L’histoire militaire, dans son évolution, semble répétitive, discontinue et empreinte de faits graves et irréparables. Le destin est inéluctable pour nous tous, mais souvent insupportable, incompréhensible pour ceux qui ont opté pour le métier des armes. Suffisamment préparés aux aléas tactiques, leur sort est, pour la plupart, lié aux technicités apprises dans la perfection. Comme toute oeuvre humaine attachée à l’imperfection et devant les phénomènes naturels, un avenir radieux peut en quelques secondes, être réduit au néant. Ce néant crée de facto, un vide que personne ne pourra combler, pas les parents, pas les frères d’armes et encore moins l’Etat. Pourtant le devoir de mémoire qui s’impose à toutes ces entités est parfois rangé aux oubliettes, butant sur des textes que le législateur doit revoir et améliorer. Un État, c’est la continuité et toute l’attention requise doit être portée à l’endroit de ceux qui assument des missions de service commandé. Après le cérémonial, seules l’épouse et la malheureuse progéniture laissées derrière demeureront dans un silence absolu, les éternelles victimes. Servir son pays avec honneur et fidélité a été le sacerdoce de tous ceux qui sont tombés en service commandé. Ce slogan est véhiculé par les autres citoyens, agents de l’Etat, mais en courant le moindre risque. Au demeurant et face à leur mission vitale pour le pays, l’on devrait, au-delà des discours pompeux, leur accorder plus de considération, d’assistance et davantage magnifier ce devoir de reconnaissance et celui de mémoire à leur endroit. En lieu et place et de leur vivant, on les laisse, comme nos frères invalides, vociférer dans les rues et en découdre avec d’autres frères en tenue. Des avancées significatives ont été enregistrées au cours des deux dernières décades,mais ces acquis multiformes doivent être renforcés. L’accident de nos frères marins remet sur la table cette lancinante question de la reconnaissance de notre Nation. Il est chaque jour chanté, ici comme sous d’autres latitudes, le professionnalisme de notre Armée, la chanson se limite à cet eternel refrain. Il a fallu des décennies pour que nos jambars reçoivent des primes du niveau des autres pays, pourquoi? L’Armée est assujettie à l’autorité politique, donc la réponse est du côté du décideur politique. Ils sont partis en cours d’éxécution de leur devoir, demain ils seront dans l’oubli. L’attente des familles a été pesante et leur douleur sera ancrée dans le marbre. Leurs frères continueront à assumer leurs fonctions, quelles que soient les difficultés inhérentes et les intempéries à surmonter. Pourquoi ne pas revoir à la hausse l’allocation du Président Macky Sall dédiée aux jambars qui tombent? On ne passe pas sous silence les multiples initiatives de la Direction de l’action sociale des Armées sous forme d’assistance aux familles, mais, comparé à l’immensité de la perte, d’autres efforts sont attendus et jamais de trop. Ils ont donné leur vie pour la patrie et une vie n’a pas de prix. Ces jeunes qui ont payé la note la plus salée laissent la désolation. Ce qu’ils ont fait vaut plus que mouiller le maillot national et ils n’auront plus une autre séquence ou une autre édition à gagner. Leurs noms seront inscrits sur le marbre de l’État-major général,comme cette plaie béante ouverte dans le coeur de leurs siens. Mon message s’adresse aux autorités et vient de quelqu’un qui a vu ses frères d’armes tomber. Les conséquences de ces pertes sont immenses, incalculables et méritent une profonde révision de l’assistance offerte jusque-là aux familles des victimes. Je reste persuadé que ces mesures sont dans les cordes de l’État. « Kou deff lou reuy, amm lou reuy » avait dit le Président Abdou Diouf. Il parlait de ceux qui ont sué pour l’honneur du Sénégal, eux ont donné leur vie. Ce sentiment de compassion restera en nous et nous portons ce deuil avec eux. Reposez en paix, chers jambars. Vos rejetons pourront demain lever les bras au ciel et dire vos louanges , surtout le sacrifice consenti par leur père.
ON NOUS TUE, ON NE NOUS DESHONORE PAS.
Lieutenant -colonel(er) Adama Diop, Ancien Chef de la Division Médias et Strategies de la DIRPA.

