Dans un passé récent, pas lointain, je passais d’innombrables nuits blanches au chevet de mes hommes en veille et d’autres qui se reposaient dans des tranchées boueuses et souvent trempées d’eau. Je n’oublierai jamais ces moments de stress, pas de peur, mais ces mémorables épisodes dans les lisières du fleuve Sénégal, en Casamance, dans des faubourgs de Bissau et ailleurs en Afrique. Toute notre attention se rivait sur la vie de ces hommes dont leur destin dépendait de ma lucidité, de mon courage, de mes facultés d’analyse et implicitement des ordres que je donnais, comme tous les chefs engagés. Tous les déplacements étaient méticuleusement préparés et même les brindilles d’herbes sèches qui craquaient sous les pieds étaient une alerte. Il nous arrivait de rester des semaines sans se doucher et pour aller aux toilettes, une moustiquaire devait nous protéger des insectes (mout mout). On oubliait souvent si le déjeuner a été pris ou non. Ceux qui aujourd’hui ont la voix au chapitre n’ont jamais essuyé un tir ennemi ou assisté á la mort d’un des nôtres. Ces pertes, comme les mutilations subies par nos frères, engendrent des malheurs et de multiples désolations dans les familles. Que de veuves, que d’orphelins que de frères alités ! Sans prêcher dans le désert, un rappel s’impose à nos concitoyens et particulièrement aux politiciens qui nous gouvernent. Leur dire que ces hommes du devoir, sont des hommes d’honneur et de serment, qui font preuve d’une totale loyauté aux idéaux de la république. Ces hommes sont des serviteurs du pays, non affiliés politiquement, républicains et patriotes au vrai sens du terme. Ils ne doivent être mêlés à aucun jeu politique, quel que soit le bord d’appartenance ou la situation du moment.
Monsieur le Premier ministre n’a pas tari d’éloge le 28 novembre passé devant l’assemblée nationale, à l’endroit de l’armée nationale. Je vous dirai non, car vous nous aviez traites de « mercenaires à la solde de la France » au Mali. Je dirai non, pour avoir insinué une rupture institutionnelle en ciblant un honnête jambar, reconnu par tous ses frères comme un vertueux, un téméraire et un combattant de premier rang. D’autres émérites ont été jetés à la vindicte populaire par vos affidés, effaçant les éminents services rendus au pays pour maintenir sa stabilité, quand tout tremblait.
La discipline et le respect que vous avez évoqués, sont des ressorts sur lesquels ils sont quotidiennement assis. S’y ajoute la loyauté dont ils font preuve depuis l’indépendance et vis-à-vis de leur chef, celui à qui le peuple a confié son destin. La dernière randonnée pédestre, qui fut un succès immense, prouve sans calcul ou arrière-pensée, le bloc qu’ils font autour de leur unique chef. Cette loyauté mise souvent à rude épreuve, a pourtant été magnifiée au lendemain de l’élection présidentielle par le chef de la maréchaussée, en affirmant au sortant, qu’une sécurité s’imposait déjà autour du nouveau chef. Monsieur le Premier ministre, on s’érige en sentinelle devant tous ceux qui attaquent ou invectivent les Forces de Défense et de Sécurité. On l’a fait après les sorties de Mame Gor Diazaka, de Guy Marius Sagna et de Seydi Gassama. On ne doit pas attendre d’être aux affaires pour changer de posture vis-à-vis d’eux. Ils sont des citoyens à part entière, mais entièrement à part. Tout ce qui peut améliorer leurs conditions de vie, de travail et de rayonnement, va être cautionné et applaudi des deux mains. Éloignons les FDS de tout ce qui peut les impliquer dans le jeu politique, car elles sont unies et c’est ce qui explique l’absence de rupture institutionnelle au Sénégal. Au temps fort de la crise Casamançaise, le chef d’état-major de l’Armée de Terre avait son cousin direct qui commandait, le front nord du MFDS. Il est resté loyal, jusqu’à sa tombe.
Enfin, ces hommes du devoir, feront éternellement preuve de loyauté, vis-à-vis de celui que le peuple Sénégalais aura choisi, de quelque bord qu’il provienne. Ce pays nous appartient et nous voulons le maintenir dans une totale stabilité car ces gens «ON LES TUE, ON NE LES DÉSHONORE PAS ».
Le titre du texte c’est : «NON, MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE », nous avons choisi un autre titre.
Lt Colonel(ER)
Adama DIOP
Ancien chef de la division
Média et stratégie de la DIRPA

