Alors que s’ouvre à Kinshasa le procès très attendu de l’opposant Constant Mutamba, une vague de mobilisation sans précédent secoue la République Démocratique du Congo. Dans les rues de la capitale et des grandes villes du pays, la jeunesse congolaise se soulève, déterminée à défendre celui qu’elle considère comme la cible d’un vaste complot politique. Le climat est explosif, les tensions régionales s’exacerbent, et la communauté internationale retient son souffle. À la croisée des chemins, la RDC fait face à un dilemme redoutable : l’acquittement ou le chaos.
Une jeunesse en ébullition
Depuis plusieurs jours, des milliers de jeunes Congolais manifestent dans les rues pour dénoncer ce qu’ils appellent un « procès de la honte » contre Constant Mutamba, figure montante de l’opposition et fervent critique du régime en place. Les manifestants, souvent drapés aux couleurs nationales, scandent des slogans hostiles au pouvoir et exigent l’acquittement immédiat du leader du parti Nouvelle Génération pour le Changement (NGC).
Les réseaux sociaux, très actifs, relaient en continu des appels à la mobilisation pacifique. Mais les tensions dégénèrent par endroits. Des heurts ont éclaté à Kinshasa, Lubumbashi et Kisangani, opposant jeunes militants et forces de l’ordre.
La colère est nourrie par un sentiment partagé : celui d’un procès politique visant à écarter un adversaire jugé trop influent en vue des prochaines échéances électorales.
Alerte des ambassades étrangères
Face à l’intensité des manifestations et à la volatilité du climat sécuritaire, plusieurs ambassades étrangères, dont celles des États-Unis, de la France, de la Russie et de la Belgique, ont émis des avis de prudence à destination de leurs ressortissants. Ces chancelleries recommandent d’éviter tout déplacement non essentiel, en particulier dans la capitale. Des cellules de crise ont été activées, certaines missions diplomatiques ont réduit leur personnel, tandis que des vols commerciaux commencent à être annulés.
Ce regain de tension préoccupe aussi les institutions internationales, qui redoutent une dérive autoritaire et appellent à un procès équitable et transparent.
Les rebelles du M23/AFC à l’affût
Dans l’Est du pays, la situation n’est guère plus rassurante. Selon des sources sécuritaires, les groupes armés du M23 et de l’Alliance des Forces Congolaises (AFC) suivent de près les événements à Kinshasa. Une condamnation de Mutamba, perçue comme une provocation, pourrait offrir un prétexte aux rebelles pour relancer leurs offensives. Des services de renseignement affirment que ces groupes attendent l’éclatement de manifestations violentes dans la capitale pour frapper dans les régions de l’Est et déstabiliser davantage le pays.
Des informations concordantes indiquent que ces factions armées misent sur un chaos à Kinshasa pour reprendre du terrain autour de Goma, ville stratégique et cœur économique du Nord-Kivu. Une manœuvre militaire de diversion pourrait ainsi permettre aux rebelles de consolider leur position dans la région, à la faveur du désordre national.
Frustration des Émirats face au Qatar
Sur le plan diplomatique, une autre tension vient ajouter à la complexité de la situation : les Émirats arabes unis affichent leur mécontentement suite à la désignation du Qatar comme principal médiateur dans le processus de décrispation en RDC. Les Émirats, qui avaient investi diplomatiquement et économiquement dans le pays ces dernières années, espéraient jouer un rôle central dans la résolution de la crise. Leur mise à l’écart est perçue comme un revers stratégique et une humiliation dans une région où l’influence du Golfe est devenue un enjeu majeur.
Selon des analystes, ce différend pourrait compliquer davantage les efforts de médiation et ralentir les initiatives de stabilisation. La rivalité entre Doha et Abou Dhabi, qui s’exporte déjà dans plusieurs théâtres de conflits, pourrait désormais s’inviter au cœur de la crise congolaise.
Un pays à la croisée des chemins.
À mesure que le procès avance, la République Démocratique du Congo semble suspendue à un verdict aux conséquences incalculables. Pour les jeunes dans la rue, l’acquittement de Mutamba est une ligne rouge, un acte de justice face à ce qu’ils considèrent comme une dérive autoritaire. Pour les groupes armés, c’est une opportunité de peser à nouveau sur la scène nationale. Pour les puissances étrangères, c’est une source d’inquiétude croissante.
Dans cette atmosphère chargée, un seul mot d’ordre semble faire consensus : éviter le chaos. Mais à quel prix ? Cheikh GUEYE