22, 2026
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Politique

Allocution de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors de la conférence de presse sur le bilan de l’activité diplomatique russe en 2025.

Chers collègues, bonjour,

Nous sommes heureux de vous accueillir à la conférence de presse traditionnelle que nous organisons à l’issue de chaque année, surtout d’une année aussi chargée que 2025. Tout le monde aura plaisir à échanger. Les trois premières semaines de 2026 battent tous les records en termes d’impressions laissées par 2025.

Je tiens à vous souhaiter une bonne année et un joyeux Noël et à vous exprimer mes vœux sincères de santé, de succès professionnels et personnels.

Lors de la grande conférence de presse du 19 décembre 2025, le Président russe Vladimir Poutine s’est longuement attardé sur la politique internationale, ainsi que sur les objectifs de politique intérieure de la Fédération de Russie.

Le 15 janvier 2025, lors de la cérémonie de remise des lettres de créance au Kremlin, le Président Vladimir Poutine a consacré, pour des raisons évidentes, son attention principalement aux affaires internationales.

J’ai déjà mentionné à quel point l’année en cours a commencé de manière mouvementée. Nous avons été témoins d’événements sans précédent: l’invasion armée grossière du Venezuela par les États-Unis, faisant des dizaines de morts et de blessés, la capture du président légitime du Venezuela Nicolas Maduro et de son épouse. Parallèlement à ces actions, nous observons des menaces adressées à Cuba et à d’autres pays de la région d’Amérique latine et des Caraïbes.

Les tentatives déclarées et flagrantes de forces extérieures de déstabiliser la situation politique en Iran suscitent une profonde inquiétude. En particulier, une figure contemporaine comme la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Kaja Kallas a récemment déclaré qu’en soutenant les protestations, la communauté internationale, visiblement représentée par l’Union européenne, chercherait un changement de régime dans ce pays. Sans parler de la volonté de la plupart des pays occidentaux de continuer à utiliser le régime de Kiev pour une confrontation armée avec la Russie. L’objectif de nous infliger une « défaite stratégique » n’est plus aussi souvent évoqué, mais selon tous les signes, il demeure dans les esprits et les plans, notamment des dirigeants européens.

Que penser des réflexions du Chancelier fédéral allemand Friedrich Merz selon lesquelles l’armée allemande doit redevenir la plus forte d’Europe? Il a également déclaré qu’il ne fallait pas permettre à la Russie d' »obtenir gain de cause » en Ukraine, car cela équivaudrait à apaiser Adolf Hitler. Que pensez-vous de cette déclaration? Peu y ont prêté attention, mais cela aurait valu la peine.

Nous nous souvenons bien et ne devons pas oublier où a conduit à plusieurs reprises dans l’histoire une telle suffisance des autorités allemandes. En parlant de la Seconde Guerre mondiale, pour des raisons évidentes nous ne pouvons pas ne pas y penser, je voudrais noter qu’au Japon, les discussions sur la modification de la Constitution se sont intensifiées, concernant non seulement le renforcement du potentiel militaire offensif de l’armée, mais aussi la révision du statut non nucléaire de ce pays. Cela se dit désormais ouvertement.

Il est évident que nous observons des changements profonds concernant l’ensemble de l’ordre mondial. Il est à noter que l’Occident, qui ces dix dernières années a activement opposé au droit international dans sa lecture initiale et fondamentale sa propre conception d’un « ordre mondial fondé sur des règles », n’utilise plus ce terme désormais.

Tous les pays d’Europe occidentale tentent de comprendre ce qui se passe dans le monde dans le contexte de la ligne annoncée et menée par le Président américain Donald Trump, qui s’inscrit dans l' »ordre mondial fondé sur des règles ». Seulement, les « règles » ne sont plus écrites par l’Occident collectif, mais par un seul de ses représentants. Pour l’Europe, c’est un choc extrêmement fort. Nous observons cela.

Il est clair que ce qui se passe et les actions annoncées par le Président américain Donald Trump sur la scène internationale reflètent une lutte concurrentielle. Nous avons parlé à plusieurs reprises des dernières tendances du développement économique mondial. La Chine, sur la base des règles que l’Occident, mené par les États-Unis, avait posées à la base du modèle de mondialisation promu jusqu’à récemment partout, a battu ses concurrents occidentaux dans le commerce, l’économie, les investissements et les projets d’infrastructure. Les indicateurs économiques et financiers du développement de la République populaire de Chine parlent d’eux-mêmes.

Nous voyons comment on tente de lutter contre cette situation par des sanctions, des tarifs, des droits de douane. Les États-Unis veulent négocier, mais pour l’instant tout cela se fait en l’absence de tout critère commun qui, jusqu’à récemment, constituait le fondement des activités du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC. Toutes ces règles sur lesquelles devait reposer un ordre mondial convenant à l’Occident sont annulées.

C’est le jeu de « qui est le plus fort a raison ». Nous observons tout cela. Nous pouvons parler de la manière dont la vision change conceptuellement et dont les processus concrets se développent dans le domaine de l’ordre mondial au cours du dialogue interactif. Mais les conséquences d’une telle ligne sont ressenties non seulement par les États de l’Est et du Sud global, mais aussi au sein même de la société occidentale où s’accumulent des tendances de crise.

Le Groenland est un exemple évident. Tout le monde en parle et des discussions se développent autour de lui qu’il était difficile d’imaginer auparavant, y compris sur les perspectives de maintien de l’Otan en tant que bloc politico-militaire occidental uni.

En parlant du Groenland, nous partons du fait que si les pays occidentaux veulent discuter entre eux « selon leurs concepts », c’est leur choix et leur droit. Nous traiterons avec tous nos partenaires issus de la majorité mondiale et des pays occidentaux qui souhaitent parler avec la Russie et discuter de projets concrets mutuellement bénéfiques sur la base des principes d’égalité.

On peut dire que nous voulons appliquer partout les normes universellement reconnues du droit international, mais l’essentiel ici est l’égalité, le respect mutuel et la recherche d’un équilibre des intérêts. Ce sont des approches absolument intemporelles en ce qui concerne la conduite des affaires sur la ligne internationale, quel que soit le nom qu’on lui donne: règles ou droit international.

Le principe d’égalité ne peut tout simplement pas être aboli. Dans un dialogue d’égal à égal, celui qui a plus de ressources aura plus d’influence sur le résultat, mais il faut néanmoins parvenir à des résultats qui représentent forcément un équilibre des intérêts.

La Russie défendra ses intérêts sans prétendre aux droits légitimes de quiconque, mais sans permettre non plus qu’on bafoue nos droits légitimes. Notre politique étrangère, inscrite dans la Concept de politique étrangère approuvé par le Président russe Vladimir Poutine en mars 2023, prévoit la défense résolue des intérêts vitaux de notre pays et de notre peuple, la création de conditions extérieures favorables au développement durable au sein de la Fédération de Russie. Les actions fondamentales pour renforcer davantage la souveraineté nationale revêtent une importance capitale.

Je rappelle que les amendements apportés en 2020 à la Constitution de la Russie ont constitué un appui substantiel dans le contexte du renforcement de la souveraineté nationale. Nous sommes prêts à travailler sur le périmètre extérieur avec tous ceux qui répondent avec réciprocité et sont disposés à négocier honnêtement, sur une base d’égalité, sans chantage ni pression. Tout le monde le sait bien.

Si l’on parle des thèses utilisées par l’Occident à l’égard de la Fédération de Russie en 2025, ce prétendu « isolement » de la Russie, qui n’est plus un secret pour personne, n’a pas eu lieu, quoi qu’en disent nos détracteurs. À noter les événements majeurs tels que les cérémonies commémorant le 80e anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique, le Défilé sur la place Rouge, avec un grand nombre d’invités étrangers. Nous apprécions tous ceux qui ont personnellement participé à ces célébrations ou ont envoyé une délégation spéciale.

En parlant de la Seconde Guerre mondiale et de ses résultats, on ne peut manquer de mentionner les événements similaires qui ont été organisés à Pékin le 3 septembre 2025 à l’occasion de la défaite du Japon militariste et de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces deux événements ont clairement démontré que la grande majorité des États ne veut pas oublier la mémoire, les leçons et l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. C’est une conclusion importante de l’année écoulée.

Je ne m’attarderai pas en détail sur nos relations avec des pays et régions spécifiques. Nous pourrons en parler pendant la partie de réponses aux questions. Mais des descriptions détaillées de nos relations avec tous les principaux pays, avec tous nos voisins, figurent dans notre rapport annuel sur l’activité diplomatique. C’est un document très détaillé. Il contient toutes les données statistiques et présente les faits. J’espère que ceux qui s’intéressent à des sujets spécifiques par pays l’ont consulté.

Je voudrais souligner plusieurs axes des résultats de 2025, qui prennent une importance croissante en 2026. Tout d’abord, notre ligne visant à créer une ceinture de bon voisinage et de coopération avec les pays voisins dans le cadre de la CEI, de l’Union économique eurasiatique (UEE), de l’OTSC et de l’OCS.

Nous avons poursuivi et nous poursuivrons la promotion des principales initiatives avancées par le Président russe Vladimir Poutine, notamment la formation du Grand Partenariat eurasiatique et, sur cette base, la création d’une architecture de sécurité égale et indivisible à l’échelle du continent.

Avec nos amis biélorusses, nous promouvons l’initiative d’élaboration d’une Charte eurasiatique de la diversité et de la multipolarité au XXIe siècle, que nous avons déclarée ouverte à la participation de tous les États du continent eurasiatique sans exception.

J’ai déjà mentionné nos relations avec la Chine. Elles sont sans précédent par leur niveau, leur profondeur, la convergence des positions concernant l’évolution de la situation en Eurasie et sur la scène mondiale.

Je voudrais particulièrement souligner le caractère stratégique privilégié de notre partenariat avec l’Inde que le Président russe Vladimir Poutine a visitée en décembre.

L’incarnation pratique de nos actions pour renforcer la sécurité en Eurasie a été le Traité de partenariat stratégique global avec la Corée du Nord, qui nous a apporté une aide fraternelle et alliée dans la libération de la région de Koursk des combattants ukrainiens.

Les Brics. Tous les pays du groupe sont nos bons partenaires. En 2025, nos relations ainsi que les fondements du développement d’une interaction future dans tous les domaines se sont renforcés avec chacun d’entre eux.

Nous préparons actuellement le troisième sommet Russie-Afrique. Une étape importante de la préparation de ce sommet a été la Deuxième conférence des ministres des Affaires étrangères de la Russie et des pays de l’Union africaine, qui s’est tenue en décembre 2025 au Caire.

En parlant de la diplomatie multilatérale, nous notons l’objectif de renforcer les Brics et l’intérêt croissant pour ce groupe. Nous avons apporté un soutien total à la présidence brésilienne des Brics en 2025. Nos amis brésiliens ont poursuivi la mise en œuvre de nombreux projets que nous avons lancés lors du sommet des Brics à Kazan à l’automne 2024.

À notre initiative, soutenue par les pays du Groupe des amis pour la défense de la Charte des Nations unies, l’Assemblée générale a adopté deux décisions importantes et fondamentales: la proclamation de la Journée internationale de lutte contre le colonialisme sous toutes ses formes (elle sera célébrée le 14 décembre) et la proclamation de la Journée internationale contre les sanctions unilatérales (cette journée sera célébrée chaque année le 4 décembre).

À notre initiative, à l’automne 2025, la Convention des Nations unies contre la cybercriminalité a été signée à Hanoï. C’est le premier document dans le domaine de la sécurité internationale de l’information. Nous espérons que des résultats concrets similaires seront atteints lors des discussions en cours sur la manière de réguler l’intelligence artificielle.

Aujourd’hui, je parlerai des différents aspects de la crise ukrainienne. Comme le Président russe Vladimir Poutine l’a souligné à plusieurs reprises, nous sommes engagés dans la recherche d’une solution diplomatique à la crise ukrainienne. Si l’on regarde son histoire, à partir de 2014 et surtout à partir de 2022, du côté de la Fédération de Russie, il n’y a pas eu de manque de bonne volonté concernant la conclusion d’accords politiques. Mais à chaque fois, nos voisins occidentaux, principalement européens, ont tout fait pour faire échouer ces accords. Ils se comportent de la même manière envers les initiatives avancées par l’administration américaine de Donald Trump, cherchant par tous les moyens à la convaincre de ne pas négocier avec la Russie.

Si vous lisez les déclarations des hommes politiques et dirigeants européens, Kaja Kallas, Ursula von der Leyen, Friedrich Merz, Keir Starmer, Emmanuel Macron, Mark Rutte, ils se préparent sérieusement à la guerre contre la Fédération de Russie et ne le cachent pas. Notre position sur l’Ukraine consiste à éliminer les causes profondes de cette crise, que l’Occident créaient délibérément pendant des années pour transformer ce pays en une menace pour la sécurité de notre pays, en tant qu’avant-poste contre la Russie à nos frontières mêmes.

À noter l’encouragement du régime ouvertement nazi arrivé au pouvoir à la suite du coup d’État de 2014, qui a pris la voie de l’extermination législative et même physique de tout ce qui est russe: éducation, langue, culture, médias, y compris l’Église orthodoxe ukrainienne canonique.

Nous souhaitons contribuer à la détente sur tous les points de tension exacerbés que j’ai énumérés, notamment le Venezuela, et je souligne particulièrement la situation iranienne qui doit être réglée sur la base du respect et du droit de Téhéran à utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Nous sommes convaincus que pour un règlement à long terme au Moyen-Orient, il faut enfin mettre en œuvre la décision de l’ONU sur la création d’un État palestinien.

Je tiens à souligner que ce critère conserve toute sa pertinence à la lumière de l’actuelle initiative très médiatisée du Président américain Donald Trump sur la création d’un « Conseil de la paix ».

Je suis prêt à entendre vos questions.

Question: Je voudrais poser une question en lien avec ce que vous avez dit en introduction. Les événements survenus dans le monde ces dernières semaines démontrent que le concept même du droit international est détruit. La question se pose sur l’efficacité du droit international, sur la possibilité de le respecter, de savoir si le principe du chacun pour soi fonctionne? Comment l’initiative du Président russe Vladimir Poutine concernant la sécurité eurasienne est-elle mise en œuvre dans le contexte actuel?

Sergueï Lavrov: Concernant l’ordre mondial, le droit international et tout ce qui s’y rapporte, concernant toutes les thèses promues et mises en œuvre dans certains pays, qui contredisent notre conception du droit international.

J’ai déjà évoqué que, pendant de nombreuses années, la Charte des Nations unies restait le principal critère universellement reconnu des actions des États dans tous les domaines lorsqu’elle était violée. Tout le monde était prêt à discuter de ces violations, ou des accusations de violations, au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. Des débats acharnés ont eu lieu, mais personne ne contestait que le Conseil de sécurité était une structure centrale pour discuter de toutes les questions relatives à la paix et à la sécurité internationales.

Après l’effondrement de l’Union soviétique, il y a eu une période où l’application classique du droit international comme fondement des relations multilatérales était remplacé par ce que l’on appelle un ordre mondial unipolaire. À cette époque, les États-Unis, à la tête du bloc occidental, incluant l’Alliance atlantique, ont décidé que la fin de l’histoire était arrivée, comme l’a déclaré Francis Fukuyama dans son ouvrage célèbre, et que désormais, personne n’empêcherait la domination de l’Occident sur la scène internationale avec toutes ses théories libérales, néolibérales et conservatrices.

Avec l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en Russie après les élections présidentielles de 2000, la situation a changé. Les conditions étaient désormais créées pour reconsidérer cette approche pro-occidentale sans appel de l’ordre mondial.

Dans les années 2000, sous la présidence de Vladimir Poutine, la Russie a commencé à prendre conscience de sa place sur la scène internationale et à reconstruire son identité dans le plein respect de son histoire millénaire, de ses traditions, de ses principes et de ses alliés. Face à ce processus, l’Occident a d’abord cru qu’il s’agissait de simples discussions avant de se calmer, et n’a même pas réagi au discours de Vladimir Poutine à Munich en 2007, que de nombreux responsables politiques le regrettent aujourd’hui. Ils regrettent de ne pas avoir écouté, de ne pas avoir entendu, et d’avoir considéré ce discours comme une simple rhétorique. Mais ce n’est pas le cas.

Conformément à notre concept actuel de la politique étrangère, La Russie est un État civilisation. Nous ne nous couperons pas de nos racines. Nous n’en avons pas le droit. Nous honorons la mémoire de nos ancêtres et l’héritage qu’ils nous ont légué.

Vous avez évoqué la sécurité eurasienne. Il est intéressant de noter que l’Eurasie, le plus grand continent du monde, contrairement à l’Afrique et à l’Amérique latine, il n’y a pas d’une organisation pancontinentale. Il existe de nombreuses structures sous-régionales, y compris l’OSCE, l’Asean et, dans l’espace post-soviétique, l’OTSC, la CEI, l’Union économique eurasiatique (UEE), l’OCS, le CCG et l’ASACR. Mais aucune structure pancontinentale.

Bien que l’Eurasie ne soit pas seulement le plus grand continent, elle abrite également de nombreuses grandes civilisations, dont celle que représente aujourd’hui la Russie. Il y a aussi les civilisations chinoise, iranienne, arabe et indienne. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est difficile de réunir toutes ces tendances.

Nous sommes convaincus qu’il n’est pas nécessaire de suivre des exemples ni de créer une structure bureaucratique formelle. Il suffit en premier lieu d’établir un dialogue pancontinental afin que les pays partageant le même vaste territoire puissent tirer profit des avantages géopolitiques et géoéconomiques de leur situation géographique.

Il s’agit d’un dialogue égal entre tous les pays. C’est précisément l’objectif de l’initiative russo-biélorusse, non seulement entre les pays du continent, mais aussi entre les organisations sous-régionales qui s’y sont formées et entre lesquelles nous promouvons déjà la coopération, tant sur le plan des contacts politiques que sur celui de l’harmonisation des projets, principalement dans les domaines économique, commercial, des infrastructures et des paiements.

Les contacts établis par les documents pertinents entre l’UEE, l’OCS et l’Asean visent à créer ce que le Président russe Vladimir Poutine a décrit comme le Grand Partenariat eurasien, le fondement d’une future architecture de sécurité eurasienne.

Revenant sur la question des tendances mondiales générales, je voudrais souligner qu’après que la Fédération de Russie a commencé à défendre ses droits de manière constante et non agressive et à rechercher la reconnaissance de sa place légitime dans les structures internationales par le biais d’un travail explicatif, le processus a commencé à prendre de véritables contours.

Evgueni Primakov, notre illustre prédécesseur, a été le premier à attirer l’attention sur ce point, qui a dit en 1998 qu’un ordre mondial multipolaire émergeait progressivement mais sûrement. Cela a coïncidé avec son initiative de lancer une coopération au sein du triangle Russie-Inde-Chine (RIC), qui existe toujours (bien qu’il ne se réunisse plus depuis longtemps) et qui n’a pas été dissous, nous œuvrons à sa relance. Le RIC est devenu le précurseur les Brics. Le RIC s’est transformé en Brics après l’adhésion du Brésil et de l’Afrique du Sud.

Aujourd’hui, c’est une structure bien connue. Elle a doublé son nombre de membres et a beaucoup de partenaires de dialogue. Lorsque la multipolarité est devenue la tendance dominante, de nombreux politologues et journalistes ont affirmé que rien de bon n’en sortirait, car cela reviendrait à un chaos dans les relations internationales. Ils disaient que lorsque le monde était bipolaire, avec l’Union soviétique et les États-Unis, tout était clair. Ils existaient des conflits périphériques, mais ils n’affectaient pas le fond de l’ordre mondial bipolaire. Lorsque le monde était unipolaire, après l’effondrement de l’Union soviétique, la situation était claire pour tous, il suffisait d’écouter et de ne pas être trop actifs.

Puis, pendant un certain temps, une nouvelle version de la bipolarité, la Chimérique (Chine – États-Unis), a été discutée.

Il s’agit véritablement des deux plus grandes économies actuelles, mais la manière dont elles consolideront davantage leur position respective sur la scène internationale reste difficile à prévoir. Nous prônons le processus ordonné, fondé sur les négociations et l’équilibre des intérêts.

Est-il juste d’avoir prédit qu’un monde multipolaire serait un chaos? Au vu de la situation actuelle, nombreux sont ceux qui partagent cette évaluation, mais le processus ne reste pas en place.

Je pense que ces actions assez séparées, principalement des États-Unis, et les problèmes entre les États-Unis et l’Europe, ainsi qu’entre Washington et de nombreux pays à travers le monde, à cause des tarifs douaniers, des droits de douane, des sanctions et autres mesures reflétant une concurrence accrue sur les marchés mondiaux, souvent obtenue par des méthodes douteuses, existent et prendront une longue période de temps. La multipolarité, en tant que tendance objective ne disparaîtra pas. Elle ne peut être inclut dans un système unipolaire ou bipolaire, il existe déjà trop de pôles de croissance économique.

J’ai évoqué la Chine, l’Inde et le Brésil. L’Afrique sent déjà son second éveil, la prise de conscience que l’indépendance économique ne s’accompagne pas d’indépendance politique et qu’elle continue d’être exploitée par des méthodes néocoloniales. Les anciennes métropoles, après avoir accordé l’indépendance politique à leurs anciennes colonies, continuent de vivre à leurs dépens. Cette prise de conscience s’implante désormais sur le continent africain. Nous la ressentons quotidiennement grâce à nos nombreux contacts avec les pays africains.

Les pôles de croissance reflètent un processus historique objectif: le développement économique, d’infrastructures, l’exploitation des ressources naturelles, etc. À terme, il nous faudra nous entendre sur la manière dont ces nouveaux acteurs majeurs, qu’ils soient nationaux ou régionaux, interagiront au sein des structures d’intégration.

Aujourd’hui, face à une situation turbulente dans un contexte de multipolarité croissante, notre objectif actuel est d’instaurer un dialogue sur la manière de la réguler. Cela prendra beaucoup de temps. Certains disent (et je comprends ce qu’ils veulent dire) d’une époque historique entière. Mais ce processus est inévitable.

Le fait que les principaux acteurs reconnaissent cette nécessité est notamment confirmé par l’initiative du président américain Donald Trump de créer un Conseil de la paix. Nous avons récemment reçu des propositions concrètes et un projet de charte pour cette structure. Cette initiative reflète la compréhension des États-Unis qu’avec leur propre philosophie de politique étrangère il faut constituer un groupe de pays coopérant dans un domaine ou un autre.

On pourrait objecter que le Conseil de la paix a été conçu et annoncé de telle sorte que tout le monde doive se soumettre aux États-Unis. C’est la situation que Washington souhaite voir. Mais je vous assure que l’administration Trump, malgré toutes ses actions qui font actuellement objet de nombreuses discussions à travers le monde, est une administration pragmatique. Elle comprend la nécessité non seulement de rassembler un grand nombre de pays sous son pouvoir, mais aussi de tenir pleinement compte de leurs intérêts légitimes.

Je voudrais souligner une fois de plus que cette position, cette volonté et cette compréhension de la nécessité de tenir compte des intérêts des partenaires se manifestent pleinement dans l’approche de l’administration Trump concernant le règlement du conflit ukrainien. C’est le seul pays occidental prêt à éliminer les causes profondes de ce conflit, largement créé par le prédécesseur de Donald Trump, le président Joe Biden et son administration.

Ce processus est à son début. Il ne sera pas facile et nécessitera la mobilisation de toutes les ressources, y compris les pôles de croissance et les centres d’influence que j’ai mentionnés. Mais avec de la bonne volonté, et nous constatons des signes encourageants, tout est possible.

Question: Des représentants russes évoquent la nécessité de relancer l’OSCE. A quel point c’est pertinent compte tenu de la sécurité eurasienne? Que pensez-vous de la situation actuelle?

Sergueï Lavrov: Concernant l’OSCE, vous avez dit que quelqu’un avait appelé à sa restructuration, à sa renaissance. J’ignore si une renaissance est envisageable dans ce cas précis. L’OSCE est tombée si bas que jamais.

Une organisation fondée sur les principes d’égalité et de consensus est complètement transformée en un instrument que l’Occident, se servant de sa majorité, dresse quotidiennement contre la Fédération de Russie.

Notre position concernant l’OSCE est que nous continuons à y participer, mais pas par espoir ou illusion (dans la situation actuelle, tout espoir est illusoire), mais parce que nous souhaitons soutenir les États membres de l’organisation qui font preuve de bon sens. Ces pays sont nombreux. Outre nos collègues de la CEI, on peut citer la Hongrie, la Slovaquie et plusieurs autres pays occidentaux où il y a ces forces constructives.

Nous continuerons à maintenir les contacts avec eux et à tout faire pour empêcher la destruction de l’OSCE. Nous comptons sur le Secrétaire général actuel de l’OSCE, Feridun Sinirlioglu, représentant la Turquie. Diplomate expérimenté, il comprend parfaitement la situation catastrophique de l’OSCE dont il a hérité de poste du chef de la structure exécutive de cette organisation.

J’ignore si elle trouvera sa place dans les futures structures de sécurité eurasiennes, ou au sein du Grand Partenariat eurasien. Je n’en suis pas certain. Car l’OSCE est une structure euro-atlantique. Lors de sa création, l’Union soviétique a plaidé pour que ses membres incluent les pays situés sur le continent eurasien occidental.

Les pays de l’actuel Occident collectif ont insisté pour que les États-Unis et le Canada y adhèrent. Il en a résulté une configuration euro-atlantique calquée sur l’Alliance atlantique. L’Otan et l’OSCE sont des structures euro-atlantiques. De ce fait, elles subissent les tensions les plus vives au sein de cette même alliance, qui envisage désormais sa dissolution. Car un pays membre de l’alliance à l’intention d’attaquer un autre pays de l’Otan. Mais c’est une autre histoire.

Je voudrais souligner que le concept euro-atlantique de sécurité et de coopération a été discrédité. C’est précisément pourquoi nous parlons de sécurité eurasienne. Nous ne pouvons pas accepter l’existence d’une structure européenne, qu’il s’agisse de l’Otan, de l’OSCE ou de l’Union européenne.

L’Union européenne, d’ailleurs, fait elle aussi partie du concept euro-atlantique, car ses derniers accords avec l’Otan éliminent complètement l’indépendance de l’UE. Bien qu’on tente actuellement de la rétablir d’une manière ou d’une autre. Des appels sont lancés pour créer un système de sécurité européen sans les États-Unis. Soit dit en passant, on dit qu’il faut intégrer organiquement l’Ukraine dans ce système. C’est donc à nouveau le débat sur la création d’une « structure » contre la Fédération de Russie. Cette mentalité, qui est à la base des positions de la plupart des pays de l’OSCE, des pays occidentaux, est néfaste et ne conduira à rien de bon, ni pour l’Occident ni pour l’Organisation elle-même.

 

Je pourrais longuement parler de ce sujet, j’ai essayé de donner le ton. Peut-être que de nombreuses questions seront ensuite plus faciles à examiner.

Question: Hier, il a été rapporté que la société hongroise MOL et la société russe Gazprom ont signé un contrat selon lequel la société serbe NIS sera entre les mains de MOL. Si l’on examine cette question géopolitique, vous, en tant que ministre expérimenté, occupant ce poste depuis déjà 22 ans…

Sergueï Lavrov: Pas encore.

Question: Ce sera le cas.

Pourriez-vous dire si la situation avec NIS est un problème géopolitique pour la Russie? La Russie sera-t-elle présente dans les Balkans? Cela signifie-t-il que la Fédération de Russie ne sera pas dans les Balkans parce que la Hongrie est membre de l’Otan et de l’UE? D’un autre côté, il est nécessaire que cette transaction soit approuvée par les États-Unis.

Cela conduira-t-il à la formation d’une nouvelle architecture de sécurité dans le cadre de laquelle un équilibre serait respecté entre la Fédération de Russie et les États-Unis dans les Balkans?

Sergueï Lavrov: Concernant l’Industrie pétrolière de Serbie (NIS), si cet accord annoncé hier n’était pas avantageux pour la partie russe, y compris Gazprom, il n’aurait pas été conclu. C’est tout à fait évident pour tout le monde. L’accord est mutuellement bénéfique dans la situation actuelle en Serbie. Le Président serbe Aleksandar Vucic l’a également déclaré lorsqu’il est venu à Davos et qu’on l’a interrogé à ce sujet.

Vous demandez si des accords avec une forme de coopération entre la Russie et les États-Unis dans les Balkans sont possibles? Nous sommes ouverts à la coopération avec tout le monde.

À cet égard, je rappelle que l’Union européenne, où la Serbie aspire avec tant d’insistance depuis de nombreuses années, avait déclaré en son temps, par la voix de l’ancienne Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Federica Mogherini, faisant référence précisément aux Balkans, que lorsque l’UE s’occupe de quelque chose, les autres n’ont rien à y faire, faisant référence au fait que la Russie était prête à l’époque à aider ses collègues des Balkans à résoudre les problèmes.

Plus largement, en parlant de la Serbie et de ses intérêts, je ne parlerais pas seulement de la façon dont la Russie et les États-Unis peuvent interagir ou influencer dans les Balkans, mais aussi de la façon dont l’Union européenne traite la Serbie. Il a été maintes fois déclaré que l’avenir de la Serbie est dans l’UE, et l’UE répond: pour commencer, reconnaissez l’indépendance du Kosovo. En d’autres termes, vous devez vous humilier vous-même et, deuxièmement, vous joindre pleinement à toutes les actions de politique étrangère de l’UE, y compris les sanctions contre la Fédération de Russie. Est-ce convenable du point de vue de Bruxelles?

Bruxelles continue de vivre dans le même paradigme, de suivre la même philosophie qu’il a exprimée à la veille de la crise ukrainienne, lorsque tout cela se nouait avant le premier Euromaïdan en 2004. À l’époque, Bruxelles avait déclaré que le peuple ukrainien devait choisir: soit avec la Russie, soit avec l’Union européenne. Ce « soit-soit », « si ce n’est pas avec nous, c’est contre nous », je considère que c’est une garantie que l’Union européenne ne finira pas bien.

J’espère que nos amis serbes sont conscients de là où on les entraîne et à quel prix on veut étendre son influence dans les Balkans.

Nous avons davantage de possibilités de contacts avec les États-Unis dans les Balkans, que ce soit concernant la Bosnie-Herzégovine ou d’autres pays de la région. De tels contacts existent. Ils n’ont pas encore conduit à des résultats positifs, ni d’ailleurs à d’autres résultats concrets. Mais nous y sommes ouverts. À en juger, nos collègues américains sont également prêts à les développer.

Question: Dans quel format, compte tenu de cela, le Ministère des Affaires étrangères russe prévoit-il d’établir d’autres contacts avec les États-Unis, y compris pour normaliser les relations bilatérales?

Sergueï Lavrov: Nous ne faisons pas que planifier, nous coopérons déjà. L’administration du Président américain Donald Trump, contrairement à l’administration de Joe Biden, a immédiatement manifesté son intérêt à surmonter la situation tout à fait anormale où même les ambassades de chacun de nos pays à Washington et Moscou respectivement ne pouvaient pas fonctionner normalement.

Dès le début de l’année 2025, nous avons établi des contacts et créé un mécanisme de dialogue sur le fonctionnement des ambassades. Nous avons indiqué la nécessité, et elle a été soutenue par l’administration du Président américain Donald Trump, de ne pas se limiter uniquement aux questions du nombre de visas délivrés aux diplomates, du fonctionnement de la sécurité des missions diplomatiques, de la circulation des diplomates dans le pays de résidence et autres questions purement consulaires. Nous avons proposé de nous mettre d’accord, tout d’abord, sur le problème clé concernant les relations diplomatiques, le problème de la propriété diplomatique russe que l’administration de Barack Obama a saisie deux semaines avant d’être expulsée de la Maison Blanche et que toutes les administrations présidentielles américaines suivantes ont continué de retenir, y compris, malheureusement, l’administration de Donald Trump.

Bien que, je le rappelle, j’en ai parlé lorsque l’ancien Président américain Barack Obama, fin décembre 2016, a soudainement annoncé qu’il saisissait nos propriétés diplomatiques, Michael Flynn, qui était dans l’équipe de Donald Trump, prévoyait d’entrer dans son administration, a appelé l’Ambassadeur de Russie à Washington Sergueï Kisliak, lui demandant de ne pas réagir à ce geste absolument contre-productif, je dirais illégal, de Barack Obama, et disant que dans trois semaines, en janvier 2017, il y aurait l’investiture de Donald Trump, que tout serait alors arrangé. Il nous a demandé de ne pas répondre, de ne pas réagir vivement. Nous avons tenu compte de ce conseil et reporté notre réaction.

Ensuite, malheureusement, l’équipe administrative de Donald Trump en 2017 n’a pas réussi à corriger d’une manière ou d’une autre cette injustice absolue et cette violation flagrante de toutes les conventions diplomatiques. Nous avions alors expliqué à nos collègues à Washington que nous étions obligés de répondre. Depuis, cette situation perdure. Nous nous efforcerons de commencer à discuter également de cette question. Pour l’instant, nos collègues américains, contrairement à ce qui avait été convenu, ne veulent pas discuter de ce sujet.

Pour que non seulement les missions diplomatiques fonctionnent normalement, mais aussi pour qu’il y ait des contacts, dont l’expansion est soutenue par Washington sous le Président Donald Trump, il faut rétablir la liaison aérienne directe. Nous incluons également ces questions dans l’ordre du jour de nos négociations.

Parmi les autres axes de notre dialogue avec les États-Unis, il y a l’Ukraine. Comme je l’ai déjà dit, nous avons estimé que sous le Président Donald Trump, les États-Unis sont devenus le seul pays qui non seulement a exprimé sa compréhension pour la prise en compte des intérêts du pays russe, mais a également proposé des solutions tenant compte des causes profondes de la crise actuelle. Nous soutenons cette approche. Nous la considérons tout à fait justifiée.

Le 15 août 2025 à Anchorage, en Alaska, le Président russe Vladimir Poutine en a parlé à plusieurs reprises publiquement, nous avons accepté les propositions que Washington avait soumises à la veille de cette rencontre. Nous espérons toujours que ces ententes conservent pleinement leur validité. Bien que nous voyions comment l’Europe et Vladimir Zelenski avec son équipe essaient hystériquement de faire dévier les États-Unis de cette position et tentent à nouveau d’imposer leurs concepts, y compris, tout d’abord, une trêve de 60 jours, voire « éternelle ».

Il est clair que l’Ukraine est dans une mauvaise situation sur la ligne de front, et même en dehors de la ligne de front, en politique. Dans la vie politique à Kiev, les scandales de corruption ont éclipsé de nombreux autres processus. Mais nous ne pouvons pas nous permettre un tel luxe que de réarmer une fois de plus le régime de Kiev, lui donner la possibilité de reprendre son souffle et se jeter à nouveau sur la Fédération de Russie.

À Davos, des rencontres ont été annoncées ces jours-ci, où l’on tentera à nouveau de détourner le Président américain Donald Trump des approches qui se sont complètement discréditées et ont échoué ces dernières années. Le point central dans tout cela est que maintenant, lorsque l’Europe parle de règlement de la crise ukrainienne, ils disent qu’il faut arrêter la guerre le plus vite possible et en même temps convenir de garanties de sécurité pour l’Ukraine, visant ce qui restera de l’Ukraine.

Qu’est-ce que cela signifie? J’ai déjà dit qu’en Europe, on a commencé à dire que puisque les Américains ne sont pas fiables, et le Groenland l’a confirmé, il faut créer de toute urgence un système de sécurité en Europe sans les États-Unis, mais avec l’Ukraine. C’est-à-dire que les garanties de sécurité, dont parlent avec une noble arrogance nos collègues européens, en faisant la promotion de leur contribution à la sauvegarde des intérêts de la paix, sont prévues pour l’actuel régime nazi de Kiev. Il ne faut pas l’oublier.

Personne ne parle de la façon dont la vie devrait être organisée sur le territoire qui restera sous contrôle ukrainien. Pas un mot sur le rétablissement des droits des russophones et des Russes, sur la levée de l’interdiction de l’usage de la langue russe dans tous les domaines de la vie, sur la levée de l’interdiction d’activité de l’Église orthodoxe ukrainienne canonique, il n’y a rien du tout. Ces points figuraient dans la première proposition du Président américain Donald Trump, connue sous le nom de « plan en 28 points ». Elle indiquait la nécessité de résoudre les problèmes de la langue russe et de l’église orthodoxe ukrainienne.

Dans les documents ultérieurs que nous avons vus et qui ont été présentés fin 2025 comme le « plan en 20 points », et nous n’avons pas reçu de documents récents suite aux négociations qui ont eu lieu entre les États-Unis, l’Ukraine et l’Europe ces dernières semaines, il n’était plus question de la nécessité de rétablir les droits de la langue russe et de l’église orthodoxe canonique. Il y est dit que les parties s’engagent à faire preuve de tolérance dans leurs relations mutuelles et que l’Ukraine suivra les normes de l’Union européenne concernant les problèmes des minorités nationales. Peut-être qu’il n’y a même pas les mots « nationales », je ne sais pas. S’il s’agit de l’Union européenne, alors tout est possible.

C’est-à-dire non pas des normes internationales, y compris, tout d’abord, la Charte des Nations unies, qui exige d’assurer les droits de l’homme indépendamment du sexe, de la race, de la langue et de la religion, mais les normes de l’Union européenne. Nul doute que les normes de l’UE seront adaptées pour l’Ukraine, comme il le faut pour l’Ukraine dirigée par Vladimir Zelenski. Par conséquent, les propositions de règlement s’appuyant sur l’objectif de préserver le régime nazi sur la partie de l’Ukraine qui portera ce nom sont, bien sûr, absolument inacceptables.

Question: Moscou a annoncé que le Président américain Donald Trump avait décidé de libérer deux citoyens russes membres de l’équipage du pétrolier Marinera. Ont-ils été libérés? Si oui, sont-ils retournés dans leur patrie? Où se trouvent-ils? Pensez-vous que la capture par les militaires américains d’un pétrolier sous pavillon russe n’a pas eu d’impact négatif sur les perspectives de normalisation des relations entre la Russie et les États-Unis?

Sergueï Lavrov: Dès que nous avons appris la capture de ce pétrolier, nous nous sommes adressés immédiatement aux États-Unis. L’essentiel pour nous était de libérer nos citoyens. Il y en a deux, avec des citoyens d’Ukraine, de Géorgie et d’Inde.

On nous a assurés, le même jour ou le lendemain matin, que la décision de les libérer avait été prise au plus haut niveau. Mais, malheureusement, les jours suivants ont montré que cette décision n’était pas exécutée.

Nous attendons que nos collègues américains tiennent leur promesse qui, comme je l’ai déjà dit, nous a été transmise.

Cette histoire de capture d’un pétrolier en violation des normes du droit international en haute mer sur la base de soupçons qui ne correspondent pas à la liste des critères de détention des navires contenus dans la Convention des Nations unies sur le droit de la mer est préoccupante. C’est aussi un exemple parmi les actions qui mettent le droit international à l’épreuve.

Nous ne disons pas que les normes contenues dans la Convention sur le droit de la mer de 1982 sont éternelles. Bien sûr, la vie a changé, plus de 40 ans se sont écoulés. Mais si c’est le cas, il faut s’asseoir et convenir de la façon de se comporter en haute mer, dans les zones économiques exclusives. Nous y sommes prêts. J’espère qu’il y aura une prise de conscience que cela est nécessaire.

Question (traduite de l’anglais): Vous avez à plusieurs reprises fait l’éloge du Président américain Donald Trump pour le fait qu’il comprend les intérêts de la Russie. Cependant, vous avez également critiqué les décisions et actions récentes des États-Unis contre les alliés russes, comme le Venezuela et Cuba. Dans quelle mesure cette incohérence, cette imprévisibilité, cette volonté d’utiliser la force sans aucune limite de la part du Président Donald Trump constituent-elles une menace pour la Russie?

Sergueï Lavrov: J’ai parlé du Venezuela, de Cuba, de l’Iran. Nous voyons parfaitement l’incohérence des actions de l’administration du Président américain Donald Trump en ce qui concerne les questions de sécurité internationale, l’attitude envers le droit international.

Le Président Donald Trump, répondant à une question correspondante il y a quelques jours, a dit qu’il ne s’intéressait pas au droit international et que toutes les normes de comportement sur la scène internationale étaient déterminées par sa propre morale. C’est une déclaration intéressante.

Nous n’avons jamais pensé qu’avec n’importe quel pays, y compris nos voisins les plus proches, nos positions coïncideraient à 100%. Il ne peut y avoir une telle coïncidence entre les deux plus grandes puissances nucléaires, entre la Fédération de Russie et les États-Unis.

C’est une bonne occasion de rappeler ce dont a récemment fait état (30 décembre 2025) le journal The New York Times, qui a fait un article intitulé « La Séparation: À l’intérieur du partenariat États-Unis-Ukraine qui se défait ». Comme l’écrit le New York Times, le Secrétaire d’État américain Marco Rubio, lors des négociations avec moi et notre délégation à Riyad en février 2025, a activé le mode « cinéphile » et a cité « Le Parrain ». Il a rapporté la scène avec Vito Corleone, où il dit à son fils: « J’ai essayé toute ma vie de ne pas être insouciant. Les femmes et les enfants peuvent être insouciants, mais pas les hommes ». En d’autres termes, les puissances nucléaires doivent se parler.

Une telle conversation a effectivement eu lieu. Puisque Marco Rubio a jugé possible d’en parler dans la presse, je ne vois aucune raison pour laquelle je ne pourrais pas ajouter quelques détails. Au tout début de notre rencontre à Riyad, Marco Rubio a dit presque ce qui suit (je ne peux pas citer mot pour mot, mais je cite avec précision, je m’en souviens bien) que la politique étrangère des États-Unis sous le Président Donald Trump est déterminée par les intérêts nationaux et le bon sens. Cela suppose, dit-il, que les États-Unis reconnaissent l’existence d’intérêts nationaux chez leurs principaux partenaires (il n’a pas été dit tous les pays du monde, mais chez leurs principaux partenaires, chez les autres grandes puissances).

Il a ensuite poursuivi en déclarant que les intérêts nationaux de pays comme les États-Unis et la Russie ne coïncideraient pas toujours, dans la plupart des cas ils ne coïncideraient pas, mais quand ils coïncident (les intérêts nationaux des États-Unis et de la Russie) ce serait une grossière erreur de ne pas utiliser cette coïncidence pour convenir et réaliser des projets conjoints mutuellement bénéfiques dans l’économie, le commerce, le secteur des investissements, etc. Puis il a dit que lorsque ces intérêts nationaux chez des pays comme la Russie et les États-Unis ne coïncident pas, ce serait un crime de laisser cette divergence dégénérer en confrontation, et encore plus en conflit chaud.

J’ai répondu que je partageais pleinement cette philosophie et cette logique. Je pars du principe que les États-Unis comprennent la légitimité de l’approche qui a été exposée par Marco Rubio.

Question: Quelle est l’attitude de l’UE vis-à-vis du développement de l’UEE?

Dans l’UEE, il y a une union, un État unifié, c’est la Russie et la Biélorussie. Y a-t-il des plans pour l’avenir pour développer des relations plus chaleureuses, plus étroites avec les pays d’Asie centrale? Après tout, l’Asie centrale, c’était un bon noyau à l’époque soviétique.

Sergueï Lavrov: Le cœur du monde.

Concernant l’attitude de l’Union européenne envers l’intégration économique eurasiatique, si j’ai bien compris la première partie de la question, elle m’est directement inconnue. L’UE n’a jamais commenté ces processus. Elle a seulement tenté de les saper sous le slogan de son droit de développer des relations avec n’importe quels partenaires.

Ils ont commencé il y a longtemps, avant la création de l’UEE, lorsque, en ignorant l’existence de l’Organisation de coopération économique de la mer Noire, ils ont adopté leur propre stratégie d’interaction en mer Noire. À l’époque, nous avions encore des contacts avec eux. Nous leur avons demandé s’ils n’étaient pas trop gênés qu’il existe une organisation qui géographiquement représente un rassemblement des pays riverains de la mer Noire, et qu’eux, sans couvrir complètement la mer Noire, avancent leur propre concept. Non, cela ne les gênait pas.

De la même manière, ils ont avancé leur concept de la région arctique. C’est-à-dire qu’ils ont la prétention qu’ils ont le droit de s’immiscer dans n’importe quelle partie du monde où ils veulent soit obtenir quelque chose, soit nuire à quelqu’un, principalement la Fédération de Russie.

La même chose se produit avec leurs relations avec l’Asie centrale. D’ailleurs, l’Asie centrale attire en principe un grand nombre de partenaires. Le format « Cinq pays d’Asie centrale plus » existe pour une douzaine de pays et de structures comme l’UE elle-même.

Mais outre « l’Asie centrale plus l’UE », il existe des formats « Asie centrale plus la France », « … plus l’Allemagne », etc. Il y a des formats centrasiatiques avec la participation du Japon, de la Corée du Sud, des États-Unis, de la Chine, de la Turquie.

Nous avons, jusqu’à un certain temps, considéré que puisque nous coopérions avec nos amis d’Asie centrale dans le cadre de la CEI, de l’OTSC, de l’OCS, avec certains d’entre eux, dans le cadre de l’UEE, alors il n’était probablement pas nécessaire de créer une telle structure formelle « 5+1 ». Mais il y a quelques années, nous avons décidé que c’était nécessaire. À l’automne dernier, s’est déjà tenu le deuxième sommet « Russie plus Asie centrale ».

Un plan d’action conjoint a été approuvé, un document détaillé couvrant tous les domaines de notre coopération. Par conséquent, je ne dirais pas que nous accordons peu d’attention à l’Asie centrale. Pas du tout. Si vous avez cette impression, je vous serais reconnaissant de nous le dire, peut-être nous envoyer un papier quelconque, expliquant à quoi est due cette impression.

L’Union européenne n’interagit pas avec l’UEE, mais tente de nuire à l’Union pleinement, y compris en déclarant à tous que la participation à l’UE doit être une priorité pour tous ceux qui veulent se développer normalement, pensent à leur peuple. Actuellement, comme vous le savez, ils « courtisent » également l’Arménie. Il y a toute une série d’autres exemples.

Notre initiative avec les amis biélorusses sur la sécurité eurasiatique et sur le Grand Partenariat eurasiatique suppose la participation de tous les pays du continent, donc les portes sont ouvertes même aux membres de l’UE.

Je mentionnerai que dans les conférences annuelles de Minsk sur la sécurité eurasiatique, il y en a déjà eu trois, le Ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Szijjarto, des représentants de la Slovaquie y participent régulièrement. Je ne doute pas que cette année, lors d’une prochaine conférence eurasiatique à Minsk, la représentation des pays européens augmentera.

Question: Je veux vous interroger sur les relations arméno-russes, en abordant trois aspects. Comment commentez-vous les persécutions contre l’Église apostolique arménienne, en particulier le fait qu’à l’intérieur du pays et en Occident, ces persécutions sont ouvertement motivées par les autorités, prétendument pour lutter contre l’influence russe? Le maire de Gumri est poursuivi pénalement pour renoncement prétendu à la souveraineté à cause d’une seule proposition sur l’État uni de Russie et de Biélorussie, bien que le pays ait adopté une loi sur le début du processus d’adhésion à l’UE. Et dans l’ensemble l’approche du Premier ministre arménien Nikol Pachinian concernant l’adhésion à l’UEE sur fond de ses déclarations sur l’intention de devenir membre de l’Union européenne, sur la loi sur le début du processus d’adhésion à l’UE adoptée par le parti au pouvoir, que l’on peut pratiquement évaluer comme une approche que nous resterons dans l’UEE tant que cela nous arrange.

Sergueï Lavrov: J’ai maintes fois discuté de ce sujet, de l’adhésion à l’UE et à l’Union économique eurasiatique, avec mon homologue Ararat Mirzoïan et avec le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, lorsque j’ai visité Erevan pour la dernière fois en mai 2025. Pour quiconque familier avec les principes de fonctionnement de l’Union économique eurasiatique et de l’Union européenne, il est évident qu’il est impossible de passer aux normes de l’UE en restant membre de l’UEE. Le Vice-Premier ministre de la Fédération de Russie Alexeï Overtchouk l’a expliqué à plusieurs reprises dans ses contacts avec son collègue arménien.

C’est tout simplement techniquement impossible. Ils sont incompatibles non seulement parce que des normes différentes s’appliquent dans le commerce, les investissements, qui ne s’accordent pas les unes avec les autres, mais aussi parce que le Bruxelles de l’UE promeut avec insistance cette idée, il veut transformer la base juridique normative de l’Arménie conformément à ses normes. Je ne parle pas du fait que ces normes dans le cas de la Serbie impliquent l’adhésion complète à la politique étrangère de l’Union européenne, ce qui signifie également l’adhésion aux sanctions et déclarations antirusses.

Récemment, en décembre 2025, un nouvel Agenda stratégique de partenariat de l’Arménie avec l’Union européenne a été signé. Tout y est consigné, qu’il faut se coordonner dans le domaine de la politique étrangère, du commerce, de l’économie. On propose aux Arméniens une libéralisation du régime des visas, mais elle est conditionnée par le fait que l’UE doit avoir une voix dans la résolution des problèmes dans le domaine de l’application de la loi, de la protection des frontières.

Il est clair que nos gardes-frontières se trouvent en Arménie. La question se pose immédiatement de savoir comment cela s’accorde avec les obligations actuelles d’Erevan. Par conséquent, le mouvement vers l’adhésion à l’UE, ce qui est déclaré, dans quel but les lois correspondantes ont été adoptées, bien sûr, ne peut être compatible avec le maintien de l’adhésion à l’Union économique eurasiatique. Si l’Arménie prend la décision, comme l’a dit le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, correspondant à l’expression de la volonté du peuple arménien, alors c’est, sans aucun doute, le droit de l’Arménie et du peuple arménien.

Je veux dire qu’il est difficile d’ignorer les chiffres caractérisant le développement de l’économie de la République d’Arménie ces 10 dernières années. L’Arménie est devenue membre à part entière de l’Union économique eurasiatique en 2015, lorsque son PIB était de 10,5 milliards de dollars, et maintenant ce chiffre s’élève à 26 milliards de dollars, le PIB de l’Arménie a plus que doublé pendant la période d’adhésion à l’UEE. Grâce au fait que l’UEE offre aux marchandises arméniennes un accès libre aux marchés des autres pays membres de l’Union, le commerce extérieur arménien, principalement avec la Fédération de Russie, a atteint des niveaux records. Il s’élève actuellement à 14 milliards de dollars. Cela n’a jamais été le cas.

Je cite cette statistique simplement parce que vous avez posé la question de savoir comment l’aspiration à participer à l’UE s’accorde avec la poursuite des relations avec l’UEE. Je veux redire que le choix, bien sûr, doit être fait par le peuple arménien, les autorités arméniennes. Mais concilier la participation ici et là, c’est absolument exclu.

Concernant l’attitude envers l’Église apostolique arménienne. Malheureusement, nous observons comment la situation évolue. Le Président de l’Assemblée nationale arménienne Alen Simonian et dans une récente interview le Premier ministre arménien Nikol Pachinian n’ont pas nié qu’il existe des menaces hybrides contre l’Arménie de la part de la Fédération de Russie, liées à la situation dans l’Église apostolique arménienne. Mais chez nous, cela ne peut susciter que de l’incompréhension. Le rapprochement avec l’UE ne passe pas sans laisser de traces. Je peux le mentionner, car c’est précisément l’UE qui ne cesse de parler des « menaces hybrides » générées par la Fédération de Russie. Ils donnent de l’argent pour un tel travail.

Récemment, 15 millions d’euros ont été accordés à l’Arménie. Je ne doute pas que la bureaucratie bruxelloise obligera nos amis arméniens à justifier chaque centime de ces 15 millions.

Lorsqu’on essaie de convaincre l’Arménie qu’elle doit s’éloigner de la Russie, nul autre que la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Kaja Kallas a déclaré qu’à Erevan Moscou agira selon le « scénario moldave ».

Si vous vous souvenez, le « scénario moldave » consistait en ce que les élections, que le régime au pouvoir de Maia Sandu a perdues à l’intérieur de la Moldavie, n’obtenant que 44% des voix, ont été grossièrement truquées. Il n’a pu finalement déclarer sa victoire que grâce à des truquages grossiers dans les bureaux de vote en Europe. Il y en avait plus de 200, alors qu’en Russie, où se trouve la plus grande diaspora moldave, seulement 2, et en Transnistrie seulement une dizaine. Et encore, on n’autorisait pratiquement pas les Transnistriens à voter.

Par conséquent, si la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Kaja Kallas reconnaît ouvertement que lors des prochaines élections en Arménie, le « scénario moldave » sera appliqué, alors à la place de la société arménienne je réfléchirais sérieusement à cela.

Concernant Vardan Goukassian. Vous avez tout à fait raison de mentionner qu’on lui reproche d’avoir appelé à examiner la possibilité d’adhésion de l’Arménie à l’Union de la Russie et de la Biélorussie. Il a été arrêté pour l’expression d’opinions politiques qui ne visent en aucun cas à saper la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Arménie, visant à maximiser les possibilités de ses relations extérieures dans l’intérêt de son propre développement, cela a bien sûr suscité une grande incompréhension et inquiétude. Je sais qu’il a maintenant été libéré de la détention, mais reste en résidence surveillée. Nous espérons que les hommes politiques en Arménie qui plaident pour le développement et l’approfondissement de la coopération avec la Russie ne seront pas persécutés.

Question: Récemment, la Présidente moldave Maia Sandu a déclaré qu’elle soutenait l’adhésion, selon la Constitution, du pays neutre à la Roumanie, qui est un pays de l’Otan. Et lors d’un référendum, elle voterait pour cela. La question se pose, comment la Fédération de Russie se positionne-t-elle face à la possibilité d’un tel scénario et comment évalue-t-elle un tel scénario en principe?

J’aimerais vous demander de parler un peu plus en détail de l’initiative du Président américain Donald Trump pour créer une nouvelle organisation qui s’occupera de la paix, du moins pour l’instant dans le cadre de la situation dans la bande de Gaza. Dans quelle mesure, à votre avis, cette organisation pourra-t-elle aider? Dans quelle mesure le monde a-t-il besoin de nouvelles organisations en principe? Comment la Fédération de Russie se positionne-t-elle par rapport à cette initiative?

Sergueï Lavrov: Concernant la Moldavie, j’appellerais sa ligne de rapprochement avec l’UE « absorption par l’UE », car on entend de plus en plus de voix selon lesquelles la réunification ou l’adhésion à la Roumanie deviendra le chemin le plus court pour l’adhésion à l’Union européenne. Bien sûr, cette ligne détruit l’État moldave. On a l’impression que l’UE le souhaite.

Cela se manifeste par de nombreux faits. Par exemple, la langue moldave a déjà été rebaptisée langue roumaine. Dans les manuels scolaires, au lieu de l’histoire de la Moldavie, on enseigne l’histoire de la Roumanie. Les collaborateurs nazis d’Hitler comme Ion Antonescu sont déclarés héros nationaux. Les faits historiques concernant non seulement la Seconde Guerre mondiale, mais aussi le développement précédent et ultérieur de cette région, sont grossièrement altérés ou ignorés. Dans le même temps, les sentiments antirusses sont attisés. On essaie de nous accuser de tous les maux de la République de Moldavie, y compris l’effondrement de l’économie, du secteur social, la hausse du chômage, de la pauvreté, etc.

On nous accuse aussi de l’exode de la population. La dette extérieure de la Moldavie s’élève à près de 12 milliards de dollars, et la population compte 2,38 millions d’habitants. Ce sont des chiffres catastrophiques par habitant du point de vue des perspectives de développement économique et social.

Le niveau de pauvreté dépasse les bornes, la proportion de personnes à faible revenu représente près des deux tiers en Moldavie. D’autres indicateurs sont également accablants, le déficit de la balance des paiements, la baisse brutale des exportations (y compris, d’ailleurs, la baisse des exportations vers l’UE). Par conséquent, il faut toujours mettre les beaux discours en regard des actes réels.

Dans le même temps, les membres du régime de Maia Sandu ne cessent de répéter qu’il faut passer aux normes européennes. Ce à quoi cela mène, nous l’avons vu sur l’exemple de l’Ukraine et des pays baltes également. Une Moldavie indépendante n’est absolument pas nécessaire à Bruxelles, il s’agit ici d’un calcul purement géopolitique. Il y a probablement en Moldavie des forces politiques (j’espère que c’est le cas) qui comprennent ce qui se passe et s’appuient sur l’opinion de la majorité du peuple moldave. Ce n’est pas pour rien que le régime de Maia Sandu, parmi les habitants de Moldavie qui vivent dans ce pays, n’a pas obtenu de soutien, n’a pas obtenu la majorité aux dernières élections.

Nous souhaitons avoir des relations normales avec la Moldavie. Nous ne donnons aucune raison pour que de ce côté, sous les encouragements de l’Union européenne, des actions hostiles soient entreprises. Mais malheureusement, l’UE ne lâche pas les autorités actuelles à Chisinau, qui lui sont entièrement redevables.

Question: Ces dernières années, les pays baltes sont littéralement devenus une plateforme militaire pour toute l’Otan. Des provocations à l’encontre de la Russie dans les eaux de la Baltique se sont produites à plusieurs reprises. Des obstacles au travail de la navigation apparaissent également. De plus, les pays baltes menacent même la logistique maritime chinoise.

À cet égard, une question se pose: outre les protestations diplomatiques, quelles mesures la Russie peut-elle prendre contre cette menace?

Sergueï Lavrov: Les pays baltes sont déjà devenus une « expression proverbiale ». Lorsque ces deux ou trois dernières années, dans l’UE, dans l’Otan, on attisait la russophobie (et une russophobie belliqueuse avec des appels à se préparer à la guerre contre la Russie), alors en première ligne, avec les Allemands, il y avait bien sûr les Baltes, y compris leurs dirigeants.

Toutes sortes d’invectives nous ont été adressées, toutes ces déclarations des présidents, premiers ministres, ministres des Affaires étrangères, ministres de la Défense. Un colossal sentiment incompréhensible de grandeur transparaît dans ces déclarations. Je ne sais pas comment cela se mesure avec le rôle réel joué par les États baltes. Probablement, un défaut ancien, une maladie se manifeste ici. Parce que lorsque les trois États baltes ont été admis dans l’UE en 2004, ils ne correspondaient absolument pas à tous les critères à remplir.

Comme, d’ailleurs, on essaie maintenant d’y traîner l’Ukraine, qui ne correspond pas. Bien plus, elle viole tous les critères. Lorsque les pays baltes ont été admis dans l’Union européenne, nous avions alors de bonnes relations, Romano Prodi était à la tête de la Commission européenne. Nous avons demandé à nos collègues européens pourquoi ils les faisaient entrer aussi imprudemment. Ce serait un fardeau pour le fonctionnement normal de la structure commerciale et économique qu’était l’UE à l’époque.

On nous a dit que, bien sûr, il y avait des nuances, parce qu’ils n’avaient pas encore atteint le niveau d’une adhésion à part entière, mais pour des raisons politiques, ils voulaient les accepter. Parce qu’après leur avoir accordé l’indépendance en 1991, ils semblent continuer à éprouver des phobies à l’égard de la Fédération de Russie et ont constamment peur que nous les attaquions à nouveau, c’est ce qu’on nous disait. « C’est pourquoi nous les admettons maintenant dans l’UE et dans l’Otan, et ils se calmeront ». Ils ne se sont pas calmés. Au contraire, ils ont essayé de jouer le premier rôle dans l’attisement des passions russophobes dans l’UE et dans l’Otan. Cela continue jusqu’à présent.

Quel résultat concret d’une telle ligne et des adhésions aux institutions occidentales peuvent-ils présenter à leur population? On peut s’en convaincre en regardant les statistiques: combien il reste de population dans ces États après qu’un nombre énorme est parti à la recherche d’une vie meilleure en Europe ou ailleurs dans le monde, quelle croissance économique est démontrée, quels sont les indicateurs de PIB par habitant, et bien plus encore.

On sait bien comment l’Europe, depuis longtemps, dès le début de l’indépendance et de la participation ultérieure des républiques baltes à l’Otan et à l’UE, fermait les yeux sur la violation la plus flagrante des droits de l’homme. Leur attitude envers la langue russe est connue. Certes, ils ne sont pas allés jusqu’à l’impudence du régime de Vladimir Zelenski. L’interdiction de la langue en tant que telle dans tous les domaines de la vie n’a pas été déclarée. Bien que certains secteurs, l’éducation, les médias, et même la culture, soient progressivement soumis à des interdictions ciblées.

L’Église orthodoxe estonienne, c’est un autre exemple qui, dans la série des mêmes décisions ukrainiennes concernant l’Église orthodoxe ukrainienne, reflète la ligne du Phanar, la ligne du patriarche d’Istanbul (ma langue refuse de l’appeler Constantinople) visant à démanteler l’orthodoxie traditionnelle historique. C’est regrettable. J’ai mentionné l’Arménie dans le contexte de l’Église orthodoxe apostolique arménienne. C’est une tendance, et nous ne pouvons pas ne pas la remarquer. C’est une atteinte directe aux droits de l’homme consignés dans la Charte de l’ONU, où il est dit que les droits de chaque être humain doivent être respectés indépendamment, entre autres, de la religion.

Question: L’impérialisme américain, si l’on parle franchement et sans gêne, a atteint un nouveau niveau. Auparavant, ils s’occupaient pendant 150 ans, sinon plus, de l’hémisphère sud, des pays d’Amérique latine, du monde arabe, d’Afrique, etc. Maintenant, il s’agit de la capture militaire du Groenland.

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