Le renouvellement par l’administration Trump, pour un an seulement, de l’African Growth and Opportunity Act(AGOA) met en lumière la vulnérabilité des économies africaines face aux décisions de Washington.
Alors que les États-Unis menaçaient de durcir ses relations commerciales avec l’Union européenne à coups de nouveaux droits de douane, le Congrès américain, en parallèle, avait choisi de relancer l’African growth and opportunity act, plus connu sous le nom d’AGOA. Mardi 13 janvier, la Chambre américaine des représentants a adopté un projet de loi visant à relancer cet accord commercial liant Washington et les pays d’Afrique Subsaharienne pour au moins trois ans, sous réserve de l’approbation du Sénat. Mais deux semaines plus tard, coup de théâtre, les élus ont finalement cédé face à la pression de Donald Trump : l’AGOA ne sera renouvelé que pour un an. Une nouvelle promesse d’incertitude pour les partenaires africains qui voudraient se projeter.
Déjà, en septembre 2025, l’arrêt de cet accord unilatéral avait secoué les économies. Il avait permis pendant 25 ans à une trentaine de pays africains de bénéficier de financements et d’exporter vers les États-Unis des milliers de produits en franchise de droits de douane ou à des tarifs préférentiels. Sa suspension avait donc menacé des milliers d’emplois sur le continent et contraint les exportateurs à absorber des droits de douane élevés à l’instar du Lesotho.
Le royaume a initialement subi un taux de 50 %, ramené à 15 % en juillet. En conséquence, l’industrie textile a connu d’importantes suppressions d’emplois, provoquant des manifestations de la part des travailleurs. Fako Hakane, PDG de la Chambre de commerce et d’industrie du Lesotho, a confié son soulagement à l’AFP à l’annonce du renouvellement de l’AGOA, qualifiant les droits de douane de « cruels » pour ce petit pays enclavé d’environ 2,3 millions d’habitants. « Si ce service est rétabli, il constitue une bouée de sauvetage économique essentielle pour le Lesotho. ». Comme pour plusieurs pays.
Un partenariat gagnant pour l’Afrique
Car l’accord a permis à certains de s’imposer sur le marché américain. « Cela concerne près de 6 500 produits africains », précise Khalid Igué, économiste béninois, président du think tank Club2030 Afrique. Textile, agro-industrie, industrie transformée comme l’automobile, qui représentait 64 % des échanges commerciaux dans le cadre de l’AGOA, soit environ 1,6 milliard de dollars (1,37 milliard d’euros) en 2024.
« Des pays comme le Bénin, le Kenya ou le Ghana ont su tirer parti de cet accès préférentiel en développant des capacités industrielles tournées vers l’exportation, en créant de l’emploi et en faisant entrer de nouvelle devise », détaille l’expert pour qui l’AGOA est « un levier essentiel si l’Afrique souhaite enfin ne plus être considérée comme un simple réservoir à matières premières ».
Aussi, cet accord permet, grâce aux subventions américaines, le développement de l’industrialisation des pays. « Les États-Unis ne sont pas compétitifs sur la transformation première des ressources naturelles, donc c’est gagnant pour eux de le faire faire là où la matière première se trouve, explique l’économiste. Mais c’est aussi gagnant pour les pays africains, qui en produisant plus, vont pouvoir créer une convergence entre l’AGOA et la zone libre échange continental et ainsi développer l’économie régionale. »
Déséquilibre des forces
Toutefois, ces succès demeurent concentrés et ne reflètent pas la situation de l’ensemble des pays. Pour la majorité des entreprises africaines, l’accès au marché américain reste complexe. « Les exigences sanitaires et phytosanitaires, les normes de qualité, les coûts logistiques élevés et les difficultés d’accès au financement limitent fortement l’utilisation de l’AGOA par les petites et moyennes entreprises », explique anonymement un membre du gouvernement gabonais.
À cela s’ajoute l’incertitude politique liée à la nature même de l’accord, dont l’éligibilité est réévaluée chaque année par les autorités américaines selon des critères de gouvernance, de respect des droits humains et de normes du travail. Plusieurs pays africains ont été suspendus ou exclus de l’AGOA au fil des années, rappelant que l’accord est autant un instrument économique qu’un outil de politique étrangère.
Ainsi, la séquence autour de l’AGOA illustre de manière presque caricaturale le déséquilibre structurel qui caractérise les relations économiques entre les États-Unis et l’Afrique. Pour l’économiste béninois Khalid Igué, « renouveler l’accord pour une seule année le rend précaire, mais c’est mieux que rien. Cette période peut servir de transition, durant laquelle nous, pays africains, devons montrer aux États-Unis tout l’intérêt qu’ils auraient à rendre l’accord durable ». « Nous ne pouvons pas nous passer du marché américain », souligne-t-il. « Mais eux non plus ne peuvent se passer de l’Afrique et de ses ressources », ajoute-t-il.
Source : Le Point Afrique

