février 20, 2026
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Sécurité

Adapter la riposte du Bénin contre les groupes militants violents

Bien que le Bénin ait entrepris des réformes notables pour répondre à la menace des militants islamistes qui se répandent à sa frontière nord, d’autres adaptations en matière de sécurité et de gouvernance s’avèrent nécessaires pour rétablir la stabilité. C’est du moins l’avis du Dr Anouar Boukhars, Professeur de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, dans cette étude publiée par le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, dont nous vous proposons une synthèse.

POINTS SAILLANTS

Les attaques persistantes de groupes islamistes militants dans les régions frontalières du nord du Bénin constituent une menace croissante pour la sécurité des pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.
Le Bénin a procédé à des réformes institutionnelles notables pour renforcer ses forces de sécurité. Afin de lutter de manière efficace contre l’insurrection militante, une formation accélérée et recentrée est cependant nécessaire pour traduire ces réformes en capacités opérationnelles plus adaptées.
Pour maintenir la pression sur les insurgés, habiliter les commandants locaux, associer une mobilité accrue des forces à une force de frappe, et fusionner les échanges de renseignements entre les ministères constituent des adaptations opérationnelles prioritaires et nécessaires.
Afin de lutter de manière efficace contre l’insurrection dans le nord du Bénin il faut rendre opérationnel un modèle de protection centré sur la population et ancrer cette éthique au sein des forces de sécurité.

Le Bénin est devenu un front clé pour les groupes islamistes militants violents qui opèrent à partir du Burkina Faso et du Niger voisins et qui cherchent à étendre leurs opérations dans les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. Depuis le premier attentat perpétré au Bénin en 2019, la menace sur la sécurité des départements du nord du pays n’a cessé de s’étendre et le nombre de victimes d’augmenter. Il est estimé à 575 morts en 2025.

Le débordement de la menace grandissante des militants islamistes venus des pays sahéliens du Mali, du Burkina Faso et du Niger, a provoqué ces attaques, qui ont entrainé, depuis 2019, la multiplication par sept du nombre de victimes dans la région. Cette menace atteint désormais chacun des pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.

Le gouvernement du Bénin a réagi en dotant et en restructurant ses forces de défense et de sécurité, en déployant des milliers de soldats dans les zones touchées et en renforçant les contrôles aux frontières. Cependant, les résultats tangibles tardent à se manifester. Les Forces de sécurité (FDS) luttent encore contre des militants agiles qui ont infligé de lourdes pertes civiles et militaires et se sont emparés de matériel militaire. Ces revers révèlent des lacunes structurelles persistantes et des insuffisances opérationnelles qui restreignent la stratégie de contre-insurrection du Bénin.

La mobilité limitée des FDS et la lenteur de leur réactivité permettent aux militants de dicter les termes des confrontations. La distance entre les bases les plus importantes renforce la dépendance sur des postes statiques et de contrôle qui souvent isolés et vulnérables. Les moyens aériens (drones, hélicoptères et avions de surveillance) sont sous-utilisés, et le manque d’opérateurs de drones qualifiés réduit encore leur impact. De nombreuses unités sont également mal préparées au combat sur des terrains accidentés et présentent des lacunes en matière de compétences techniques et de guerre asymétrique. Ces facteurs s’associent pour saper l’efficacité opérationnelle et exposer les FDS à des groupes militants encore plus agiles.

Ces limites ont été mises en évidence en janvier 2025 lors de la prise d’assaut de la base militaire lourdement fortifiée d’Alibori, une base considérée comme la pierre angulaire de la campagne de sécurité menée par le Bénin pour stabiliser les régions frontalières du nord. D’autres attaques ont par la suite été perpétrées contre les forces béninoises en 2025, notamment dans le parc régional du W où l’une d’entre elles a provoqué la mort de 54 soldats.

La menace croissante des groupes militants

Au Bénin, la menace représentée par les militants s’est muée d’une préoccupation périphérique à une réalité bien ancrée. Depuis 2018, les régions septentrionales du pays servaient principalement de zone de transit et d’approvisionnement pour les groupes insurgés du Sahel, offrant des marchés pour le bétail volé, la contrebande, l’or artisanal, les motocyclettes et le carburant. Les militants traversaient les parcs frontaliers avec une relative facilité mais n’étaient pas considérés au départ comme une menace directe, bien que leur présence soit connue, les habitants les appelant même « Boko Haram ».

La situation a changé en décembre 2021, lorsque des militants ont attaqué un poste militaire à Porga, près de la frontière burkinabè, tuant deux soldats et faisant plusieurs blessés. Cette attaque a marqué le début d’une vague de violence soutenue dans l’extrême nord. Les analystes estiment que la faction Katiba Hanifa du groupe militant sahélien Jama’atNusrat al Islam wal Muslimeen (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a tiré parti des avantages géographiques, manipulé les identités locales et recouru à une violence calibrée pour s’implanter dans les zones frontalières du nord du Bénin.

Ces zones frontalières, caractérisées par des infrastructures limitées, des services publics insuffisants et une sécurité variable, ont longtemps été mal intégrées dans la gouvernance nationale. Cette présence disparate de l’État a alimenté la frustration et un sentiment d’abandon au sein de certaines communautés, sentiments que les militants exploitent pour se présenter comme une alternative viable. Les mesures gouvernementales telles que les restrictions sur la transhumance et l’exploitation aurifère artisanale ont parfois aggravé ces ressentiments en sapant les moyens de subsistance locaux. En l’absence d’efforts parallèles pour sécuriser ces moyens de subsistance, ces restrictions peuvent par inadvertance renforcer les mêmes groupes qu’elles cherchent à affaiblir.

Pour pallier ces risques, le gouvernement a entrepris de remédier à la marginalisation des zones frontalières. Bien avant l’émergence des groupes militants, l’Agence Béninoise de Gestion Intégrée des Espaces Frontaliers (ABeGIEF) a lancé plusieurs initiatives économiques visant à renforcer la présence de l’État et à promouvoir le développement dans ces zones reculées. Le gouvernement a ensuite élargi cette approche en 2024 par le biais du Programme de résilience et de prévention (PREP), dont l’objectif est de renforcer la capacité du gouvernement à apporter un soutien aux communautés fragiles confrontées à des conflits. Le PREP adopte une approche intégrée unissant des investissements dans la cohésion sociale et les prestations publiques avec des mesures visant à renforcer les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire, ainsi que des réformes foncières pour atténuer les tensions liées aux ressources.

L’ampleur et la portée géographique limitée de ces efforts n’a permis que des progrès inégaux en matière de moyens de subsistance et de gouvernance, ce qui a restreint leur capacité à s’attaquer aux facteurs structurels de l’insécurité. Ces lacunes sont aggravées par des pressions humanitaires croissantes, le Bénin ayant accueilli environ 25 000 réfugiés déplacés par les violences perpétrées par le JNIM au Burkina Faso au cours des dernières années.

La géographie amplifie cette dynamique. Le relief accidenté du nord du Bénin transforme les zones frontalières en points d’entrée, sanctuaires et terrains de recrutement pour les militants. Cette topographie complexe comprend les montagnes de l’Atacora et les collines du centre-nord, qui créent des zones difficiles à surveiller, propices à la guérilla, au stockage d’armes et à servir de cachette pour les militants.

Le pays se trouve à la convergence de frontières instables avec le Burkina Faso, le Niger et le Nigeria, qui abritent tous des groupes militants violents. Les parcs transfrontaliers tels que le complexe W-Arly-Pendjari favorisent la mobilité transfrontalière et l’accès aux économies illicites – trafic de carburant, braconnage et extraction illégale de ressources – ainsi que le contrôle du commerce licite le long des principaux couloirs de transport.

Les contrebandiers et les braconniers, souvent armés, connaissent le terrain et se considèrent déjà aliénés par les restrictions imposées par le gouvernement dans les zones protégées. Ils ont donc joué un rôle décisif dans la consolidation de la présence des groupes extrémistes violents dans la zone des trois frontières. Reprenant les tactiques utilisées au Burkina Faso et au Niger, les militants exploitent ces griefs en proposant l’accès aux parcs en échange d’un enrôlement ou d’un soutien logistique.

Au-delà des parcs, d’autres points névralgiques du trafic illicite alimentent les réseaux militants. Ces groupes armés ont cultivé, de gré ou de force, de vastes chaînes d’intermédiaires dans les zones frontalières du Bénin pour s’approvisionner en carburant, en nourriture, en médicaments de contrebande, en bétail et autres produits de première nécessité. L’exploitation artisanale de l’or à Kouaténa renforce les flux transfrontaliers de personnes et de ressources également exploités par les militants.

Les groupes militants exploitent les fragilités sociales dans le nord du Bénin pour s’y infiltrer plus facilement. En raison de la pression démographique, de l’expansion agricole et des contraintes environnementales, les tensions concernant l’accès aux terres se sont intensifiées entre les communautés pastorales, en particulier les groupes peuls, et les agriculteurs sédentaires tels que les Bariba et les Dendi. La faible gouvernance foncière, notamment les changements fréquents de la politique foncière – qui ont tendance à redistribuer les avantages de manière inégale – ont renforcé ces tensions. Cette situation a incité les acteurs à contester ou à manipuler les revendications légales, perpétuant ainsi des cycles d’injustices et de représailles5.

Ces défis de gouvernance se greffent sur des dynamiques changeantes de mobilité qui aggravent encore l’insécurité. Le nord du Bénin se trouve le long des principaux couloirs de transhumance du Burkina Faso et du Niger, ce qui intensifie la concurrence pour les terres et l’eau, surtout pendant les saisons de pâturage. Les restrictions frontalières ont de plus en plus détourné les éleveurs vers des itinéraires informels, aggravant les tensions avec les communautés d’accueil. Ces pressions foncières ont favorisé des abus – tels que les arrestations arbitraires, les amendes excessives et les saisies de bétail – contribuant à la militarisation progressive des groupes de transhumants. Dans le même temps, la transition de groupes anciennement transhumants vers une sédentarisation permanente sous l’effet des pressions économiques et de la politique de l’État a généré de nouveaux conflits. En effet, les éleveurs sédentaires sont souvent perçus par les communautés agricoles autochtones comme des requérants illégitimes de ces terrains.

En général, ces pressions croisées ont contribué à l’ethnicisation croissante du conflit, en particulier autour de l’identité peule, aggravant la polarisation sociale et amplifiant le risque d’exploitation par les militants. La compétition politique locale exacerbe encore ces vulnérabilités. Les affiliations ethniques ou religieuses sont parfois instrumentalisées pour consolider le soutien politique, ce qui érode la cohésion sociale et la confiance du public. La corruption, un faible sens de redevabilité et la présence limitée des dirigeants politiques dans les zones rurales – qui administrent souvent leurs circonscriptions depuis des centres urbains éloignés – renforcent le sentiment de négligence et d’exclusion et affaiblissent davantage les mécanismes locaux de régulation des conflits.

Les groupes d’insurgés militants exploitent cet environnement en se présentant comme les protecteurs des éleveurs, en particulier des communautés peules, qui sont déjà stigmatisées et sous-représentées. Les groupes extrémistes violents du Sahel ont recruté massivement au sein de la population peule, une communauté transnationale de quelque 35 millions de personnes en Afrique de l’Ouest (même si la grande majorité des Peuls rejettent l’extrémisme). Dans tout le Sahel, les leaders islamistes militants comme Amadou Koufa (Mali) et feu Ibrahim Malam Dicko (Burkina Faso) ont instrumentalisé les frustrations des Peuls face à leur exclusion pour recruter des jeunes.

Synthèse de Fatou SENE

 

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