GAPP-NIGER : L'art de jouer à l'avocat du diable en versant des larmes de crocodile

Un nébuleux groupe de personnes constituées en syndicat du crime, a perdu une occasion en or de se taire. Au lieu de se ranger du bon côté de l'histoire et de s'indigner de mauvaises pratiques de son mentor révélées au grand jour, le GAPP s'est lancé dans une entreprise désespérée et crapuleuse : défendre l'indéfendable, voler au secours de Mahamadou Issoufou empêtré dans de nombreux scandales de tous ordres : financier, politique, moral...
L'opinion sait distinguer le mercenariat de la plume et la communication mercantiliste de révélations issues d'investigations sérieuses et de recherches minutieuses. La réplique qui a fait pschitt à une publication qui trouble le sommeil de Mahamadou Issoufou tant les accusations contre lui sont étayées de faits indéniables et de preuves irréfutable, est une tentative infructueuse de blanchir un homme coupable de tous les péchés.
La rhétorique intéresse moins l'opinion que tous les éclairages apportés sur les affaires louches du sieur Issoufou qui dérangent et font scandale dans la cité. A qui la faute, si le roi Issoufou est nu, rattrapé par les nombreux cadavres disposés dans son placard ?
Au demeurant le texte publié sous la signature d’un prétendu “Groupe d’Analyse et de Prospection Politique” qui accoure comme des sapeurs-pompiers pour éteindre un gigantesque incendie dévastateur n'est pas un démenti ni un désaveu après les faits allégués. C'est une piteuse opération de sauvetage d'un grand naufragé qui jusqu'ici avait réussi à passer entre les mailles des filets mais aujourd'hui est honni de tous.
Ce n'est ni plus ni moins qu'un écran rhétorique soigneusement déployé pour substituer à des questions concrètes des principes abstraits.
Quand un ancien président, auréolé d’un prix Mo-Ibrahim pour sa « bonne gouvernance » se retrouve acculé par des accusations persistantes d’enrichissement illicite, de biens mal acquis et de silence complice face au putsch qui a renversé son successeur, que fait-il ?
S'il n'a rien à se reprocher, il se disculpe et apporte la preuve de son innocence afin de mettre fin aux mauvais procès. Mahamadou Issoufou qui n'est pas " blanc comme neige", bien sûr ne peut courir le risque de démentir des faits avérés.
Il ne peut démontrer la légalité de sa fortune colossale. Alors, il laisse couler les choses dans l'espoir que le silence pourra lui servir et l'ambiguïté lui profitera. Il compte surtout sur ses ouailles pour relayer sa parole, ses pensées et surtout défendre sa peau.
Le même flou artistique s'étend à tous les domaines : par exemple, Il n'a pas daigné condamné avec force et conviction le coup d’État du 26 juillet 2023 ni n’a exigé à ce jour, la libération immédiate et inconditionnelle de Mohamed Bazoum alors qu'il a été pour beaucoup dans son avènement au pouvoir.
Issoufou avance toujours masqué. Il délègue. Il mandate. Il sponsorise.
Et c’est ainsi qu'est né le GAPP-Niger : une coquille vide. Le « Groupe d’Analyse et de Prospection Politiques », n'est pas une cellule d'analyse, de prospection plutôt un avatar de la cellule de com’ d’Issoufou Mahamadou et son bras armé. Un think-tank de pure façade pour endormir les consciences et servir de caisse de résonance. Une posture de fausse modération du débat public, d'invocation incantatoire de l’« État de droit », et une entreprise de déresponsabilisation, de diversion intellectuelle et de manipulation de l'opinion afin de détourner son attention de l'essentiel et des prédateurs avérés, bref une propagande opportuniste à l’intention des partenaires encore crédules.
Le texte publié sous la signature « GAPP » n'apporte pas de lumière aux faits ni ne les contredit. C’est une déclaration de soutien pour redorer un blason, irrémédiablement terni. C'est un acte militant et une prise de position démagogique. Il n'évoque pas les faits reprochés, il s'apitoie sur un sort scellé d'avance : ni l’immeuble de luxe le plus ostentatoire de Niamey érigé sur le domaine public du Château 1 Plateau (terrain spolié au peuple pour satisfaire les appétits du couple présidentiel), ni le domaine de 12 hectares au bord du fleuve à Goudel (villas somptueuses, routes privées bitumées, opulence indécente), ni les appartements parisiens (Boulevard Lannes et duplex dans le 16e, quartier huppé), ni les acquisitions à Alger, Abidjan ou ailleurs n'ont fait l'objet de contestations ou de démentis.
Les avocats improvisés et bénévoles forcenés de l'accusé Issoufou ne répondent pas à la question qui brûle les lèvres de tous les Nigériens : comment un ingénieur des mines, devenu président de la République, à l'origine socialiste avec un salaire connu de tous a-t-il pu accumuler en l'espace de dix ans un patrimoine immobilier et financier suspect défiant toute logique? Des enquêtes citoyennes parlent d’une centaine de terrains, maisons et d'immeubles de grand standing, propriétés du couple, sans compter les flux présumés via des dîmes sur les contrats turcs et chinois.
Qu'en est-il de l'éthique républicaine et de la morale politique relativement au putsch? Issoufou, seule personnalité civile conservant encore une influence réelle sur la hiérarchie militaire, a attendu plus d’un an pour prononcer du bout des lèvres une condamnation molle, du reste arrivée trop tard et faite à minima (août 2024). Ce n'était d'ailleurs pas de gaieté de cœur. Il aura fallu une forte pression de la fondation Mo Ibrahim). Depuis, la proximité avec la junte n'a jamais été démentie. Elle est même au beau fixe.
Le GAPP n’est pas neutre. C’est une extension narrative, un relais militant numérique déguisé en think-tank. Quand les faits se révèlent trop pesants et accablants, on plaide la « nuance ». Quand la culpabilité est trop flagrante, on brandit la « complexité ». Quand le peuple crie son indignation, on agite le spectre de la « division ». Le vrai acte de discorde et de menace suprême, c’est le coup d’État que Mahamadou issoufou cautionne et soutient.
La réaction réservée à un acte d'accusation implacable n'a pas d'effets ni de portée parce que ne concernant pas les faits. Peut-être est-il bon de récapituler les griefs afin qu'il ne subsiste l'ombre d'aucun doute et qu'il n'y ait pas la moindre place pour la mauvaise foi et les amalgames faciles. Les questions soulevées fâchent forcément et suscitent la colère légitime d’un peuple qui refuse l’impunité.
On sent la panique et le désarroi provoqués par le prétendu "pamphlet" de Samir Moussa qui manifestement a touché des cordes sensibles et bousculé bien de certitudes et fausses convictions acquises. Les accusations sont précises et fondées sur des faits incontestables. Au lieu d'y répondre point par point afin de porter une contradiction digne d'intérêt, on botte en touche en rappelant des notions qui ont disparu du vocabulaire nigérien à cause de l'oppression que subit chacun de la part de la junte au pouvoir et du lourd passif de Issoufou, l'homme par qui tous les malheurs et scandales arrivent : « État de droit », « justice indépendante », « débat responsable »…
Une officine qui passe son temps à polir l’image d’un homme accusé d’avoir pillé le Niger pendant dix ans, qui se compromet avec une junte qui a assassiné la démocratie dans son pays, ne peut prêcher la bonne parole ni professer la morale sans tomber dans le ridicule et une certaine hérésie.
Il n'est guère surprenant qu'après la publication d'un texte qui dévoile des secrets que l'on croyait bien gardés, qu'il y'ait un baroud d'honneur de la meute organisée pour défendre Issoufou et la junte. L'on ne pouvait cependant pas espérer un débat sur le fond, une riposte sur les faits. Comme d'habitude, une manœuvre dilatoire consistant à noyer le poisson, à déplacer le débat en le personnalisant, en spéculant sur les motivations qui sous-tendent les révélations faites.
- Il n'y a pas eu d'invectives gratuites ni intentions de diffamer.
- Un bilan sélectif qui se veut positif alors qu'il enfonce le clou :
- Comme moyens de défense, l'on se défausse sur la responsabilité personnelle des « décisions collégiales », « des procédures administratives »… La vieille rengaine pour nier ou diluer la responsabilité primordiale du chef suprême. Quand le fils (Abba) est catapulté directeur adjoint de cabinet du président, concrètement, deuxième personnalité du pays puis ministre du Pétrole cinq jours après l’arrivée de Bazoum pour continuer à gérer les juteux contrats quand les firmes turques versaient une dîme systématique au couple présidentiel quand les enquêtes sur les malversations (MDN, marchés surfacturés, PPP opaques) sont systématiquement étouffées… qui, est concerné au premier chef, incriminé ?
- Il n'y a donc pas de haine à appeler à la reddition des comptes. C'est un devoir moral et une question de responsabilité pour tout dirigeant.
- L’Histoire jugera, martèle-t-on. Elle a déjà livré son verdict : un ex-président qui laisse un pays exsangue, ruiné par la corruption, envahi par les terroristes, puis se tait ou fait des déclarations du bout des lèvres pendant que la junte qu’il a contribuée à légitimer (par son immobilisme et ses réseaux) séquestre Bazoum, n'est-il pas dans les égouts de l'histoire? Sous une dictature l'on ne peut invoquer l'Etat de Droit ni s'appuyer sur la justice pour museler le peuple ou censurer la vérité. La révolte est de droit et le silence n'est guère une option.