La vie fait converger sport et politique. La moquerie mal venue de la chute de l’homme-statue du héros panafricain Lumumba suite à la défaite de la RDC suivie du redressement symbolique de l’homme-statue Lumumba par la victoire du Nigeria prolongée par la sortie puis le retour sur le terrain de l’équipe sénégalaise finalement vainqueur de la CAN rappellent qu’un train peut en cacher un autre, voire plusieurs autres.
Le foot révélateur des divisions entre deux Afriques condamnées à retrouver le chemin panafricain
Le duo Pape Thiaw, le coach et Sadio Mané, le leader, a fait fonctionner à merveille la combinaison entre fermeté protestataire (sortir du terrain) et compromis efficace (retour sur le terrain) pour obtenir la victoire contre la corruption, les incivilités, le suprémacisme, le racisme et donc contre la division entre Africains.
Le Makhzen, régime féodal bourgeois chérifien, s’est comporté en matière sportive tout comme la bourgeoisie militariste algérien abattant le drone du Mali en résistance confédérale dans l’AES contre le terrorisme et séparatisme Otanien. Ces actes anti-panafricains viennent, malheureusement, prolonger les divisions mémorielles émanant de la traite esclavagiste transsaharienne et de la transformation des pays d’Afrique du nord en glacis monnayé de l’Europe forteresse contre l’émigration, notamment depuis la destruction programmée de la Libye suivie de la propagation dans le Sahel du mercenariat djihado-terroriste.
Il est temps de re-frayer le chemin du retour à la période des années panafricaines de l’Afrique combattante indépendantiste solidaire de Mohamed V et Ben Barka, et qui avait fait dire à Amilcar Cabral que « les Musulmans vont à la Mecque, les Chrétiens à Rome-Jérusalem et les Révolutionnaires à Alger ». Comme le dit Nkrumah : « l’Afrique doit s’unir ou périr », alors chaque peuple doit se libérer pour ensuite s’unir.
Thiaw et Mané sont complémentaires tout comme doivent l’être Sonko et Diomaye
L’opportunisme de droite consiste à opposer le compromis à la fermeté alors que l’infantilisme de gauche que Lénine a nommé « maladie infantile du communisme » consiste à célébrer la fermeté protestataire légitime et l’opposer au compromis en oubliant que ce sont justement les deux faces de la même médaille victorieuse dans tout processus de lutte révolutionnaire.
Qui a intérêt dans la division de Pastef et plus largement du camp souverainiste entre « pro-sonko » et « pro-diomaye » sur une contradiction secondaire aussi puérile qu’est la « coalition » dirigée pour les uns par une libérale passée du PS au PDS néocoloniaux et pour les autres par une autre libérale qui, faute du perchoir de l’Assemblée Nationale, a quitté à la cinquième heure le navire en perdition de l’autocratie meurtrière néocoloniale APR/BBY ? Est-ce acceptable de poursuivre ce processus perdant-perdant de la division des souverainistes panafricains pour savoir QUI sera notre candidat 2029 en 2025 ? Peut-on continuer à traîner ce boulet infantilisant de la future candidature durant tout le mandat actuel ? Quel bilan notre pouvoir souverainiste sera-t-il à même de présenter et dans quelle configuration politique en 2028/29 ? Ne doit-on pas avoir le respect de notre peuple qui nous a fait confiance à 54 % et nous a doté d’une majorité absolue de 130 députés pour que nous mettions en œuvre une alternative aux deux alternances libérales néocoloniales ?
Il suffit de poser ces questions pour pointer d’un doigt accusateur l’irresponsabilité de cette surenchère délirante auto-destructrice de notre propre camp souverainiste par les mots « traître » et « trahison » sans dire clairement de quoi s’agit-il vraiment ? Comment peut-on être plus royaliste que le roi lui-même quand le principal bénéficiaire continue, à juste raison, d’assumer sa fonction de premier ministre ? Sonko et Diomaye doivent nous dire clairement ce qui les oppose vraiment pour que le parti, Pastef, tranche au moment venu vers 2028/29 cette question de candidature et mettre fin ainsi à ce qui ressemble étrangement en raison des non-dits à « une bataille de coq pour un grain de maïs ». En effet, qu’ont-ils décidé à deux en prison après le choix de la liste par le Conseil Constitutionnel et la désignation par Sonko lui-même de Diomaye suivie par le parti, Pastef ?
Nous ne devons pas désespérer notre peuple dont le sacrifice a permis l’alternative souverainiste que nous sommes censés représenter pour aller vers la sortie du sous-développement et l’union des peuples libres d’Afrique.
Pour cela, il faut que le PARTI, Pastef, reprenne démocratiquement collectivement les choses en main pour juguler le danger qui se profile d’une division en notre sein lors des élections locales prochaines. La liste du parti, Pastef, doit refléter l’unité retrouvée entre le président et le premier ministre.
Il faut que le leader SONKO permette, au-delà du régime présidentialiste interne au PARTI, que les instances démocratiques délibérantes de Pastef fonctionnent collectivement pour préparer le congrès et fixer les droits et devoirs de chacun et de tous.
Il faut que le président de la République, militant du PARTI, Pastef, s’implique dans ce processus collégial collectif pour éviter l’implosion et la cacophonie opposant « parti et coalition ». Il faut stopper le processus rampant de « deux coalitions » de fait. Il faut que Sonko et Diomaye, camarades de parti, s’entendent pour remettre le PARTI, Pastef, dans sa fonction démocratique légitime décisionnelle collégiale et collective de la base au sommet.
C’est la solution pour dépasser ce somnambulisme politique infantile qui fait confondre le « projet » souverainiste avec le leadership personnalisé charismatique, certes un temps nécessaire et dont l’utilité a été prouvée par le courage du leader et des leaders, mais qui n’est pas éternel et ne remplacera jamais l’indispensable direction collégiale et collective de la lutte des masses, du peuple. Gagner l’élection présidentielle puis législative et demain, on l’espère les locales ne sont pas une fin en soi mais sont des moyens pour appliquer l’alternative politique aux alternances libérales néocoloniales. Gagner les élections sont des marches vers la libération nationale.
Les contradictions au sein de Pastef et plus généralement dans le camp souverainiste doivent être traitées comme contradictions secondaires au sein du peuple pour vaincre le camp néocolonial suppôt de l’oppression impérialiste. Ces contradictions secondaires sont des manifestations des contradictions entre les classes sociales ou les fractions des classes qui composent le camp souverainiste. Elles reflètent aussi, en réalité, la complexité inédite de la refondation d’un appareil d’État néocolonial bientôt septuagénaire alors qu’il faut le briser. La même équation (briser ou réformer l’Etat) est posée et à résoudre dans l’AES, mais aussi au Venezuela, en Bolivie, au Brésil, en Afrique du Sud, etc. C’est là une différence avec la Chine, le Vietnam, la Corée du Nord, Cuba qui ont brisé l’État colonial, semi ou néo-colonial.
Les différences d’approches sur « la stabilité de l’Etat » (Diomaye) ou les freins de « l’État profond » (Sonko), « l’autorité de l’État », « la séparation des pouvoirs », « l’indépendance du pouvoir judiciaire », « les forces de défense et de sécurité », etc sont des manifestations des contradictions entre les classes sociales parties prenantes du camp souverainiste sur la question de savoir comment faire pour que l’héritage de l’État néocolonial soit surmonter dans l’actuelle phase de transition dans laquelle le désastre financier et d’endettement légué par l’APR/BBY rend nécessaire une sous phase de redressement.
Nos droitiers et nos gauchistes ont-ils vraiment réfléchi sur ce que signifie la « transition » avant de s’aventurer dans cette querelle infantile sur ces contradictions secondaires ? Ont-ils mesuré la nécessité de l’actuelle bifurcation du redressement dans la transition ?
La transition signifie que le programme initial de souveraineté nationale panafricaine est conjoncturellement inapplicable. Le redressement signifie qu’il faut au moins hisser nos finances publiques du quatrième sous-sol au rez-de-chaussée. Donc, il faut passer par une phase préparatoire des conditions permettant de jeter les bases de la souveraineté nationale puis panafricaine. Voilà pourquoi, il est assurément infantile d’exiger le passage maintenant, par exemple, à la sortie du franc CFA ou que nous rejoignons tout de suite la Confédération AES. Dans l’AES, ces conditions préparatoires intègrent la priorité de vaincre durablement la guerre djihado-terroriste de l’OTAN.
Toutefois, nous devons soutenir toutes les mesures allant dans le sens de trouver des ressources internes, y compris par la reddition des comptes des voleurs APR/BBY, y compris l’ex-président apprenti dictateur fuyard, et externes alternatives en maintenant la résistance aux pressions du FMI/BM et des agences de notations. Nous devons veiller à empêcher tout coup fourré de la CEDEAO, ce club néo-colonial françafricain, eurafricain, usafricain, contre l’AES.
Nous devons aussi être intransigeant sur le Jub, Jubbal, Jubanti, par exemple comme le fait le député Guy Marius Sagna dans le sillage de Sankara, contre la distribution des deniers publics en « billets d’avions » religieux, de voitures chères aux députés, de sukeru koor, de terrains et argents aux footballeurs millionnaires voire milliardaires, des fonds politiques incontrôlés, etc et pour la rationalisation des dépenses publiques, la suppression des multiples agences doublons qui servaient à caser une clientèle électoraliste, les écarts de salaires trop importants, les prix incontrôlés, etc.
Sortir du spectre de la division par l’unité, critique, unité
On n’aimerait que les « pro » celui-ci ou celui-là de Pastef et du camp souverainiste :
– soient vigilants pour que le Jub, Jubal, Jubbanti devienne une pratique d’assainissement pour nettoyer « l’État profond » néocolonial;
– s’érigent en sentinelles pour que les revendications sociales des énormes passifs sociaux hérités de la mal-gouvernance prédatrice néocoloniale de l’APR/BBY soient progressivement satisfaites;
– organisent les victimes des crimes de sang de l’APR/BBY pour que justice leur soit rendue, y compris indemnisés;
– exigent par l’organisation de la mobilisation du peuple la reddition judiciaire des comptes financiers, y compris par l’ex-président;
– s’engagent dans la campagne pour l’audit citoyen de la dette.
Voilà comment assurer les conditions préparatoires pour aborder l’alternative aux alternances libérales néocoloniales.
Voilà comment la tactique complémentaire de pape Thiaw et Sadio Mané qui a permis la belle victoire de la CAN doit inspirer nos deux coach (le président Diomaye) et leader (le premier Ministre Sonko) pour la longue marche que notre peuple a décidé d’entamer au prix de dizaines de vies et de milliers de victimes de tortures et d’emprisonnements vers la souveraineté nationale et panafricaine.
Diagne Fodé Roland

