Les menaces d’absorption du Canada par le nouveau président américain, Donald Trump, tout comme ses visées expansionnistes contre le Groenland, le canal de Panama ou son plan de transformation de la bande de Gaza en nouveau territoire immobilier à développer, viennent confirmer que les États-Unis rejettent désormais leur statut de gardiens de l’ordre international libéral, de garant de la paix et du progrès mondial, pour devenir « un risque contre lequel il faut se prémunir », estiment les auteurs d’un rapport sur la « Multipolarisation » du monde publié cette semaine par les organisateurs de la Conférence de Munich sur la sécurité qui s’ouvre vendredi, sur ce thème, en Allemagne.
Depuis le retour du populiste à la Maison-Blanche, Washington a, en quelques jours à peine, envoyé à la communauté internationale une convergence de faisceaux suggérant que les États-Unis ne sont plus « un point d’ancrage de la stabilité » comme ils l’ont été depuis plusieurs décennies, estiment les auteurs du rapport.
Selon eux, l’ère post-guerre froide unipolaire dominée par cette puissance est révolue et fait place à un monde incertain et multipolaire frappé par « vague d’autocratisation » qui a « modifié l’équilibre idéologique mondial du pouvoir », peut-on lire. L’ordre futur pourrait ainsi s’en retrouver « plus désordonné » et menacer au passage les « règles, principes et modèles de coopération quasi universels » qui jusque-là prévalaient dans les relations internationales.
« Un monde multipolaire ne doit pas devenir un monde dans lequel chaque pôle agit à sa guise ni dans lequel l’État de droit est mis à mal tant au niveau international qu’au niveau national, prévient Christoph Heusgen, président de la Conférence de Munich sur la sécurité. Comme beaucoup de gens dans le monde l’espèrent, un monde multipolaire pourrait s’avérer plus juste, plus équitable, peut-être même plus pacifique. Mais il pourrait aussi inverser les progrès, alimenter les inégalités, porter atteinte aux droits de l’Homme, entraver la résolution des problèmes mondiaux et rendre la guerre plus probable », ajoute-t-il.
Montée des autocraties
La Conférence de Munich, un important forum qui chaque année rassemble les leaders du monde pour discuter de politique de sécurité, va s’ouvrir cette semaine sur le constat renouvelé que plusieurs « blocs politiques » dans le monde suivent désormais la « montée des populistes illibéraux dans les démocraties libérales ».
Ces nouvelles figures affichent souvent des « affinités idéologiques étroites avec les gouvernements autocratiques étrangers ». Dans ce contexte, « l’hégémonie libérale » a été remplacée par une concurrence ouverte entre démocraties et autocraties qui sape l’idée d’une cohésion de l’Occident.
Depuis près de 15 ans, les démocraties libérales se retrouvent « sous pression », voire « en recul », dans le monde, indique le rapport. En 2023, 71 % de la population mondiale vivait dans un pays autocratique, contre 48 % dix ans plus tôt, selon le dernier état des lieux des démocraties dressé par l’Université de Gothenburg, en Suède. En 2023, 42 pays étaient sur la voie d’une transition autocratique, tandis que seulement 18 pays étaient en chemin vers la démocratie. Les États-Unis étaient toujours considérés, cette année-là, comme une démocratie libérale.
La Conférence de Munich sur la sécurité va être une des premières rencontres au sommet entre plusieurs hauts dirigeants et militaires européens avec l’équipe de Donald Trump, dirigé en Allemagne cette semaine par son vice-président, J.-D. Vance. L’homme va être accompagné du secrétaire américain à la Défense, Peter Hegseth, du chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, et de l’envoyé spécial américain pour l’Ukraine, Keith Kellogg.
Vendredi dernier, la ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, a indiqué qu’elle comptait « certainement » y discuter des attaques du gouvernement Trump contre l’USAID, l’Agence des États-Unis pour le développement international, avec son homologue Marco Rubio, qui dirige l’agence à titre intérimaire. La mise à sac de ses programmes et de ses effectives par le nouveau gouvernement de Donald Trump menace, selon plusieurs experts, la paix et stabilité dans le monde. Mme Joly doit présider la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7, en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité.
Des guerres commerciales à des guerres tout court ?
À l’approche de cette rencontre, le climat de tension internationale est maintenu par Donald Trump qui, depuis son retour au pouvoir, dégaine chaque semaine des tarifs douaniers qui menacent de « détruire » les équilibres commerciaux et les perspectives de croissance de l’Amérique du Nord, a dénoncé mardi, le gouvernement mexicain. Le Mexique, tout comme le Canada, a été particulièrement frappé cette semaine par l’annonce de droits de douane de 25 % sur toutes les importations américaines d’acier et d’aluminium « dès le 12 mars », peu importe leur origine.
Et ces guerres commerciales pourraient être les prémices à d’autres.
« Plutôt que de conduire à un équilibre stable des pouvoirs, l’émergence de nouveaux centres de pouvoir idéologiquement divers pourrait déclencher de nouvelles courses aux armements, nucléaires et conventionnels, avec un potentiel de crises et d’escalade », indiquent les organisateurs de la Conférence dans leur rapport, tout en indiquant que l’absence de guerre majeure depuis près de 80 ans entre les principales puissances mondiales ne peut plus être désormais, dans le nouveau climat multipolaire confirmé par le retour de Donald Trump, un « exploit » tenu « pour acquis ». (Le Devoir)