L’Afrique regorge de sommets cette année. Si l’Europe veut se démarquer, cela doit rester longtemps après que les photos aient été prises
En 2026, l’Europe revient en Afrique avec une avalanche de sommets à un moment de compétition géopolitique intense. L’Italie accueillera pour la première fois son sommet africain sur le continent lui-même ; La France convoquera son sommet Afrique–France à Nairobi, le premier en dehors de la sphère francophone. La Russie et la Turquie organisent également des rassemblements à l’échelle du continent.
L’effervescence diplomatique mettra à l’épreuve si l’Europe peut se démarquer des autres—et si elle peut dépasser un engagement symbolique pour un partenariat stable et efficace dans une Afrique de plus en plus multipolaire et affirmée.
Le boom des sommets et l’influence croissante de l’Afrique
Les sommets Afrique+1 se sont multipliés au cours de la dernière décennie. La Chine, les États-Unis, la Russie, la Turquie, le Japon, l’Inde, la Corée du Sud et plusieurs États du Golfe détiennent désormais des formats diplomatiques à l’échelle de l’Afrique. Des acteurs émergents de l’UE, tels que l’Estonie, la Lettonie et la Slovénie, ont également récemment rejoint la course. En 2025, la Serbie a tenu sa deuxième conférence sur l’Afrique axée sur la défense, et les prochains sommets économiques en 2026 — les États-Unis à l’île Maurice, l’Allemagne au Ghana — offriront aux investisseurs un accès direct aux marchés africains.
Cette prolifération montre que les États africains ne veulent plus de mécènes exclusifs. Au lieu de cela, ils pratiquent une diplomatie « à la carte », associant des partenaires aux besoins et priorités — énergie de l’un, infrastructure de l’autre, sécurité d’un troisième. Très peu continuent à rechercher des alignements exclusifs, l’Érythrée en étant un exemple majeur. Le sommet reste un outil utile dans un environnement multilatéral tendu. Ils offrent aux dirigeants africains une visibilité, un levier diplomatique et un accès au financement. Le président kényan Ruto en est un exemple : autrefois critique virulent des rassemblements Afrique+1, il s’apprête désormais à co-en organiser un dans son propre pays.
Cependant, de nombreux sommets Afrique+1 ont eu du mal à traduire les annonces en publication. Les engagements sont ambitieux mais faiblement institutionnalisés, renforçant le scepticisme parmi les partenaires africains. Et les initiatives européennes sont souvent présentées de manière réactive, comme des efforts visant à contrer l’influence chinoise, russe ou turque. Les gouvernements africains ont tendance à être pragmatiques, jugeant les offres sur des résultats concrets plutôt que par un alignement géopolitique.
La diplomatie au sommet peut également saper les normes panafricaines. La participation des gouvernements coup d’État suspendus par l’UA aux sommets saoudiens et russes a montré comment le calcul bilatéral peut éroder les principes continentaux. Le partenariat institutionnel de longue date de l’Europe avec l’Union africaine pourrait renforcer cette cohérence (mais seulement si elle est accompagnée d’un engagement politique soutenu). La relation UE-UA donnerait à l’Europe un levier solide par rapport à ses concurrents. Sans cela, l’Europe risque de devenir simplement un autre hôte de sommet, indiscernable d’Ankara ou de Moscou.
Du sommet à la présence soutenue
L’Afrique valorise la continuité. Le dialogue politique régulier, la présence diplomatique et la capacité de mise en œuvre comptent plus que les événements phares. En même temps, les Africains tiennent toujours aux liens historiques avec leurs partenaires traditionnels, y compris l’UE et nombre de ses États membres. Compte tenu de l’imprévisibilité de Trump, cela pourrait être une opportunité d’un engagement européen accru et régulier.
Alors que l’Afrique et l’Europe cherchent toutes deux à diversifier leur portefeuille de partenariats, les gouvernements européens devraient se concentrer sur une coopération ciblée dans des domaines d’intérêt commun, de la transition énergétique et des infrastructures à la facilitation du commerce et à la connectivité numérique. La coopération triangulaire offre également une voie possible. Des initiatives conjointes impliquant des partenaires africains et des acteurs tiers, tels que les États du Golfe ou l’Inde, peuvent réduire la dynamique à somme nulle. La décision de la France d’inclure l’Inde dans la planification du sommet de Nairobi reflète cette logique émergente.
Les partenariats public-privé sont une autre voie. Des initiatives telles que le corridor de Lobito — le lien entre la République démocratique du Congo et la Zambie et le port de Lobito en Angola, soutenu par Global Gateway — peuvent renforcer la crédibilité de l’Europe si elles génèrent des bénéfices visibles pour les Africains plutôt que de simplement servir les chaînes d’approvisionnement externes.
Le sommet italien sur l’Afrique de 2026 sera en particulier un test pour savoir si l’engagement européen peut dépasser la performance. La conférence mettra le Plan Mattei au second plan alors que Rome cherche à se repositionner comme partenaire d’Europe centrale pour l’Afrique, notamment dans les domaines de l’énergie et du développement. Le défi sera de démontrer que l’initiative va au-delà de la gestion de la migration et offre des résultats économiques concrets et mutuellement bénéfiques.
De même, le sommet français de Nairobi reflète une tentative de réinitialiser les relations après des années de tensions politiques dans certaines parties de l’Afrique de l’Ouest et centrale. La tenue de la réunion au Kenya marque la reconnaissance que la France doit s’engager avec l’Afrique au-delà de ses réseaux traditionnels et de ses géographies coloniales.
Le regroupement des sommets africains en 2026 ne remodelera pas à lui seul la politique mondiale. Mais cela révélera si l’Europe est prête à recalibrer son approche dans un continent qui définit de plus en plus son propre agenda. L’Afrique n’a pas besoin de plus de sommets ; Il a besoin de partenaires fiables et de résultats. Pour que l’Europe ne soit pas laissée pour compte, elle doit soutenir les mots par des ressources et rester présente après la prise des photos. Moins de performance, plus de permanence.
Par Lena Krause (ECFR)

