février 7, 2026
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Politique

Nouakchott 2026 : repenser la paix en Afrique Abderrafie Hamdi

Ce lundi s’ouvre à Nouakchott la sixième édition du Forum international de la Conférence africaine pour la paix. On aurait tort d’y voir un rendez-vous de plus, destiné à produire une déclaration bien écrite et aussitôt oubliée. Le simple fait qu’un tel forum se tienne à ce moment précis dit quelque chose de l’époque : le mot « paix » est devenu un mot fatigué, trop invoqué, trop affiché, trop souvent contredit par les faits.

Le contexte mondial n’aide pas. Le multilatéralisme n’a pas disparu, mais il a perdu de son autorité. Les organisations internationales peinent à prévenir les crises, à imposer des solutions durables, ou même à maintenir une cohérence minimale dans les principes qu’elles proclament. Les grandes puissances ne cherchent plus toujours à arbitrer ; elles se positionnent. Résultat : la paix n’est plus un cadre. Elle devient une exception.

L’Afrique se retrouve alors dans une contradiction spectaculaire. On la présente comme le continent du XXIᵉ siècle — démographie, ressources, marchés, innovations — tout en la regardant encore comme une zone à risques. Ce double regard n’est pas seulement extérieur : il reflète une tension interne entre promesse et fragilité.

Les fragilités, elles, sont bien réelles. Les conflits s’installent dans la durée, parfois dans le fracas, parfois à bas bruit. La Somalie reste marquée par une instabilité chronique. Le Sahel a vu des États vaciller, des armées reprendre le pouvoir, des territoires se fragmenter. À l’est, la région des Grands Lacs rappelle qu’une crise peut durer des décennies. En Centrafrique, la paix demeure une construction précaire. Ailleurs, la violence change de visage : moins « idéologique », plus criminelle, plus opportuniste.

Ce qui frappe, au fond, c’est que la guerre africaine du XXIᵉ siècle ressemble de moins en moins à une guerre de frontières. Elle ressemble davantage à une guerre de décomposition : décomposition de l’État, de l’économie, des services publics, du lien social, parfois même du langage commun.

C’est dans ce contexte qu’un forum qui place le religieux et l’éthique au cœur de la réflexion sur la paix prend tout son sens. Non pour moraliser — personne n’y croit — mais parce qu’en Afrique la parole religieuse pèse. Elle produit de la légitimité, structure des comportements, influence l’imaginaire collectif. La question n’est donc pas « religion ou politique », mais : le religieux sera-t-il une digue ou un accélérateur ? Un frein à la violence ou un habillage ?

Mais la paix ne se décrète pas, et aucun récit moral ne tient si le réel dément chaque jour la promesse. D’où l’intérêt d’un programme qui place au cœur du débat la jeunesse, les femmes et l’eau. Ces thèmes ne relèvent pas de la communication : ils touchent aux nerfs de la stabilité.
La jeunesse, d’abord. Dans beaucoup de pays, l’avenir se vit comme une salle d’attente : diplômes sans insertion, travail rare, mobilité obsessionnelle. La migration devient horizon collectif. Une jeunesse qui n’attend plus rien finit toujours par attendre autre chose : un départ, une rupture, ou une colère.

Les femmes, ensuite. On peut proclamer l’égalité ; la paix se mesure ailleurs : accès à l’éducation, autonomie économique, protection contre les violences, place réelle dans la décision. Une société qui laisse ses femmes dans la vulnérabilité se condamne à une stabilité superficielle : elle tient un temps, puis elle se fissure.

Et l’eau, enfin, impose déjà sa brutalité. Le changement climatique redistribue les conflits : déplacements internes, concurrence sur les terres, tensions entre éleveurs et cultivateurs, fragilisation des villes. Parler de paix sans parler d’eau revient à parler de l’avenir en oubliant la condition même de la vie.

À la veille de ce rendez-vous, une évidence s’impose : la paix africaine ne se construira pas uniquement dans les palais, ni seulement dans les casernes, ni même dans les chancelleries. Elle se construira dans la capacité à offrir un horizon à la jeunesse, à reconnaître le rôle des femmes, à gérer l’eau comme une sécurité, et à faire du religieux un langage de responsabilité plutôt qu’un outil de division.

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