Après un mois de détention au Maroc, les 18 supporters sénégalais arrêtés à l’issue de la finale de la CAN ont été fixés sur leur sort ce jeudi par le Tribunal de grande instance de Rabat. Reconnu coupables de « voies de fait », ils écopent de peines allant de trois mois à un an d’emprisonnement ferme. Retour complet sur un dossier devenu à la fois judiciaire, diplomatique et émotionnel.
Tout démarre le 18 janvier dernier, au soir de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc. La rencontre, disputée dans un climat électrique, se conclut dans la confusion. Des échauffourées éclatent dans les tribunes entre certains supporters sénégalais et des stadiers. Des échanges de projectiles et des mouvements de foule sont signalés.
Dans la foulée, les forces de l’ordre procèdent à plusieurs interpellations. Dix-huit ressortissants sénégalais sont placés en garde à vue, puis poursuivis pour « voies de fait » et troubles à l’ordre public. L’affaire prend immédiatement une dimension nationale au Sénégal.
Un mois de détention et des audiences sous tension
Transférés à Rabat, les 18 supporters sont placés en détention provisoire. Les premières audiences sont marquées par des reports et des débats procéduraux. La défense plaide la nullité des faits, conteste certaines qualifications et dénonce des irrégularités.
De son côté, la partie civile réclame l’application stricte de la loi marocaine, estimant que les violences ont porté atteinte à l’ordre public et à la sécurité des agents présents.
Au fil des semaines, l’affaire suscite une vive émotion au Sénégal. Des proches dénoncent des conditions de détention difficiles. Des appels à la clémence émergent, tandis que des démarches diplomatiques sont engagées en coulisses.
La Fédération Sénégalaise de Football suit le dossier de près et publie régulièrement des communiqués pour informer l’opinion.
Le verdict : le tribunal suit les réquisitions
Ce jeudi, après les plaidoiries des différentes parties, le Tribunal de grande instance de Rabat s’est retiré durant près de trois heures pour délibérer.
Dans un communiqué publié dans la soirée, la Fédération Sénégalaise de Football annonce : « Le verdict est tombé ce jeudi pour les dix-huit supporters sénégalais poursuivis pour voies de fait et jugés à l’issue des plaidoiries des différentes parties au terme d’une audience particulièrement tendue au Tribunal de grande instance de Rabat. Le juge a suivi les réquisitions du procureur du Roi, estimant les prévenus coupables des faits qui leur étaient reprochés. »
Les peines prononcées sont les suivantes :
•trois mois de prison ferme pour certains prévenus ;
•six mois ferme pour d’autres ;
•un an d’emprisonnement ferme pour les cas jugés les plus graves.
Les condamnations varient donc en fonction du niveau d’implication retenu par le tribunal.
Une audience sous le choc
Selon le communiqué fédéral, l’annonce du verdict a provoqué une forte émotion dans la salle d’audience. « L’annonce du verdict a suscité une vive émotion dans la salle d’audience. L’atmosphère est rapidement devenue tendue, les détenus peinant à contenir leur détresse. L’un d’eux a même été victime d’un malaise, nécessitant une prise en charge. »Pour les proches des accusés, la décision est jugée sévère. La défense, qui avait sollicité la clémence du tribunal, pourrait désormais explorer les voies de recours prévues par le droit marocain.
Un dossier à portée diplomatique
Au-delà de la dimension judiciaire, cette affaire a eu un impact symbolique fort. Elle a ravivé les débats sur la gestion des incidents en compétition internationale, la responsabilité individuelle des supporters et la coopération entre États en matière judiciaire. Reste désormais à savoir si un appel sera interjeté et si des démarches diplomatiques pourraient intervenir dans la suite du processus. Une chose est certaine : ce dossier, né d’une soirée de finale sous tension, aura marqué durablement l’opinion publique sénégalaise.
El Hadji Malick SARR

