L’hôtel King Fahd Palace, autrefois l’un des plus prestigieux établissements hôteliers d’Afrique de l’Ouest, situé face à l’océan Atlantique dans le quartier des Almadies à Dakar, connaît depuis plusieurs années une série de difficultés qui interrogent. Construit à l’origine pour accueillir le Sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) de 1991 avec un investissement de plusieurs milliards de francs CFA, le complexe est doté d’une capacité d’accueil importante et d’infrastructures de grande envergure.
Un changement de gestion controversé
En décembre 2011, l’État sénégalais, propriétaire du site, a décidé de retirer la gestion du complexe au groupe hôtelier Starwood Hotels & Resorts — jusque-là exploitant reconnus du précédent Méridien Président — pour la confier à la Société Hôtelière Africaine (SHA) dirigée par Mamadou Racine Sy. Cette décision a fait l’objet de vives critiques, notamment parce qu’elle se serait faite selon des procédures jugées irrégulières par certains observateurs et acteurs du secteur.
Les syndicalistes et certains observateurs ont fait valoir que la société gestionnaire, avec un capital très modeste à sa création, ne disposait pas de l’expertise d’un groupe hôtelier international, ce qui aurait contribué à une gestion perçue comme gabégique et opaque.
Déclin de l’activité et conséquences sociales
Depuis cette reprise en gestion, plusieurs indicateurs laissent penser que l’hôtel n’a pas retrouvé sa splendeur d’antan :
Le taux de fréquentation et la fidélisation de la clientèle se seraient effrités, entraînant des difficultés financières importantes. Les syndicats évoquaient déjà un déficit notable dans l’hébergement.
Pendant la pandémie de COVID-19, la direction a procédé au licenciement de 76 travailleurs pour motif économique, une décision vivement dénoncée par les concernés et qualifiée d’abusive, notamment parce qu’elle aurait affecté des familles et laissé des salariés dans une grande précarité.
Des dénonciations de népotisme, de pressions au travail et de pratiques managériales contestées ont également été soulevées par des représentants du personnel.
Des atouts incompris face à des défis structurels
Pourtant, l’hôtel dispose d’une géographie exceptionnelle, d’une grande capacité d’accueil, de vastes surfaces de conférence et d’un emplacement privilégié — autant d’atouts pour attirer une clientèle haut de gamme et des événements internationaux.
La question se pose donc : comment un tel fleuron peut-il être déserté malgré ces avantages ? Plusieurs éléments peuvent éclairer cette situation :
Gestion et stratégie commerciale : des difficultés à fidéliser une clientèle internationale dans un environnement compétitif où des hôtels comme Terrou Bi ou Radisson affichent des performances supérieures.
Image et attractivité : l’absence, selon certaines sources, de programmes de fidélité ou d’investissements structurels de grande envergure au moment opportun aurait contribué à la perte de clientèle.
Conflits sociaux et réputation : tensions persistantes avec le personnel et communication perçue comme faible face aux critiques auraient également pesé sur l’image de l’établissement.
Rôle des autorités et soupçons autour du contrat.
La passation du contrat de gestion à SHA a été suspectée d’avoir bénéficié d’un traitement de faveur sans appel d’offres, ce qui a alimenté des suspicions de complicité ou d’accompagnement excessif des pouvoirs publics envers l’opérateur actuel.
Certains acteurs ont également pointé du doigt l’implication des autorités dans le maintien de cette gestion malgré les critiques, ainsi que la difficulté à remettre le dossier à plat ou à envisager un nouvel appel d’offres.
Conclusion : entre défi de gestion et avenir incertain
L’histoire récente du King Fahd Palace illustre les enjeux complexes de la gestion d’infrastructures touristiques stratégiques. Malgré un potentiel évident, des questions subsistent sur les décisions de gestion, sur la trajectoire de l’hôtel depuis la cession et sur le rôle des autorités dans le pilotage de ce patrimoine national.
L’avenir du King Fahd Palace dépendra probablement de la capacité des acteurs — étatiques, privés et sociaux — à trouver une solution qui redonne à cet établissement la place qu’il mérite dans le paysage hôtelier ouest-africain.
Mouhamed FALL AL Amine
Journaliste
Éditorialiste

