février 10, 2026
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Politique

Qu’arrive-t-il à mon peuple ? FARAM FACCE DANS UN CAR RAPIDE

Le car rapide bringuebalait de gauche à droite, d’avant en arrière, secouant les passagers, les basculant d’un sujet de conversation à un autre. L’atmosphère était plutôt conviviale. On salua la performance des lions à la CAN 2025. Le courage de Pape Thiaw, la foi de Sadio Mané, la générosité de Diomaye. On commenta la prestation de Youssou Ndour à la cérémonie de réception de la coupe, non sans rire de son drôle de face-à-face avec Sonko, sa virevolte semblable à un pas de danse et son chant énigmatique. Pour en arriver au renommage de rues du Plateau jugé politicien au regard de la démarche exclusiviste du maire et son approche clientéliste. On posa des questions : « Pourquoi privilégier les politiques et les religieux dans le parrainage des rues ? », « Pourquoi honorer une même personne plusieurs fois ? C’est insensé, d’autant que le Plateau dispose de tant de fils méritants, tant de héros connus ou méconnus… », « Seydou Nourou Tall est un grand marabout aimé et respecté de tous. Un pionnier du dialogue islamo-chrétien au Sénégal. Mais il a déjà les allées Seydou Nourou Tall et le lycée Seydou Nourou Tall. Pourquoi une avenue en plus ? », « Le Pape du Sopi lui aussi a son stade, n’est-ce pas ? », « Pourquoi pas les artistes, sportifs et anonymes exemplaires parmi les récipiendaires ? », « Pourquoi aucune femme ? » On rappela que le maire du Plateau avait dernièrement rebaptisé l’avenue Faidherbe du nom du président Macky Sall. « Pour lui plaire », ajouta quelqu’un. « Maintenant que Macky a quitté le pouvoir, il lui faut réajuster son tir », ajouta un autre. « Un vrai roublard ! Ne soyez pas surpris s’il rebaptise la place de l’Indépendance place Pastef, le marché Sandaga, marché des Patriotes », s’esclaffa un troisième. Puis la discussion tomba sur l’acharnement des Sonkistes sur Serigne Moustapha Sy Al Amine et la convocation de Pape Ngagne Ndiaye et Doudou Wade suite à l’émission Faram Facce de la TFM du mercredi 28 janvier 2026. « On est toujours dans l’intimidation ! », « On veut museler les Sénégalais ! », « Ça ne passera pas ! »

« Qu’arrive-t-il à mon pays ? Qu’arrive-t-il à mon peuple ? interrogea une dame d’une quarantaine d’années. On nous avait promis la rupture, la fin de la partisanerie et de l’arbitraire, plus d’égalité, plus de liberté, plus de vérité, plus de justice, plus de démocratie et une meilleure qualité de vie… »

« Qu’arrive-t-il à mon pays ? Qu’arrive-t-il à mon peuple ? » répéta un homme à barbe poivre et sel resté silencieux pendant tout le temps du trajet. Après une pause, il continua d’une voix grave de plus en plus forte et imposante : « De la fêlure à la fracture, le Sénégal traîne les pieds, rampe tel un ver de terre, se nourrit de larme et de poussière. Du pays de la téranga au pays du gatsa-gatsa, les Sénégalais s’enfoncent chaque jour un peu plus dans la fosse, au-delà du quatrième sous-sol…

– C’est vrai, murmura une voix !

– Oui, c’est vrai, murmura une autre voix ! »

L’homme reprit : « Hélas, la piqûre d’épine héritée de la colonisation est devenue une plaie purulente, une gangrène puante. Et comme si le marasme économique, le mal être social et l’incivisme ne suffisaient pas, les dénigrements, les mensonges et les insultes sont devenus un concert de vocifération, un vacarme diabolique. Et dansent les coups de gueule, les coups de patte, les coups de poignard dans le dos et les coups de poignard dans la plaie… »

Le car rapide dansait sur l’asphalte luisant de soleil : « … Et l’on se surveille, l’on s’espionne, l’on s’accuse. On loue des chiens aboyeurs, des chiens renifleurs. On paye des insulteurs. On fouille les ordures. On ouvre les sépultures. Rien n’est épargné. Ni les institutions ni les personnes qui les incarnent, pas même les anciens, pas même les morts… »

Il marqua un silence pour laisser des clients descendre à l’arrêt, puis reprit avec le redémarrage enfumé de la carcasse roulante : « Et les citoyens bien odorants ravalent leurs effluves. Les vertueux se cachent. Les chefs de partis adoptent des postures de gourous. Les militants se muent en adeptes. Les influenceurs en chroniqueurs, les chroniqueurs en mercenaires… Et bon nombre de journalistes en agents de propagandes. Bon nombre de marabouts en politiques. Tenez ! Un vendeur de talismans anti-prison qui promettait d’accroître la longévité des Sénégalais à coup de formules magiques est devenu un chroniqueur hors pair, un expert en Tout. Et l’influence croissante des ignorants et des charlatans fait peur aux intelligents… »

Après une secousse, suivie d’un court silence : « Voici quelques éléments qui attestent de la déchéance : Le président de la République et son Premier ministre s’envoient des piques assassines, cependant que leurs partisans se lapident les uns les autres et que l’opposition perd la boussole, que les magistrats sont vilipendés, les chefs religieux dénigrés, le patrimoine piétiné, l’art et la culture oubliés. Et au même moment où le président du parti au pouvoir tutoie le président de la République, le drapeau du parti côtoie celui de la république dans une proximité suspecte. Des conducteurs de Jakarta en colère, mettent le feu à un car de transport en commun qui a percuté fatalement un des leurs, tout comme des manifestants, dans les séquences précédentes du film des événements, avaient jeté un cocktail Molotov dans un car Ndiaga Ndiaye, entraînant la mort par calcination de deux passagers. Un influenceur insatisfait des flèches verbales décochées à son adversaire lui plante un couteau au cœur. Un mari met un terme à une dispute avec sa femme d’un coup de pistolet mortel…

– Shettttt, tu es en train de décortiquer, grave !

– Laisse-le donc terminer son décorticage ! »

L’homme, caressant sa barbe : « L’insulte est reine. Les insulteurs sont princes. Cependant, tout le monde ne dispose pas d’une liberté d’exercice : on arrête les uns, laissant les autres libres, selon leur camp ou leur sensibilité politique. Mais rappelez-vous qu’il n’y a guère longtemps, l’actuel PM alors opposant déclarait, sans sourciller, que les présidents Senghor, Diouf et Wade méritaient la potence, que les domiciles des pontes du pouvoir recelaient des sacs d’argent volés au peuple. Il déclarait que le président Sall devait être déchu à la manière de Samuel Do et que la jeunesse combattante devait se sacrifier, sans craindre la mort, car leurs mères enfanteraient à nouveau. Il disait aux jeunes de ne pas écouter les moralisateurs leur reprochant leur virulence, leur violence et leur insolence, anticorps obligatoires contre le système…

– Pourtant son marabout dit qu’il est en phase avec Serigne Touba et El H. Malick…

– Son marabout ou son militant ? »

Le car s’arrêta. Le harangueur se leva : « Aujourd’hui, le jeu est clair, conscient ou inconscient, voulu ou non, je ne sais pas. Le voici : dire, contredire, dédire, faire, contrefaire, défaire…» Il salua et descendit sous les remerciements.  Le chauffeur embraya.

Je récapitulais en silence, sourd aux commentaires : « La générosité du président envers les lions est louable, mais la bienveillance présidentielle doit aussi regarder du côté des étudiants en attente de leur bourse, des agriculteurs en souffrance… Certes, le renommage de rues peut s’avérer nécessaire, mais mauvais, pitoyable même quand un politicien en mal d’argument en fait un fonds de commerce, un paravent pour cacher le vide de ses réalisations. Grisé certainement par la cérémonie de réception de la coupe d’Afrique au palais de la République, le maire du Plateau a voulu organiser sa fête sans avoir remporté de trophée ni aidé quiconque à gagner quoi que ce soit. Hélas, il ignore que prendre les odonymes aux morts pour les donner aux vivants constitue un attentat à la mémoire. Également la décolonisation systématique de l’espace public… L’homme à la barbe a raison, la dérive des valeurs s’accélère. Et la jeunesse malsaine que dénonçait Diouf est belle comparativement à celle d’aujourd’hui qui ne se limite pas à jeter des cailloux, mais vise à anéantir moralement ses antagonistes, à les effacer… En vérité, lorsque ceux qui doivent construire ensemble s’insultent et se battent, c’est que la bête a vaincu l’humain dans les cœurs… Concernant le manque de respect aux marabouts, j’invite les talibés à ne pas oublier dans leur colère légitime les principes spirituels et se laisser prendre dans le piège de l’arrogance et de la méchanceté. En conséquence, je prie les acteurs d’éviter les outrances. Mieux vaut allumer une lampe que maudire l’obscurité. Je les prie de méditer le conseil en quatre mots de Borom Darou au PM : « Modération, Flexibilité, Magnanimité, Tolérance. » Ainsi que la parabole du khalife des Layennes : « Celui qui creuse le tas de sable sur lequel siège le pouvoir n’aura rien lorsque viendra son tour de règne. »

Le car poursuivait sa course bringuebalante. Je songeais : « Les meilleures variantes de Faram Facce, Jakaarlo, Ndoumbelane et autres émissions dérangeantes ne se jouent pas sur les plateaux de télévision, mais dans les transports en commun et les grands-places qui les inspirent et qu’ils inspirent. »  Puis me vint à l’esprit cette pensée de Victor Hugo : ‘‘Si l’on met un bâillon à la bouche qui parle, la parole se change en lumière, et l’on ne bâillonne pas la lumière.’’ »

Abdou Khadre Gaye

Écrivain

Président de l’EMAD

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