Gouvernance : Reddition des comptes et l’impunité des crimes économiques (AfrikaJom)

À quoi sert l’IGE ?
En examinant l’usage fait des rapports de l’IGE par le Président de la République depuis le régime de SENGHOR, on n’a pas l’impression qu’il soit seulement un instrument de régulation neutre et indépendant de la gouvernance financière. C’est une institution qui est régie par le Chef de l’État pour initier ses enquêtes. Ses rapports sont destinés au Chef de l’État qui seul apprécie ce qu’il en fait. Ce qui porte souvent à croire que l’IGE ressemble beaucoup plus à un instrument politique entre les mains de l’État pour exercer une pression sur des dissidents politiques de l’opposition ou du pouvoir pour simplement les punir (les chantiers de Thiès, la Mairie de Dakar, l’affaire Khalifa SALL, l’affaire Petrotim, le CESE).
L’IGE est sous le contrôle du Président de la République qui décide seul de ses missions et également des suites à donner à ses rapports, recommandations, ou conclusions. Ce qui pose des questions réelles d’indépendance de cette institution considérée comme la plus haute administration surtout quand le chef de l’État est en même temps chef de parti.
Il faut bien dire, en effet, que, pour les citoyens, ou encore les personnes concernées par les rapports de l’IGE, leur publicité est d’un intérêt pratique des plus certains. Cela tient évidemment, comme l’illustre le rapport (toujours secret) concernant la ville de Dakar, aux enjeux liés au respect des principes constitutionnels de transparence, du droit à l’information du public ou encore au respect des droits fondamentaux, notamment les droits de la défense.
Mieux, d’autres questions tournent autour de l’interrogation suivante : ces rapports constituent-ils un outil efficace permettant de moderniser et de réformer la gouvernance financière de l’État. En d’autres termes, ce corps de contrôle logé à la présidence et qui agit sur demande du Président de la République est-il bien connu du public ? Peut-il continuer à être logé à la présidence ? Ses rapports permettent-ils de mieux structurer la doctrine administrative ? Doit-elle être réformée et renforcée dans ses prérogatives ?
L’Inspection générale des Finances (IGF) est chargée
- de vérifier l’utilisation des crédits publics et la régularité des opérations des administrateurs, des ordonnateurs, de tous comptables publics de deniers et matières, des régisseurs et des billeteurs ;
- de contrôler, dans tous les services relevant du Département, l’observation des lois, ordonnances, règlements et instructions qui en régissent le fonctionnement administratif, financier et comptable ;
- de contrôler la qualité de l’organisation des services ainsi que leur efficacité ;
- de l’information complète du Ministre sur l’état des projets et programmes placés sous la tutelle technique du Département et tout particulièrement sur le niveau d’exécution de leurs budgets ;
- de contrôler dans les services publics, entreprises du secteur parapublic et personnes morales de droit privé bénéficiant du concours financier de la puissance publique, l’application des lois et règlements qui en régissent le fonctionnement financier et comptable ; ces attributions s’exercent aussi sur les rapports entre les institutions ou agents contrôlés et les tiers, notamment les organismes bancaires publics ou privés ;
- de vérifier l’utilisation des crédits et la gestion des matières des projets et organismes bénéficiant de financement extérieur conformément aux accords conclus avec les bailleurs de fonds et/ou à la réglementation de la comptabilité publique et à la comptabilité des matières ;
- de donner son avis sur les projets de lois, ordonnances, décrets, arrêtés, instructions et circulaires, préparés par les services du Département ou soumis à l’avis du Ministre chargé des Finances ;
- d’assister le Ministre des Finances et du Budget dans le contrôle de la gestion du personnel, notamment en participant en qualité de représentant du Ministre aux conseils d’enquête et de discipline ;
- de représenter le Ministre des Finances et du Budget aux ventes aux enchères publiques effectuées par les services du Département ;
- de superviser, pour le compte du Ministre, les passations de service entre les directeurs généraux et directeurs de services ;
- de préparer, de centraliser et de diffuser les circulaires ministérielles ;
- de centraliser les observations des directions et services du Département sur les projets de textes juridiques soumis à l’approbation du Ministre de l’Economie, des Finances et du Plan ;
- d’assurer la liaison avec le Secrétariat général du Gouvernement, dans le cadre de l’élaboration des textes législatifs et réglementaires.
- Il accède au pouvoir porté par un mouvement citoyen massif, hybride, composé d’organisations de la société civile, d’organisations politiques, et de personnalités indépendantes de divers horizons sous le leadership de la RADDHO. Macky SALL lui-même en tant qu’opposant avec son parti politique était fortement impliqué dans le mouvement du M23, luttant contre le troisième mandat du Président WADE.
- Le deuxième atout du Président Macky SALL, ce sont les Assises Nationales et les conclusions de la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI), première tentative de réinvention et de consolidation de l’État de droit et d’une démocratie à bout de souffle. Nous sommes dans un contexte porté par un désir profond de ré-enchantement démocratique. C’est un Président sous pression et sous surveillance qui inaugure son premier mandat avec un discours historique et une nouvelle éthique politique avec des concepts nouveaux totalement en phase avec les attentes du peuple : « la Patrie avant le Parti », « la gouvernance sobre et vertueuse », qui ouvrent les horizons d’un État neutre, non partisan et d’une gouvernance marquée par la probité morale, la justice et l’équité.
- Le troisième atout du Président Macky SALL, c’est qu’il disposait d’un réservoir composé de toutes les compétences pour mettre en oeuvre ses nobles objectifs. Mais il a été rattrapé par les contraintes de la politique politicienne, partisane, de la démocratie électorale et clientéliste qui fait partie des obstacles réels aux changements de paradigme des pays africains. Car la démocratie dans ce pays est réduite à la démocratie électorale et au suffrage universel alors que sur le plan sociologique et politique se construit partout une dynamique de changement social avec des organisations hybrides un peu partout sur le continent (Algérie, Soudan, Guinée, Gambie, etc.).
- L’absolu contrôle par l’Exécutif du Conseil Supérieur de la magistrature qui est l’organe chargé de la gestion des carrières des juges (nomination, promotion et sanctions). Cet organe fondamental de la justice est directement placé sous l’autorité du Président de la république qui en est le Président, autrement dit c’est lui qui nomme les magistrats, les évalue, assure leur promotion ou leurs sanctions. Il faut absolument mettre un terme à ce conflit d’intérêts manifeste qui est une atteinte à la séparation des pouvoirs qui est un trait important de la reconnaissance de l’État de droit.
- La place centrale qu’occupe le Procureur de la République dans le dispositif judiciaire avec ses pouvoirs étendus par rapport aux autres juges et sa dépendance étroite avec l’exécutif dont il doit respecter les prescriptions écrites. Il faut libérer et émanciper ce juge dont le rôle est fondamental dans la protection des intérêts de la société.
- L’impuissance manifeste du Conseil Constitutionnel à réguler les contentieux lourds et les impasses politiques, situation qui expose le pays à la violence et à l’instabilité. Le règlement du contentieux relatif à l’éligibilité des listes électorales lors des élections législatives de 2022 dans un contexte de controverses politiques et scientifiques, de tensions et de violences, avec des arrestations d’élus et de militants de l’opposition prouvent à satiété les limites des capacités objectives de l’institution à régler les contentieux politiques au Sénégal. Quid du contentieux sur la question du troisième mandat qui se pose dans les mêmes termes qu’en 2011/2012 ?