En Afrique de l’Ouest, Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin ou JNIM, représente une réelle menace pour la sécurité des populations. Avec l’expansion du groupe djihadiste, des attaques dans des pays le long du golfe de Guinée, notamment en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Togo, sont constatées. Une expansion qui, selon Crisisi Group, a mis l’Afrique de l’Ouest en alerte. Par ailleurs, l’ONG estime que l’expansion du JNIM au-delà du Sahel constitue une préoccupation majeure pour la sécurité des pays d’Afrique de l’Ouest, le Bénin et le Togo étant en grand danger.
En guise d’historique du mouvement djihadiste, Crisis Group rappelle : Fondée en 2017, Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) est aujourd’hui le groupe djihadiste dominant dans le Sahel central. Formé au Mali, le mouvement s’est rapidement étendu au Burkina Faso et au Niger. Depuis 2019, elle organise également des attaques dans des pays de la côte ouest-africaine, tels que le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Togo. L’avancée militante au-delà du Sahel, en particulier dans le nord du Bénin et du Togo, est devenue une préoccupation majeure pour la sécurité de ces États. Pourtant, pour JNIM, l’expansion pose un dilemme. Bien que cela permette au groupe de recruter et apporte des bénéfices matériels – et soit donc encouragé par la base – les dirigeants du groupe craignent qu’une poussée trop rapide ne puisse affaiblir la cohésion du mouvement. Pourtant, le risque est réel. Pour y faire face, les États menacés, en particulier ceux situés le long du golfe de Guinée, devraient approfondir leur compréhension des dynamiques locales et de leurs propres vulnérabilités, relancer la coopération avec les pays sahéliens et identifier d’éventuels accords avec les insurgés susceptibles d’entraîner une réduction durable de la violence.
JNIM – le Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans, en anglais – est l’héritier des groupes djihadistes apparus au Mali dans les années 2000 et qui ont pris le contrôle de parties du nord du pays en 2012, avant d’être repoussés par l’armée française. Formé en mars 2017, le mouvement a prêté allégeance à al-Qaïda, fixant pour objectif d’unifier les différentes insurrections islamistes au Mali et de confronter la coalition internationale formée par la France à partir de 2013. Contrairement à d’autres groupes ancrés dans des agendas communautaires ou nationalistes, le JNIM ne limite pas son combat à un seul territoire délimité. Peu après sa création, elle s’est installée dans deux autres pays du Sahel central – le Burkina Faso et le Niger – avant de mener des raids meurtriers dans le nord de la Côte d’Ivoire, au Bénin et au Togo à partir de 2019. Ces deux derniers pays sont les plus à risque d’une nouvelle attaque djihadiste.
Selon Crisis Group, la lutte du JNIM en Afrique de l’Ouest comporte deux théâtres. Le Sahel est le plus important. Le mouvement contrôle désormais de vastes zones dans le nord, le centre, le sud et l’ouest du Mali ; elle comprend des étendues du nord, centre-nord, ouest et est du Burkina Faso ; et il mène des attaques régulières dans le sud-ouest du Niger. Dans ces territoires, qui sont les plus marquants dans son message, le JNIM a développé une forme de gouvernance qui lui permet de se présenter comme une alternative à l’État. Elle a mis en place une structure administrative légère capable de rendre justice, selon sa version de la loi islamique, de lever des impôts et d’exercer un contrôle social par d’ailleurs. Jusqu’à présent, les dirigeants du JNIM considèrent les pays côtiers comme secondaires par rapport à leur domaine dans le Sahel. Le mouvement progresse néanmoins dans ces pays, d’abord par un prosélytisme discret, puis par des assauts ouverts contre les forces d’État et les civils.
Crisis Group estime que l’avancée du JNIM est naturellement devenue une menace majeure aux yeux des États d’Afrique de l’Ouest. Pourtant, le tableau est complexe. S’emparer de nouveaux territoires n’est pas nécessairement une priorité absolue pour le groupe ; Il est même probable que les fondateurs n’aient pas anticipé une expansion aussi importante ou aussi rapide. La répartition géographique offre au JNIM des avantages indéniables, notamment dans sa rivalité avec l’État islamique au Sahel : elle permet au groupe de recruter davantage de combattants, de gagner de l’argent grâce au commerce transfrontalier, d’ouvrir de nouveaux fronts pour alléger la pression exercée par les armées nationales et de se replier dans un refuge sûr en cas de défaite. Mais l’expansion comporte aussi de grands risques. Cela détourne la force de combat nécessaire pour défendre les bastions sahéliens de JNIM, d’une part. Les nouvelles recrues peuvent aussi être peu fiables, au point de poursuivre leurs propres objectifs, ce qui augmente la menace de tensions internes, voire de scissions.
La mesure dans laquelle le groupe devrait chercher à s’étendre est donc un sujet de débat interne houleux. Le JNIM se distingue des autres mouvements djihadistes par l’équilibre qu’il cherche à maintenir entre la prise de décision stratégique centralisée et l’autonomie opérationnelle des unités de terrain. Bien que l’organisation ait jusqu’à présent préservé son unité, les décisions liées à l’acquisition de nouveaux territoires comptent parmi celles qui mettent le plus à l’épreuve sa cohésion. Les échelons inférieurs du JNIM ont un intérêt plus immédiat pour l’expansion et peuvent exercer une forte pression dans cette direction sur les supérieurs. La direction, craignant les surcharges et, surtout, la fragmentation, a tendance à valoriser la consolidation. Ces intérêts divergents pourraient expliquer pourquoi les sorties du JNIM vers la côte ouest africaine ont été moins agressives que ce que craignaient les observateurs à la fin des années 2010.
L’avancée des djihadistes reste néanmoins une réalité. Pour y répondre, les États côtiers devraient investir davantage dans la collecte de renseignements afin de développer une compréhension plus détaillée des menaces locales potentielles. Les pays qui ne font pas encore face à des attaques du JNIM devraient résister à la tentation de déployer des soldats à leurs frontières, en restant plutôt avec la police. Ces derniers sont mieux formés à s’engager avec les communautés, réduisant ainsi le risque de stigmatisation pour des personnes comme les bergers nomades, souvent accusés de collusion avec les djihadistes et dont les griefs sont exploités par les insurgés pour gagner des recrues. Les autorités de toute la région doivent également garder à l’esprit que la lutte contre les groupes djihadistes nécessite une coopération interétatique efficace, ce qui n’est possible que si les pays côtiers et sahéliens reconstruisent la confiance qui a été minée par la montée des régimes militaires au Sahel ces dernières années. Enfin, les États devraient explorer la possibilité de parvenir à des ententes avec les djihadistes visant à réduire les niveaux de violence.
Enfin, Crisis Group souligne que le JNIM s’est lancé dans une expansion qui a mis toute l’Afrique de l’Ouest en alerte, bien que son avenir reste incertain, même pour les dirigeants du mouvement eux-mêmes. La propagation du djihadisme n’est cependant pas inévitable : pour tenir les militants à distance, chaque État doit identifier les facteurs qui le rendent vulnérable et élaborer sa propre stratégie, tout en contribuant à la mise en place d’une réponse régionale, sans laquelle aucune solution durable n’est possible.
Fatou SENE

