Le Général Tiani, à l’image de ses acolytes de l’AES, ne s’avoue jamais vaincu. Il cherche toujours à retomber sur ses pieds lorsqu’il a dos au mur. Avec l’énergie du désespoir, ils essaie chaque fois de transformer de grandes débâcles en un triomphe illusoire. On ne sait s’il faut pleurer ou rire de toutes les farces grotesques et dérives autoritaires en cours.
La marque déposée des dictateurs, ayant traversé le temps, est de nier l’échec et de simuler des victoires. Une habitude aussi vieille que le monde. Tout au long de l’histoire, on note que les tyrans trichent avec la réalité et se complaisent à se mentir à eux-mêmes, jonchés sur leur petit nuage. Les manuels scolaires en donnent le témoignage, des archives en font la démonstration. Le déni et la bouffonnerie sont les ressorts de tous les régimes autoritaires. On peut parler de penchants pathologiques tant la manœuvre est prévisible, répétitive et malheureusement grossière aussi.
Après avoir essuyé un revers humiliant dans l’attaque surprise de la base aérienne 101 de Niamey, le chef de la junte, Abdourahamane Tiani est resté fidèle à lui-même, en jouant à fond la carte de l’interminable diversion. Il garde à son chevet le manuel classique du dictateur acculé qui se résume ainsi: afficher un air victorieux afin de se protéger des tourments de défaites éclatantes, se relever en héros des chutes vertigineuses.
Au lieu de dresser un bilan sincère d’une attaque sanglante, de se résoudre à un constat froid des faits et de reconnaître les failles béantes du dispositif sécuritaire, Tiani a préféré se bercer d’illusions dans des bains de foule loin d’être spontanés. Il s’auto-congratule et vante des faits d’armes imaginaires dans une gesticulation puérile et des effluves de fausse fierté. Il s’est montré triomphant comme si le Niger venait de remporter une bataille historique. Et pourtant le pays vient de subir une grave atteinte à sa sécurité, inédite dans son histoire récente.
Quand l’échec est brandi comme un trophée de guerre
Dans les régimes autoritaires, les crises sont exploitées à des fins de propagande. L’échec est un fait politique profitable. C’est un épiphénomène qui ne doit pas avoir un accent de scandale ni entraîner une remise en cause.
Tiani, autocrate exalté, essaie toujours d’imposer son récit très éloigné de la réalité, de réecrire l’histoire en sa faveur en replaçant les évènements dans un contexte favorable. Il tire la couverture sur lui en se mettant en avant, en cultivant le mythe de sa toute-puissance et entretenant de faux espoirs. Comme tous les dictateurs de sa trempe, il ne gouverne pas par la coercition seulement. Il recourt à des montages et mises en scènes folkloriques pour détourner l’attention des nombreux malheurs qu’il inflige à son pays. Une fuite en avant permanente !
Ainsi sa défaite militaire cuisante est présentée comme un acte de résistance héroïque, une bravoure face à des ennemis supposément décimés. L’isolement diplomatique résultant de choix irresponsables et de bravades inutiles et d’une diplomatie chaotique, apparaît dés lors comme une posture souverainiste de dignité assumée et d’indépendance recouvrée.
Le vice devient une vertu.
L’impréparation est considérée comme un plan de guerre mûrement réfléchi. Le raisonnement relève d’un paradoxe déconcertant : « si l’on nous attaque, c’est que nous sommes forts ». En vérité, si le Niger est attaqué, c’est parce qu’il est fragile, mal gouverné, isolé et livré à l’improvisation stratégique d’une junte incapable d’assurer la sécurité élémentaire de ses infrastructures vitales.
Le chef seul contre le monde entier : une parade commode
Tiani se drape dans la posture d’un homme assiégé. Une fable éculée pour nourrir le mythe d’un chef courageux, luttant, heroiquement contre toutes les forces du mal et tous les ennemis de la nation déclarés ou tapis dans l’ombre.
Une posture victimaire aussi confortable qu’efficace dans les tyrannies.
Pendant ce temps, le Niger s’enfonce dans les ténèbres :
– L’insécurité gagne du terrain
– L’économie se contracte
– Les alliances se délitent
– L’Etat s’affaisse
Peu importe ! Dans l’univers mental du dictateur, le récit prime sur les faits.
Tiani, enfermé dans sa bulle, est face à un peuple opprimé et littéralement épuisé. Il se moque d’être pris au sérieux ni se soucie d’être audible. Il monologue. Il ne voit pas que ses compatriotes agonisent et souffrent le martyr. Le peuple nigérien broie du noir dans un climat dominé par l’insécurité chronique, la précarité ambiante et une kyrielle d’incertitudes à l’horizon. Il semble se résigner au fait accompli, gagné par la peur, la lassitude et le désespoir.
Il n’y a pas de volonté de convaincre mais une obsession à vaincre et soumettre. L’opinion est saturée. Elle est maintenue dans la confusion pour les besoins d’une cause douteuse.
Un régime rétrograde et liberticide ne reconnaît pas ses fautes, car ce serait un mea culpa coupable. Ce serait admettre l’incompétence, la mauvaise gouvernance, l’impasse. Or, toute dictature repose sur une fiction centrale : l’infaillibilité du chef. S’il échoue, c’est toute l’architecture du pouvoir qui s’effondre.
Alors, il n’y a qu’une issue pour parer à toute éventualité et prévenir les reproches : toujours chercher et trouver des bouc-émissaires.
C’est dans ce registre que Tiani s’est encore tristement illustré en pointant sans la moindre preuve ni aucun discernement des dirigeants étrangers comme Emmanuel Macron, Patrice Talon, Alhassane ouattara pour expliquer son fiasco.
Jamais le dictateur ne balaie devant sa porte. Toute crise est due à un complot, à une cabale et vient d’un ennemi extérieur désigné à la hâte, dans la précipitation. L’objectif est de contenir la colère et la révolte internes qui pourraient naître du chômage, de la pauvreté, de l’insécurité endémique, des défaites militaires dégradantes.
Cette stratégie remonte à loin et est aussi suffisamment connue. Elle est toujours vouée à l’échec. Elle permet de gagner du temps en déplaçant les problèmes mais elle n’apporte guère de solutions durables. Ni les slogans, ni les discours martiaux, ni les ennemis imaginaires ne garantissent la sécurité et ne peuvent tenir lieu de programme de gouvernement. Ce n’est pas une arme de guerre, ni une source de bonheur et de prospérité pour les populations.
Quand les nuages s’amoncellent et que tout espoir est perdu, le dictateur cesse d’être un homme providentiel et un héros tutélaire. Il devient un mal commun qu’aucun récit ni aucun mirage ne peut remédier. La révolution devient inévitable et le dictateur sombre.
Samir Moussa

