février 20, 2026
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Economie

À El Fasher, une enquête de l’ONU relève les « signes distinctifs d’un génocide »

« Si nous vous avions tués en 2003, vous ne seriez pas revenus en 2023 ». Au Darfour du Nord, dans l’ouest soudanais, des survivantes d’El Fasherracontent la traque ethnique qu’elles ont subie, les enfants exécutés, les viols utilisés comme arme de guerre. 

Leurs récits figurent noir sur blanc dans le dernier rapport de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Soudan, rendu public jeudi. Les enquêteurs y concluent que les exactions commises par les troupes paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) dans la capitale du Darfour du Nord, présentent les « signes distinctifs d’un génocide ». 

Mais le document ne se contente pas de documenter les violences qui ont accompagné la chute d’El Fasher, le 26 octobre 2025, après plus de 500 jours de siège par les RSF. Il reconstitue un mode opératoire. Les éléments du général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », promettaient alors de « vider El Fasher des Falangiyat ». Les déclarations publiques des paramlitaires appelant explicitement à l’élimination des communautés non arabes – en particulier les Zaghawaet les Fur – sont, selon la mission, indissociables des crimes commis sur le terrain.

Meurtres ciblés et violences sexuelles systématiques

Dans leur offensive contre le dernier bastion gouvernemental dans la région, les FSR ont tué des membres de groupes ethniques protégés, infligé de graves atteintes physiques et mentales et créé des conditions de vie destinées à détruire, en tout ou en partie, ces communautés, affirme la mission créée en octobre 2023, six mois après l’éclatement du conflit, par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Autant d’éléments constitutifs du crime de génocide en droit international.

Une survivante raconte avoir vu un adolescent fouetté, suspendu à un arbre, après l’exécution de ses quatre frères et de ses parents. Il est mort de ses blessures. D’autres témoignages consignent des menaces proférées au moment de la prise de la ville : « Y a-t-il des Zaghawa parmi vous ? Si nous trouvons des Zaghawa, nous les tuerons tous » ; « Nous voulons éliminer tout ce qui est noir au Darfour ».

Les violences sexuelles apparaissent comme un instrument central de cette campagne. « Ils m’ont violée devant les corps de ma mère, de mon père et de mon frère assassiné », rapporte une survivante. Une autre se souvient des paroles d’un paramilitaire : « Ce sont des esclaves. Tuez-les, détruisez-les, violez-les ». Selon les enquêteurs, ces crimes s’inscrivent dans un schéma visant spécifiquement les femmes et les filles des communautés non arabes, où l’humiliation et la destruction psychologique accompagnent l’atteinte physique.

Deux témoins décrivent encore une scène atroce, survenue à l’université d’El Fasher. Un chef milicien surnommé « Abu Lulu » aurait interrogé une femme enceinte sur le stade de sa grossesse. À sa réponse – sept mois – il aurait tiré sept balles dans son ventre.

L’histoire qui se répète

Pour de nombreux habitants du Darfour, la violence a un goût de déjà-vu. Les RSF sont issues des milices janjawids, actives lors de la guerre du Darfour, il y a plus de 20 ans. À l’époque déjà, elles affrontaient les communautés non arabes – Fours, Masalits, Zaghawa – cette fois-ci avec l’appui du gouvernement soudanais.

Quelques semaines avant la chute d’El Fasher, début octobre, la Cour pénale internationale (CPI) condamnait Ali Muhammad Ali Abd-Al Rahman, dit Ali Kushayb, ancien chef janjawid, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis au Darfour en 2003 et 2004. 

Depuis, les procureurs de la cour en charge du dossier n’ont eu de cesse d’alerter sur le fait que des atrocités similaires sont de nouveau perpétrées aujourd’hui dans la région, le viol servant encore d’arme de guerre.

Une opération « planifiée et organisée »

« L’ampleur, la coordination et le soutien public apporté à cette opération par les hauts responsables de la RSF démontrent que les crimes commis à El Fasher et dans ses environs n’étaient pas des excès de guerre fortuits », estime le chef de la mission onusienne, Mohamed Chande Othman. « Ils faisaient partie d’une opération planifiée et organisée qui présente les caractéristiques déterminantes d’un génocide ».

Mona Rishmawi, une experte de la mission, abonde : « Les FSR ont agi avec l’intention de détruire, en tout ou en partie, les communautés zaghawa et fur à El-Fasher. Ce sont là les caractéristiques d’un génocide ».

En guerre contre l’armée régulière depuis avril 2023, les FSR affrontent un pays déjà ravagé par près de trois ans de combats. Le conflit a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et déplacé plus de 11 millions de personnes, dans ce que l’ONU qualifie de « pire crise humanitaire au monde ».

La mission met en garde qu’« en l’absence de mesures efficaces de prévention et de reddition des comptes, le risque de nouveaux actes de génocide demeure grave et persistant ». Elle rappelle l’obligation qui en découle : « Lorsqu’il existe des preuves de génocide, la communauté internationale a une obligation accrue de prévenir, de protéger et de veiller à ce que justice soit faite ».

À El Fasher, les mots des survivants et ceux des juristes s’accordent désormais sur un même constat. Reste à savoir si la qualification entraînera une réponse à la hauteur de la communauté internationale. ONU Info

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