Le monde se fracture sous nos yeux. Jamais, depuis la fin de la Guerre froide, le système multilatéral n’a semblé aussi fragile, grippé par les vétos croisés, impuissant face aux tragédies qui s’accumulent de Gaza à l’Est de la RDC, en passant par les steppes ukrainiennes. L’Organisation des Nations Unies, cette vieille dame de Turtle Bay, ne souffre pas seulement d’un problème de structure ; elle souffre d’une crise de leadership. Elle a besoin, pour sa survie, non plus d’un administrateur prudent, mais d’un politique chevronné, capable de parler aussi bien à l’Occident qu’au Sud Global.
C’est dans cet interstice de l’Histoire, où le chaos le dispute à l’incertitude, que se dessine une opportunité paradoxale et magnifique pour le Sénégal. Et plus spécifiquement pour son chef de l’État, le Président Bassirou Diomaye Faye.
Ce qui n’était qu’un murmure de chancellerie est désormais une certitude établie : Macky Sall vise la succession d’António Guterres. L’ambition de l’ancien chef de l’État n’est plus un secret pour personne, et la démarche s’est précisée par une correspondance adressée directement au Président Bassirou Diomaye Faye, sollicitant un soutien aussi actif que déterminant. Face à cette requête formelle, l’heure n’est plus aux états d’âme ni à la relecture des querelles d’hier. La seule interrogation qui vaille, à l’aune des intérêts supérieurs de la nation, demeure celle-ci : le Sénégal peut-il se permettre de ne pas porter l’un des siens au sommet du monde ?
La nécessité d’un profil « Sud Global »
Pour comprendre l’enjeu, il faut d’abord analyser le poste. Le prochain Secrétaire général ne pourra pas être un technocrate. L’époque exige un homme d’État ayant exercé la charge suprême, rompu à la solitude du pouvoir et à la violence des rapports de force internationaux.
À ce titre, l’analyse froide du parcours de Macky Sall révèle une adéquation quasi clinique avec le cahier des charges onusien. Douze années à la tête du Sénégal ont forgé un diplomate redoutable. Mais c’est surtout son passage à la présidence de l’Union africaine (UA) qui a opéré la mue du politique local en leader global.
Qui a oublié son plaidoyer, technique et obstiné, pour l’intégration de l’Afrique au G20 ? Ce qui semblait une chimère diplomatique est devenu réalité, en grande partie grâce à son entregent et sa capacité à naviguer entre Washington, Pékin et Bruxelles. Qui a oublié son déplacement à Sotchi, au début de la guerre en Ukraine, pour négocier la libération des stocks de céréales ? Là où les géants européens étaient inaudibles, Macky Sall a porté la voix d’un continent menacé par la famine, démontrant une capacité de médiation qui manque cruellement à l’ONU aujourd’hui.
Envoyé spécial du Pacte de Paris pour les peuples et la planète (4P), il dispose déjà d’un pied dans l’architecture mondiale, d’une crédibilité auprès des institutions financières internationales (FMI, Banque Mondiale) et d’un réseau qui transcende les clivages idéologiques. C’est ce pragmatisme, cette « diplomatie de l’équilibre », qui fait de lui le candidat naturel d’un Sud Global qui réclame sa part de lumière.
Le test de maturité pour le Président Faye
Cependant, la candidature d’un homme, aussi qualifié soit-il, ne vaut rien sans le moteur diplomatique de son propre pays. C’est ici que se joue une partition délicate pour le Président Bassirou Diomaye Faye.
On objectera, dans les cercles partisans, que les plaies de la lutte politique récente sont encore vives. Que soutenir celui que l’on a combattu avec tant d’apreté relèverait de la contradiction. Ce serait là une lecture myope de la fonction présidentielle. Au contraire, soutenir activement, publiquement et diplomatiquement la candidature de Macky Sall constituerait pour Bassirou Diomaye Faye un acte fondateur, peut-être le plus significatif de son début de mandat sur le plan symbolique.
En politique, il y a les victoires électorales, et il y a les victoires d’État. En portant la candidature de son prédécesseur, le Président Faye enverrait un signal d’une puissance inouïe au monde et à son propre peuple : celui de la continuité républicaine. Il démontrerait que le Sénégal est une démocratie majeure, capable de digérer ses alternances et de placer l’intérêt national au-dessus des ressentiments personnels. Ce serait la preuve ultime d’une autorité présidentielle apaisée, sûre d’elle-même, qui n’a pas besoin d’effacer le passé pour construire l’avenir.
Une opportunité historique pour le Sénégal
Imaginons un instant la configuration : un Président jeune, panafricaniste, incarnant le renouveau démocratique à Dakar, poussant la candidature d’un ancien Président expérimenté pour diriger l’ONU à New York. Le tandem, improbable sur le papier, serait redoutable sur la scène internationale. Il maximiserait le « soft power » sénégalais comme jamais auparavant.
Le Sénégal, terre de dialogue, pays de Senghor et de la diplomatie de la Teranga, a toujours joué dans une catégorie supérieure à son poids démographique ou économique. Placer un compatriote au 38e étage du siège de l’ONU serait le couronnement d’un siècle de tradition diplomatique d’excellence.
Si le Président Faye choisit l’abstention ou la neutralité bienveillante, il ne fera « que » de la politique. S’il choisit l’engagement total pour cette candidature, il fera de l’Histoire. Il s’élèvera au-dessus de la mêlée pour devenir le parrain d’une victoire diplomatique continentale.
L’ONU a besoin d’un patron qui connait les rapports de forceset les situations économique tendues, un homme qui a géré des crises internationales et discuté avec les Grands de ce monde les yeux dans les yeux. Macky Sall a ce profil. Bassirou Diomaye Faye a le pouvoir de le propulser.
Le moment est venu de faire taire les passions tristes pour laisser parler la grandeur de l’État. Si le Sénégal rate cette marche, c’est toute l’Afrique qui risque de patienter encore longtemps dans l’antichambre de la gouvernance mondiale. Monsieur le Président Faye, l’audace est la vertu des grands hommes d’État. Le monde regarde Dakar.
Modou FALL

