avril 16, 2024
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Données culturelles et stratégies militaires : autour de la notion de l’imamat dans l’Iran contemporain

Aujourd’hui, la référence au religieux est le plus souvent ignorée dans la pensée militaire et stratégique occidentale. Afin de combler ce déficit, cet article innovant a pour objectif d’analyser en Iran le rôle spirituel et temporel de l’imamat comme outil de mobilisation, de recrutement et de fidélisation des jeunes et moins jeunes pour adhérer à un idéal idéologique, dans le cadre de la stratégie militaire déployée par le Corps des Gardiens de la Révolution au service de la République islamique d’Iran.

En effet, depuis 1979, le concept d’imamat en tant que dogme religieux et doctrine politique constitue le fondement de la stratégie militaire de l’Iran. Porté par le Corps des Gardiens de la Révolution qui œuvre à sa diffusion régionale aussi bien au Liban, qu’en Iraq, au Yémen ou en Syrie, ce concept fait en réalité l’objet d’appropriations locales différenciées et contrastées.

De l’imamat à Wilayet e- Faqih

L’IMAMAT, est une conception qui repose sur le choix d’un guide religieux proche de Dieu afin de guider la communauté musulmane ; où il se base sur l’articulation entre l’autorité spirituelle et une autorité politique. Vraisemblablement cette conception est proche de la vision du courant sunnite qui revendique le Calife comme celui qui règne dans un émirat et est également le guide de la communauté musulmane sur terre. Les Chiites comme les Sunnites justifient cette conception de l’imamat par le hadith [1] du prophète Mohamed : « Je laisse deux choses en vous, si vous les considérez, vous ne serez pas induits en erreur – le Livre de Dieu, le Très-Haut et ma famille. [2] » Ce hadith atteste que le Prophète laisse à son Ummah [3le Coran et sa famille pour les éclairer et les aider à trouver le chemin de l’Islam. La doctrine de l’imamat au sens général est complexe à définir en quelques lignes et mérite un travail plus approfondi. Nous retiendrons pour notre intervention le plus important et plus spécifiquement l’imamat dans la version de Wilayat e-faqih. [4]

La Wilayat e-faqih reste un acte révolutionnaire dans la pensée chiite moderne initiée par l’Ayatollah Khomeiny comme le signale Constance Arminjon dans son livre : « la doctrine de la Wilayat e-fagih bien loin de perpétuer une tradition menacée par la sécularisation, constitue une révolution. [5] » Selon la vision de l’Ayatollah Khomeiny, il est primordial de mettre en place un gouvernement régi par les préceptes de l’Islam, sous une autorité de wilaya et faqih, c’est-à-dire de juriste investi par Dieu assurant la continuité des fonctions du prophète. Une des nouveautés dans la conception de cette doctrine par l’Ayatollah Khomeiny est la fonction de l’imam hissé au rang supérieur, équivalent à celui des prophètes par son « infaillibilité ». Il faut souligner qu’elle reste un point de discorde important entre les penseurs chiites. Ce travail de relecture de l’Islam, version chiite, semble révolutionnaire dans la pensée chiite, et va servir à renforcer la position du clergé c’est-à-dire l’imam non seulement comme guide spirituel de la Ummah musulmane mais également comme leader politique. Par conséquent, la religion devient un élément moteur et indispensable à la constitution de cette République islamique dans l’Iran contemporain.

Afshon Ostovar donne à ce chef du système Wilayat e-faqih, la qualité de leader qui fonctionne à la fois comme une autorité politique et un guide spirituel. Il est le symbole de la révolution, de la primauté de l’islam chiite et du divin [6]. Ici le mot « divin » mérite une réflexion puisque ce leader du Wilayat e-faqih doit être choisi par Dieu pour représenter ses affaires sur terre. Sa suprématie est liée à son statut d’érudit, voire de descendant de la famille du prophète mais également au fait qu’il est tenu pour « infaillible ». Son statut de leader religieux et politique est donc semblable au statut d’un prophète. Il est important d’ajouter que la démarche de l’Ayatollah Khomeiny repose sur la notion de lIjtihad à, savoir l’effort intellectuel et la volonté personnelle de relecture des préceptes coraniques et la mise en place d’une jurisprudence islamique à la lumière des temps modernes.

La sacralité du statut de leader religieux de l’Ayatollah Khomeiny rend ce personnage charismatique et lui attribue un sens inné de la stratégie à la fois politique, religieuse et militaire qu’il possédait par ailleurs. Ses positions, son parcours, attestent [7] de cette figure emblématique devenue aujourd’hui un symbole et un exemple à suivre pour des milliers de jeunes Iraniens dans les rangs du Corps des Gardiens de la Révolution et parmi les partisans de la Révolution islamique. Un mausolée abritant le corps de l’Ayatollah Khomeiny placé au rang supérieur d’imam « infaillible » se trouve à Téhéran près du cimetière Behesht-e Zahra. Son tombeau est devenu un lieu saint où les pèlerins chiites viennent se recueillir. Comme le veut la tradition chiite, l’adoration des imams sous forme de recueillement et d’accès à ceux qui ont été les plus proches de Dieu permet ainsi de bénéficier de leurs honneurs et de leurs bénédictions. La sacralité dans la pensée spirituelle est très enracinée dans la tradition et la culture sociale iraniennes, spécialement dans les classes populaires et pauvres [8].

Cette pensée chiite s’articule sur deux niveaux de réflexion : la question de la spiritualité et celle de la rationalité. Tout le paradoxe de la vision khomeyniste réside dans cette dualité : d’un côté, la sacralisation du statut de l’imam chiite et, de l’autre, de la rationalité de lijtihad dans une relecture moderne du Coran. Cette dualité entre rationalité et sacralité en référence à la spiritualité marque d’un trait rouge le début d’une nouvelle pensée politique au service d’une République islamique d’Iran et de ses futures institutions ainsi qu’à sa garde rapprochée devenue le Corps des Gardiens de la Révolution islamique.

Dans le cadre de l’application de l’imamat sur le plan social, politique et également militaire, l’Ayatollah Khomeiny s’est entouré d’un groupe de fidèles volontaires, nommé le Corps des Gardiens de la Révolution islamique, pour protéger les valeurs de la République islamique.