février 6, 2026
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Libye : l’assassinat qui verrouille le statu quo Abderrafie Hamdi

En politique, on ne supprime jamais une figure de cette taille par hasard. L’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi n’est pas seulement un épisode de violence supplémentaire dans une Libye fracturée. Il marque un choix. Et ce choix est limpide : neutraliser une variable capable de déranger l’équilibre actuel, aussi instable soit-il, et de relancer une recomposition que beaucoup redoutent.

Saïf al-Islam n’a jamais été un opposant classique, ni un simple héritier en quête de revanche. Dans les dernières années du régime, il a incarné une inflexion. Le kadhafisme, longtemps dominé par l’excès idéologique et la confrontation, a tenté une sortie par le pragmatisme : normalisation internationale, réouverture diplomatique, recherche de compromis. Cette “maturité tardive” n’était ni une démocratisation, ni un passage à l’État de droit. Mais elle constituait un changement de ton, et surtout une tentative de réinscrire la Libye dans une logique de négociation.

Les dossiers qui ont marqué cette période, de Lockerbie à l’affaire des infirmières bulgares, ont joué un rôle de pivot. Ils ont surtout fait apparaître Saïf al-Islam comme un interlocuteur possible. Docteur en économie, affichant une vision de modernisation souvent résumée sous l’idée d’une “Libye au XXIe siècle”, il s’est construit une image technocratique et politique, à la fois plus lisible pour l’extérieur et plus acceptable pour une partie de l’opinion intérieure.

Mais la question libyenne ne se réduit pas à des profils. Elle tient à une faille structurelle : Kadhafi a gouverné longtemps, sans construire d’État. Il a marginalisé l’administration, affaibli les institutions, et remplacé la continuité bureaucratique par un système de loyautés et de réseaux. Lorsque le régime s’est effondré en 2011, il n’a pas laissé derrière lui un État à reconstruire, mais un vide à remplir. Et ce vide a été occupé par des forces armées, des économies de rente, des coalitions locales, et une fragmentation devenue durable.

C’est précisément là que Saïf al-Islam redevenait une figure sensible. Non parce qu’il aurait représenté une solution évidente, mais parce qu’il pouvait redevenir un point de convergence. Une partie des Libyens, épuisée par le chaos, regardait le passé non comme un âge d’or, mais comme une période où l’État, au moins, existait. Même sous une forme autoritaire. Dans une société marquée par les équilibres tribaux, un nom, un héritage et une mémoire peuvent peser autant qu’un programme.

Or, le statu quo libyen repose aujourd’hui sur une bipolarité épuisante : un Est dominé par la logique de contrôle militaire, un Ouest traversé par des rivalités multiples, et un Sud devenu un espace stratégique pour les trafics, les migrations et les influences. Dans une telle configuration, l’émergence d’un troisième pôle est perçue comme un danger. Elle peut casser les arrangements implicites, redistribuer les alliances, et ouvrir une séquence politique que personne ne maîtrise.

La dimension internationale renforce encore cette lecture. La Libye n’est pas seulement un pays en crise ; c’est un carrefour. Pétrole, Méditerranée, routes migratoires, sécurité régionale. Depuis une décennie, le pays est devenu un théâtre où se croisent des agendas concurrents : Russie et Turquie, France et Italie, Égypte et Émirats, avec une présence américaine prudente. Tous veulent une Libye “gérable”. Peu veulent une Libye souveraine, cohérente et institutionnalisée, car cela suppose un pouvoir central capable d’imposer des règles, donc de limiter les marges de manœuvre des acteurs armés et des partenaires extérieurs.

Dans ce contexte, Saïf al-Islam était un risque : une figure imprévisible, capable de reconfigurer des équilibres internes, de mobiliser une mémoire sociale, et d’ouvrir une compétition nouvelle. Pourquoi maintenant ? Parce que la Libye revient périodiquement à la question électorale, aux médiations, aux tentatives de compromis. Chaque fois, les mêmes forces cherchent à sécuriser leurs positions. L’élimination d’une figure comme Saïf al-Islam ressemble alors à un verrou : empêcher l’imprévisible d’entrer dans le jeu.

Au fond, cet assassinat dit une chose simple et brutale : en Libye, la politique continue de se régler par la force. Et tant que ce langage dominera, la transition restera un horizon repoussé, et le pays demeurera prisonnier d’un équilibre de fragmentation.

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