À un moment onusien délicat dans un conflit qui dure depuis plus d’un demi-siècle, les déclarations de Massad Boulos, conseiller du président américain Donald Trump, sont venues confirmer que le dossier du Sahara occidental est entré dans une phase politique différente dont le titre principal est clair : consolider le processus plutôt que rechercher une percée rapide. L’homme n’a pas apporté de données nouvelles autant qu’il a révélé la manière dont Washington gère l’étape actuelle — une gestion fondée sur le pragmatisme, l’élargissement du cercle des acteurs et l’ancrage de la solution dans la légitimité onusienne dont le centre demeure le Conseil de sécurité.
Le fait de qualifier la résolution du 31 octobre d’« historique » ne tient pas seulement à son contenu, mais aussi au contexte dans lequel elle est intervenue. La résolution a une nouvelle fois consacré la formule d’une solution politique réaliste et a nommé les quatre parties concernées — le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie — ce qui traduit un passage clair d’une approche bilatérale du conflit à un processus régional multipartite. Plus important encore, l’accueil collectif qui lui a été réservé a constitué un indicateur de l’existence d’un minimum de consensus international autour de la poursuite du processus politique sous l’égide des Nations unies.
Cependant, le message le plus significatif dans les propos de Boulos ne résidait pas dans la description de la résolution, mais dans son usage répété du terme « les Sahraouis » sans limiter la représentation au Front Polisario. Cette indication, bien qu’exprimée dans un langage diplomatique mesuré, ouvre la voie à une nouvelle lecture de la nature de la représentation dans le processus onusien : Washington ne semble plus considérer que la représentation politique des Sahraouis soit l’apanage d’un seul acteur. Il s’agit là d’une approche qui suggère la possibilité d’intégrer, à l’avenir, d’autres acteurs sahraouis dans le processus politique — une évolution qui, si elle se confirme, constituerait l’un des changements les plus marquants dans l’architecture des négociations depuis des années.
En revanche, Boulos a fait preuve d’une grande retenue concernant la rencontre de Madrid, dans un respect évident de la confidentialité des consultations. Mais cette retenue en elle-même porte une signification politique : il existe de véritables discussions autour de documents concrets, parmi lesquels la proposition marocaine, sans que le moment de l’annonce ne soit encore venu. Nous sommes face à une phase de prise de température et de construction progressive du consensus, non à une phase de proclamation de solutions définitives.
L’accent mis sur le rôle du président Trump et de son équipe, y compris Marco Rubio, traduit la présentation de l’approche américaine comme une approche de « fabrication de solutions » fondée sur le pragmatisme et le réalisme temporel. Le message est clair : les conflits prolongés ne se règlent pas par des décisions soudaines, mais en les mettant sur la voie du règlement puis en accompagnant ce processus sur les plans politique et diplomatique.
En définitive, ces déclarations n’indiquent pas tant l’imminence d’une solution qu’elles ne confirment l’entrée du dossier dans une phase de réingénierie discrète — une phase dont les maîtres mots sont l’élargissement de la base de représentation, la consolidation de la référence onusienne et l’orientation des parties vers un règlement progressif fondé sur le consensus plutôt que sur la prévalence de l’un sur l’autre. C’est une approche qui reflète la prise de conscience américaine que, dans ce conflit, le succès ne se mesure pas à la rapidité du dénouement mais à la capacité du processus politique à se poursuivre sans revers.
Entre l’optimisme prudent exprimé par Boulos et la temporalité réaliste des Nations unies, le Sahara occidental semble aujourd’hui engagé dans une nouvelle trajectoire : non pas celle d’une solution rapide, mais celle de la construction d’une solution possible.
par Hamoud Ghaillani

